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A l’école de la démocratie africaine

A l’école de la démocratie africaine

Actualités, Politique et Economie

Deux semaines après les élections présidentielles au Bénin dont l’issue du scrutin a été remarquable sous les tropiques, retour sur ces élections.

Dans un précédent article traitant des présidentielles au Bénin, nous mettions en lumière le modèle démocratique de ce pays qui fait son petit bout de chemin depuis les années 1990.
A travers ces récentes élections, la démocratie au Bénin s’est bien évidemment consolidée et fait indéniablement de ce pays une grande nation de démocratie en Afrique noire ; rejoignant ainsi le Sénégal dont on se souvient encore de l’alternance apaisée en 2012 et des élections au Burkina-Faso qui auront tenu leur pari, malgré les risques apparents de troubles qui ont découlé de la tentative de coup d’état en septembre 2015.
Si certains pays consentent de plus en plus d’efforts afin d’organiser des élections démocratiques, ce n’est malheureusement pas le cas pour d’autres qui n’ont pas encore rompu avec les vieilles pratiques sur le continent noir : c’est le cas du Congo-Brazzaville.
En effet là où au soir du 2ème tour de la présidentielle Béninoise, le 20 mars dernier Lionel Zinsou reconnaissait sa défaite, le régime Sassou Nguesso lui a procédé à une coupure totale des moyens de télécommunications pour 48 heures. Et ce afin d’« empêcher l’opposition de publier des résultats illégaux » du premier tour de la présidentielle apprends-t-on via communiqué officiel.

Quelques jours après ce scrutin, sans surprise le président Sassou Nguesso est donné vainqueur des élections par le ministre de l’intérieur Raymond Zéphyrin Mboulou avec plus de 60% des voix. Résultats qui ont été par la suite tour à tour contestés par l’opposant principal au régime Sassou, le général Jean-Marie Mokoko appelant ainsi à un « recomptage des voix ».

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Puis par le FROCAD/IDC (Ndlr : coalition de l’opposition au Congo-Brazzaville) qui dénonce un « coup de force » du président sortant. Ces contestations ont bien entendu contribué à crisper davantage un climat socio-politique déjà délétère. Et dans cette même ambiance, quinze jours après le scrutin, le pays va connaître un regain de tension. En effet dans la nuit du 3 au 4 avril Brazzaville a été le théâtre d’affrontements entre les forces de sécurité congolaises et des hommes armés. Et jusque tard dans la soirée du lundi 4 avril les opérations de ratissage étaient toujours en cours dans la capitale. Nous apprendrons plus tard dans la foulée que la cour constitutionnelle dans une déclaration officielle sur les antennes de la télévision publique du pays, confirme l’élection du président Sassou Nguesso dès le premier tour du scrutin.

En faisant le parallèle des présidentielles au Benin et celles au Congo-Brazzaville le contraste est assez frappant. Dans le premier cas nous avons une élection qui se déroule sans tension majeure et au bout de deux tours âprement disputés, le perdant reconnaît sa défaite. Dans le deuxième cas nous avons un scrutin sous haute tension qui prendra finalement des allures d’affrontements militaires. Il est également important de souligner que la présidentielle au Congo ne sera remporté qu’en un seul tour avec un score de peu inférieur aux scores soviétiques.
Même constat du côté du Niger où le président Issoufou Mahamadou a été réélu au second tour de la présidentielle du 20 mars avec un score soviétique de plus de 92% ; écrasant ainsi son adversaire politique Hama Amadou emprisonné depuis novembre 2015 pour une affaire controversée de trafic d’enfants.

Au lendemain de ces élections présidentielles mitigées, les projecteurs sont désormais braqués sur les échéances à venir au cours de cette année 2016 :

  • Djibouti (avril) où l’opposition menace de boycotter ces élections pour protester contre l’arrestation de nombre d’opposants et le manque de dialogue social.
  • Guinée Equatoriale (24 avril) où la tournée du principal adversaire (Gabriel Nse Obiang Obono) au président Obiang Nguema a été suspendue en mars dernier « jusqu’à nouvel ordre ».
  • Gabon (août) où l’on assiste à des démissions en cascade depuis quelques mois au sein de la majorité. Dernières défections en date fin mars avec la démission du président de l’assemblée nationale, l’honorable Guy Nzouba Ndama ainsi que quelques députés. On peut imaginer que ces démissions vont gripper l’appareil politique de la majorité et faire peser leur ombre sur les présidentielles à venir.
  • République Démocratique du Congo où la tenue d’élections initialement prévue en décembre est encore incertaine.

Après les présidentielles au Congo-Brazzaville où l’on n’a peut-être pas encore fini d’assister à tous les rebondissements dans cette période post-électorale, who’s next ?

Sema.

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