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Afropolisnobisme ?

Afropolisnobisme ?

Opinion

Cette question me trotte dans la tête depuis que j’ai découvert le mot afropolitain. Je ne suis pas la première à m’être posée la question. En témoigne une série d’articles  anti afropolitain en début des années 2010,  mais je me la pose à ma manière.

La maternité de ce mot « afropolitan » est attribuée à Taye Selasi dans son article du Guardian en 2005. Nous avons partagé avec vous notre lecture de son désormais célèbre “Ghana Must Go”.

Avec Chimamanda Adichie et ses œuvres half of a yellow sun et americanah, elles sont devenues pour nous afropolites du site, les ambassadrices de ce concept plus que séduisant. Paradoxalement Chimamanda n’adhère pas particulièrement au concept afropolitain.“I’m not an Afropolitian. I’m African, happily so,” she says. “I’m comfortable in the world, and it’s not that unusual. Many Africans are happily African and don’t think they need a new term.”

“My experience as an outsider has very much shaped how I look at the world,” she adds. “But my eyes are still very Nigerian.”

Chimamanda Ngozi Adichie, Hay festival 2012

Le terme diaspora pourtant présent depuis toujours pour désigner cette population nationale ou culturelle vivant hors de ses frontières d’origine semble avoir de moins en moins de succès.

Il est vrai qu’il faut lui ajouter une nationalité ou une origine: diaspora africaine, ivoirienne, nigeriane,gabonaise…

Mais surtout elle ne prend pas en compte ce que les anglophones appellent les « returnees » ou « repatriate ». Ceux qui reviennent vivre au pays après plusieurs années à l’étranger, ou tout simplement viennent s’installer dans un pays africain qui n’est ni le leur, ni celui de leurs parents, ou encore ceux qui ont grandi en “occident” et décident de s’installer sur une terre où la majorité des habitants leur ressemble physiquement du moins pour ce qui est de la couleur de peau.

Le Dr TR nous rappelait dans une discussion sur twitter que les africains émigraient en majorité vers d’autres pays africains en priorité avant de se jeter dans l’atlantique ou la méditerranée vers l’Europe.

Mais revenons aux afropolites ou afropolitains, le terme est au choix. Un passage du commentaire de “Moi” sur notre revue de An African city, m’a inspiré ce texte: « si AAC c’est ça l’archétype d’afropolites, je ne m’y retrouve pas. »

Il faut admettre que l’équipe de The afropolite est à majorité composée d’africaines vivant ou ayant vécu hors de leur pays d’origine un nombre conséquent d’années. L’écrasante majorité d’entre nous a vécu cette expérience en Europe ou sur le continent nord-américain.

Est-il possible d’être afropolite /ain(e) si on est un pur produit de chez soi sans vécu hors des frontières ? Nous répondons oui sur le site. Il n’y a rien de mal à être un pur produit de chez soi. Mais les perceptions du monde seront forcément différentes avec celui qui a vécu le statut d’étranger en immersion. Et ces deux perceptions sont nécessaires à une vue riche du monde.

Mes interrogations se poursuivent : est-ce l’exposition à une autre culture quelle qu’elle soit qui vous assure d’être admis en “afropolitanie” ? ou seule la culture occidentale vous donne ce privilège afropolite ? toutes les expériences en immersions se valent-elles ?

En tant qu’immigrées nous avons croisé à l’étranger (Europe et Amérique du Nord) qui est devenu pour certaines, notre chez nous, toutes sortes de congénères :

des très intégrés : qui se fondent dans le moule du pays d’accueil abandonnant tout ce qui les rattache culturellement ou socialement au pays d’origine.

– des non intégrés: qui vivent en Europe comme au pays. Seuls changent pour eux le décor et les contraintes incontournables du pays d’accueil telles que le climat, les tailles et type de logements, et ses avantages : la sécurité relative et le système social.

– les entre deux: qui essaient /réussissent à trouver l’équilibre entre les deux mondes. Il est ambitieux de dire qu’ils prennent le meilleur des deux, disons qu’ils profitent des aspects les plus pratiques et agréables des deux mondes. Chaque fois que je croise une personne se réclamant afropolitaine je peux la classer à 90% dans cet entre-deux culturel.

© Antoine Tempé. ONOMOllywood Series, Breakfast at Onomo’s, 2013.

Un autre point que j’ai noté chez cette catégorie est le haut niveau d’éducation : vous les croiserez souvent dans de grandes entreprises, beaucoup sont cadres, artistes, hauts diplômés, voire entrepreneurs. Un certain nombre d’entre eux, pas tous, est issu de la classe moyenne supérieure ou la haute société dans leur pays d’origine. Des parents souvent déjà hautement éduqués ou à hauts revenus et une jeunesse déjà exposée à l’étranger.

Nos deux égéries Chimamanda et Taye en sont un exemple typique, filles respectivement d’universitaires et de médecins. Tout comme la désormais icône de mode Lupita Nyongo, fille de diplomate.

Dans une tentative de répondre à la question que soulevait  « Moi » dans son commentaire “c’est quoi l’archétype de l’afropolitain ? “je me suis amusée à identifier de façon totalement partiale, les caractéristiques de ces afropolitains assumés :

une appétence pour les tendances afro américaines qu’elles soient esthétiques, culturelles, politiques , business ou musicales.

une culture du voyage confort ou sac à dos : leur passeport portera très souvent les tampons des aéroports de villes ou pays tels que NY, Montréal,  LA , Miami , Londres, Barcelone, Prague Milan, Rome, Marrakech, Le Cap, Oslo Athènes, Dubaï, République dominicaine, Singapour Sidney, Bali, la Thaïlande, Hong Kong, Le Kenya pour un safari et les plages de zanzibar,  Shanghai et Paris bien sûr.

une ultra connexion à un monde afropolitain qui donne l’impression que le moindre événement du groupe identitaire a un retentissement mondial : facebook, instagram, snapchat, twitter n’ont aucun secret pour eux

une absence de crise de légitimité dans son positionnement entre deux mondes. Des personnes à l’aise dans leur africanité et totalement motivées pour toucher les étoiles, sans complexe d’infériorité vis à vis de la culture occidentale.

un niveau de vie proche du CSP+ ( catégorie socio professionelle supérieure).

une mixité multinationale africaine : des amis d’autres pays africains, une adoption de la musique africaine d’autres pays que ceux de son origine dans sa playlist allant du rap Sud Af à la musique nigériane qui truste les charts.

un projet ou une réalité de retour entrepreneurial dans son pays d’origine ou un autre pays africain.

un mode de vie festif, social et culturel dynamiques calqués sur les standards de la jeunesse dorée internationales: concerts, bars lounge, …

A lister ces stéréotypes j’en suis venue à me demander si la recherche d’une identité propre à cette communauté n’était pas d’abord affaire de classe sociale ?

L’éboueur immigré est-il considéré comme afropolitain?

La tresseuse du quartier afro est-elle considérée comme afropolitaine ?

L’ouvrier du chantier de construction est-il un afropolitain ?

L’africain immigré qui se débrouille dans un autre pays d’Afrique est-il un afropolitain ?

Est-on afropolitain uniquement quand on vit avec un niveau de vie de classe moyenne supérieure européenne? un haut niveau d’étude ou de revenus ?  une connexion internet pour poster sur Facebook Instagram et sur des blogs afropolitains assumés 😉 ?

L’afropolitain n’est-il pas juste un hipster africain ? ou sa version moins sympathique: un snob africain?

1 Comment

  1. Robert
    30/03/2017 at 5:16 pm
    Reply

    Avec mes excuses, une correction: l’article ‘Afropolitan’ a été publié pour la première fois dans The LIP Magazine en 2005. Pas le Guardian. Je vous remercie.

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