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Afropolite city: Grand Lahou

Afropolite city: Grand Lahou

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Lors de mon dernier séjour en Côte d’Ivoire, j’ai pris la décision de voir autre chose que la seule ville d’Abidjan, histoire de découvrir mon (propre) pays. Hé oui, vous avez bien lu… Force est de constater que j’ai malheureusement une meilleure connaissance des villes françaises et européennes que de celles de mon pays (mon activité d’auditeur aidant!).

Et pourtant, ce ne sont pas les attractions, encore moins les lieux touristiques qui manquent en Côte d’Ivoire. Malheureusement, comme beaucoup de jeunes d’aujourd’hui, mes centres d’intérêts de l’époque étaient tout autres. Il faut également souligner que le tourisme ne fait pas non plus partie de notre culture ou est considéré (à tort ou à raison) comme une distraction réservée à une certaine classe de la population.

Je me souviens encore de certaines réactions quand j’ai voulu me rendre au musée du Plateau. Que n’ai-je pas entendu « Mais vous les Benguistes* même !!! Donne-nous l’argent-là on va s’enjailler*!!! ». Ou encore « Mais toi aussi ! Tu crois que c’est comme chez vous là-bas? Y’a rien dans nos musées ici heiiin, les gens ont tout vendu pendant la guerre »,…etc.

L’une de mes destinations fut donc la ville de Grand-Lahou, dont j’ai décidé de vous parler aujourd’hui. C’est une ville côtière située à environ 100 km à l’ouest d’Abidjan. Elle est entourée des départements de Guitry au nord, Fresco à l’ouest, Dabou et Jacqueville à l’est. En plus de ses atouts balnéaires, c’est une ville très riche artistiquement. Berceau de la danse traditionnelle «awossi» devenue «mapouka» elle compte environ 12 000 habitants. Elle est à la fois traversée par le fleuve Bandama, la lagune Tiagba et l’océan Atlantique ; d’où son autre nom la « Cité aux trois eaux » ! Et dire que toute cette richesse se trouve à 1h30 à peine en voiture du lieu où j’ai grandi. IVO Nous avons donc pris la route à 10h du matin en direction de la Cité aux trois eaux. “Nous” parce que voyager seul, n’est pas très conseillé, encore moins quand on est une jeune femme. Cela s’explique par l’insécurité qui règne dans le pays depuis la guerre qui a plongé la Côte d’ivoire dans un chaos duquel elle a encore du mal à sortir.

Sur le trajet, quelle ne fut pas ma  surprise de voir un nombre impressionnant de bidons et autres barils le long du trottoir de la commune de Yopougon. Je me suis laissée dire qu’ils servaient à l’approvisionnement des populations locales en eau potable. L’accès à l’eau potable serait tout un challenge dans cette commune de la Capitale économique de la Côte d’Ivoire. C’est là tout le paradoxe de mon pays, et celui de l’Afrique en général.

Une heure de route plus tard, nous arrivons enfin à Grand-Lahou. Cependant, en l’absence de panneau d’indication, nous avons dépassé l’entrée de la ville de près d’1 km environ, avant d’interroger une vendeuse ambulante :

  • « Tantie, Grand-Lahou là, c’est où? »
  • «  Oh ? Mais vous avez dépassé heiiin, c’est derrière la bas »
  • «  Merci Tantie ! »
  • « Mais vous partez comme ça ? vous n’achetez pas un peu de mon attiéké*-la ? c’est bien chaud!»

Ha ha ha, j’aime mon pays !!! J’aime cette fraîcheur  et cette spontanéité.

Statue Nous atteignons finalement Grand-Lahou, où nous sommes accueillis par le père de la nation S.E. Mr Félix Houphouët Boigny (1er Président Ivoirien) arborant une daba et une houe ! Je suis incapable de vous dire s’il s’agit des symboles de la ville ou si ce monument a une quelconque signification. Aucune plaque d’indication ne figurait aux alentours.

Une fois dans la ville, nous ne savons pas vraiment dans quelle direction aller. En l’absence d’office du tourisme ou de bureau d’accueil, il est difficile d’être autonome dans une ville dans laquelle on n’a jamais mis les pieds.

Nous nous renseignons donc auprès de quelques passants. Les avis convergent tous vers la plage qui serait selon les dires, la plus belle de la zone. Mais avant, nous faisons une halte au domaine de feu Usher Ansouan*, un illustre fils du village. Cet arrêt en valait vraiment la peine ! En effet, nous tombons sur une magnifique villa qui surplombe une partie de la ville. Toute de marbre vêtue, elle dispose d’une terrasse qui donne sur une rivière bordée d’une végétation luxuriante et si paisible qu’elle appelle à la contemplation ! Le maître des lieux, de son vivant, avait pour habitude de prendre son petit déjeuner sur cette terrasse, nous a-t-on dit. La classe !

Demeure AssouanCependant ma grande déception devant tant de beauté, est l’état de dégradation général de la demeure, comme tous les domaines construits par les grands hommes de ce pays (cf. domaine de feu Yacé Philippe à Jacqueville dont je vous parlerai une autre fois). Ces grosses villas sont pour la majeure partie laissées à l’abandon, alors qu’elles pourraient avoir une seconde vie si elles étaient un tant soit peu exploitées : Musées ? Attraction touristique ?…. Bref ce ne sont pas les idées qui manquent !

La faim commence à se faire sentir, et pour cause il est plus de 13h00. Le challenge est de trouver un « maquis* » où manger correctement et surtout de la bonne gastronomie locale. Après plusieurs tentatives, un jeune homme nous indique le « restau Tro-fê » et se propose par la même occasion de nous servir de guide pour le reste de la journée. Je vous l’ai dit, j’aime ce pays, j’aime mes frères ivoiriens ! Cette simplicité dans les relations…Je ne sais pas si le constat est identique dans tous les pays d’Afrique mais une chose est sûre, en Europe c’est une autre paire de manches!

Maquis DSC05360

Après un copieux déjeuner (jugez-en vous-même) il faut reprendre la route car la montre annonce déjà 14h30. Première étape, de la deuxième partie de la journée : l’île aux chimpanzés ! Enfin, je dirai plutôt  « l’île du dernier rescapé » des chimpanzés. Vous l’aurez compris, il n’y a plus qu’un seul chimpanzé sur cette île.

Les autres seraient morts de faim et/ou de dysenterie ! Les fonds donnés pour l’entretien de ces singes ne seraient, selon notre guide, jamais arrivés à destination. Et quand bien même ils arriveraient, qui se préoccupe (encore) de chimpanzés quand la population elle-même a du mal à joindre les deux bouts ? Peut-on s’indigner devant une réalité aussi désarmante ? Peut-on d’abord penser aux animaux si on n’a pas une véritable politique d’autosuffisance pour la population? Bref, le chemin vers l’émergence est encore long…

Pendant que la seule barque motorisée qui doit nous mener vers l’embouchure (le lieu où le fleuve Bandama se jette dans le Golfe de Guinée) se remplissait, nous en profitons pour acheter quelques friandises locales à base de coco et pour faire connaissance avec nos compagnons de traversée. L’ambiance est bon enfant et tout le monde se parle sans faux-semblant dans un joyeux décor de costumes-cravates, de pêcheurs, d’agriculteurs et de poulets vivants attachés à nos pieds… Les uns se plaignant du coût de la vie, les autres des retards intempestifs de la barque, d’autres encore de l’exode massif des jeunes vers la ville,… Le tout dans un joyeux brouhaha.

DSC05390Chimpanzé DSC05383

Après une traversée d’une vingtaine de minute environ, nous arrivons dans le village de Lahou-Kpanda. C’est un village de pêcheurs bordé de pirogues alignées en file indienne. L’endroit est bercé d’un côté par le fleuve Bandama et de l’autre par une mer aussi sauvage qu’agressive par ses vagues.

La plage est parsemée de maisons coloniales, vestiges du glorieux passé de Grand Lahou. Tout en hauteur se situe la maison du gouverneur d’antan qui abritait les bals et autres fastes de l’époque coloniale. D’autres bâtiments tels que le premier bureau de poste, la première école primaire etc… se dressent fièrement comme pour défier les vagues qui sans cesse viennent se jeter sur le rivage. Mais cette fierté n’est que de façade. Car, ces sites laissés à l’abandon, sont mangés par le flot des vagues comme  beaucoup d’autres vestiges de l’époque coloniale.

Maison colonialeC’est le cœur lourd que nous regagnons la barque qui nous mènera à l’embouchure des trois eaux, avec son mélange de couleurs et de courants. Voir toute cette beauté naturelle, cette richesse inexploitée dont regorge mon pays, je ne peux que soupirer. Une seule question me vient en tête : « Qu’est ce que tu fiches dans le Bengue*, alors que le paradis se trouve chez toi ? » lol !

Sur la petite berge où nous accostons pour admirer le paysage se trouvaient trois pêcheurs à l’épervier. J’avais vu quelques images dans des documentaires mais je peux vous assurer qu’en vrai c’est complètement bluffant ! Ces hommes scrutent la lagune depuis la berge comme des aigles pour détecter les colonies de poissons. Une fois la cible identifiée, ils jettent leur filet après avoir pris de l’élan en tournant sur eux même à une vitesse incroyable ! C’est un mélange de dextérité, de puissance de frappe et de précision !

DSC05472 DSC05496source

Une partie du poisson tout fraîchement pêché a été écaillé et « piqué » (cuit en terre cf. photo) sous nos yeux, sans colorant, sans conservateur et sans congélation. Peut-on faire plus frais et plus « bio »?

A mon grand regret, nous ne pouvons partager ce beau festin avec nos compagnons. Il est 17h30 et la barque accoste déjà sur le rivage. Il faut quitter Grand Lahou dès maintenant si nous voulons éviter de faire le trajet dans l’obscurité, avec la prolifération des coupeurs de routes*.

C’est le cœur rempli de sentiments mitigés que je quitte la Cité des trois eaux. Je suis un peu déçue de ne pas avoir fait tout ce que nous avions prévu, notamment la visite de « Lahou plage », le lac sacré, le Parc National d’Asagny, etc…. Mais heureuse malgré tout de ce voyage. Je suis fière d’y avoir été à l’aveugle, de m’être laissée guider au gré des rencontres et des lieux découverts sur place. C’était un mélange d’aventure humaine et de retour dans le passé de cet illustre comptoir d’échanges commerciaux du 19ème siècle. Je me suis promis d’y retourner et cette fois pour au moins deux jours!

Descriptif de la ville

Lexique:

Benguiste : de la diaspora

Enjailler : se faire plaisir

Attiéké : semoule de Manioc

Usher Assouan : Homme Politique Ivoirien natif de Grand Lahou

Maquis : restaurant local à bon marché

Bengue : en Europe

Coupeurs de route* : carjackers

9 Comments

  1. Mary
    05/08/2014 at 10:44 am
    Reply

    Très intéressant !
    Il y a beaucoup de choses à faire en terme de tourisme de par chez nous

  2. Myna
    05/08/2014 at 8:40 pm
    Reply

    vivement des vacances en CI!!! il serait quand même temps , lol. assinie, grand bassam, San Pedro, et now le grand lahou!!

  3. Sylvie
    06/08/2014 at 5:51 pm
    Reply

    Très bel article ! J’ai plus qu’envie d’aller découvrir Grand-Lahou !

  4. Maimouna
    08/08/2014 at 11:40 am
    Reply

    Merci Alya pour cet article qui donne envie d’aller découvrir Grand-Lahou.

  5. Moi
    28/08/2014 at 3:29 pm
    Reply

    MDR !! L’île du dernier chimpanzé.
    ça doit être un sorcier celui-là ! Tout le monde meurt et lui il est là?? Si on regarde bien même, peut-être que c’est un homme qui est dedans…
    Chez les lagunaires, les choses ne sont jamais simples comme ça.

  6. Nadio
    18/11/2014 at 1:58 pm
    Reply

    C’etait un réel plaisir de lire cet article et cela me donne l’envie d’aller découvrir mon pays, ce beau pays qui est la Côte d’Ivoire. Encore merci….

  7. sery
    02/07/2015 at 2:14 pm
    Reply
  8. BMC
    19/08/2015 at 4:41 pm
    Reply

    MERCI POUR CET ARTICLE RICHE QUI M A RAMENÉ DANS MON LAHOU NATAL. JE NE RATE PAS UNE SEULE OCCASION D Y FAIRE UN TOUR OU DE FAIRE DÉCOUVRIR MON VILLAGE D ADOPTION A MON ENTOURAGE. MON RÊVE SERAIT D Y SÉJOURNER PLUS LONGTEMPS.
    LAHOU QUAND TU ME TIENS.

  9. BMC
    19/08/2015 at 4:42 pm
    Reply

    MERCI POUR CE TRÈS BEAU ARTICLE.

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