Blog posts

Abidjan, comme une impression d’étrangeté

Abidjan, comme une impression d’étrangeté

Uncategorized

Il y a quelques semaines je regardais Viva Riva. Pour ceux qui ne connaissent pas c’est un film qui présente les péripéties du retour au pays d’un jeune congolais dans son Kinshasa natal après 10 ans d’aventure en Angola.

Ce qui m’a séduite dans ce film en plus de l’image fidèle à l’œil d’africaine, c’est la présentation de Kin la belle, en ville de tous les vices. Son désordre, son agitation, son bruit perpétuel, son rythme saccadé et ses klaxons omniprésents. Son architecture hétérogène et les sons musicaux authentiques et modernes.

Quand mon compagnon de visionnage m’a sorti : « on dirait Abidjan ! », j ai cru m’étrangler!

Quoi ? Comment ça ? Noooon ? Abidjan est mieux !

Mais quand on y pense, est ce si vrai?

J’en suis à mon deuxième jour à Abidjan et j’ai déjà assisté à 2 coupures de courant. La première en fin d’après midi nous a poussés à sortir  prendre l’air , à défaut de la fraîcheur de nos intérieurs climatisés, au centre commercial des environs. Un peu plus tard, le même centre faisait les frais du « jetage d’éponge » de son groupe électrogène, ne pouvant prendre trop longtemps le relais de l’alimentation électrique du complexe. La seconde coupure quelques jours plus tard a duré 10 longues heures et m’a inspirée ces lignes. Mais malgré les coupures, Babi (ndlr : diminutif d’Abidjan) est mieux que le Kin présenté dans Viva riva (les kinois, j’ai bien dit ce qui est dans le film hein, je n’ai jamais mis les pieds à Kin).

Cependant, j’ai l’impression d’être une enfant gâtée qui se plaint de ne pas avoir de courant en continu pour des futilités: regarder la tv, surfer sur le net et skyper à tout va ! L’impression de faire ma précieuse parce que Benguiste (ndlr : qui vit en France, à Bengue) habituée au courant en continu.

Mais en fait non ! Le courant en continu je l’ai connu pendant mon enfance et mon adolescence à Abidjan. La même ex-perle des lagunes qui aujourd’hui a pour héros Délestron, image de la banalisation de la coupure intempestive de courant.

Delestron

A l’époque, j’avais moins besoin du climatiseur impuissant face au sombre Délestron qu’aujourd’hui dans ma chambre à coucher ou en voiture, sous le soleil assassin et la chaleur étouffante des rues de babi.

Est-ce moi encore précieuse Benguiste qui ne suis plus habituée à la chaleur du pays ou il fait vraiment plus chaud? Ma foi, je ne suis pas la seule à le penser. Le réchauffement climatique n’épargne personne et même si les constructions sont moins bien pensées car moins d’espace qu’avant, il fait bel et bien de plus en plus chaud. Le nuage de pollution de la capitale économique n’y est sûrement pas étranger tant les kilomètres des désormais infernaux embouteillages sont impressionnants. Impressionnants par leur omniprésence, leurs horaires très larges et le sentiment d’impuissance que l’on y ressent quand on s’y retrouve coincé(e).

source

J’admire le courage et l’abnégation des ivoiriens sur qui la dégradation des conditions de vie semble comme glisser. Ils font avec. Ils font même sans.

Plus assez de route, trop de nids de poule. Des woro woro (ndlr : taxis en commun de la ville d’Abidjan) aux gares anarchiques, mal nécessaire pour avaler les kilomètres qui séparent l’habitation toujours plus excentrée et soumise aux délestages électriques, aux problèmes d’ eau, aux inondations en cas de pluie et aux odeurs d’Akouédo (ndlr : principale décharge de la ville d’Abidjan très proche de quartiers résidentiels) au gré du vent.

Obligés de se barricader dans des maisons toujours conçues plus petites pour se protéger de l’insécurité toujours aussi impunie.

Oui, je fais ma précieuse, parce que j’ai connu Abidjan bien plus belle, plus facile à parcourir, plus éclairée et résiliente à la saison des pluies, plus disciplinée, avec des réseaux mobiles en marche et moins chèrement habitable. Pas aussi propre que nous l’aurions tous voulu, je le reconnais.

J’avoue ne toujours pas en revenir de voir tout ce que j’ai connu propre, net et neuf devenu sale, délavé, déformé par les innombrables modifications personnelles en mode « après moi le déluge », l’absence d’entretien, l’absence d’harmonie visuelle, l’impression de division cellulaire incontrôlée.

Les Abidjanais n’ont pas le temps, ils sont devant, ils avancent. Abidjan va vite, très vite. En témoignent les projets immobiliers qui sortent de terre à vitesses grand V et les chantiers routiers qui parsèment la ville.

Travaux du 3ème pont
Travaux du 3ème pont
Travaux du 3ème pont
Travaux du 3ème pont
Immobilier
Immobilier

Trop vite? Et il y a forcément des excès et de gros défauts, il n’y a qu’à penser à mes 10heures de coupure de courant et au bruit strident des milliers de surpresseurs (ndlr : dispositif permettant de compenser les baisses de pression de pression d’eau courante à son domicile) qui chantent à l’unisson dans certains quartiers. Le nombre de personnes laissées sur le côté de ce rythme infernal m’effraie ou est-ce parce que j ai peur d’être dépassée?

Peur de me rendre compte qu’Abidjan la belle élégante d’antan s’est muée ou a muté (c’est selon) en rebelle fougueuse ? Qui ne s’embarrasse plus de schéma directeur ? D’autorisations en bonne et due forme et de procédures ? Qui va trop vite pour moi, restée dans un passé idyllique sur lequel plus personne ne s’appesantit parce que c’est aujourd’hui qui compte. Carpe Diem! Comme dirait l’autre.

Abidjan oublie son passé à une vitesse effrayante et embrasse son avenir sans complexe. Si tu n’aimes pas, reste où tu es, elle, elle avance. Si tu veux revenir y vivre, c’est à toi de t’adapter, pahé (ndlr : parce que en nouchi, argot ivoirien), ce n’est pas elle qui va t’attendre. Va falloir raccrocher les wagons. Plus tu tardes, moins tu y arriveras ;-).

Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *