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“Ayez une pensée combative pour ces femmes”

“Ayez une pensée combative pour ces femmes”

Actualités, Afrolife, Culture et Lifestyle, On reste poli, Société

Synopsis :
Prix Sakharov 2014, le docteur Mukwege est internationalement connu comme l’homme qui répare ces milliers de femmes, violées durant 20 ans de conflits à l’Est de la République Démocratique du Congo, un pays parmi les plus pauvres de la planète, mais au sous-sol extrêmement riche. Sa lutte incessante, pour mettre fin à ces atrocités et dénoncer l’impunité dont jouissent les coupables, dérange. Il a été l’objet, l’an dernier, d’une nouvelle tentative d’assassinat, auquel il a échappé miraculeusement. Menacé de mort, ce médecin au destin exceptionnel vit dorénavant cloîtré dans son hôpital de Bukavu, sous la protection des Casques bleus. Mais il n’est plus seul à lutter. A ses côtés, ces femmes auxquelles il a rendu leur intégrité physique et leur dignité, devenues grâce à lui de véritables activistes de la paix, assoiffées de justice.

Un peu comme tout le monde, j’ai entendu parler du conflit au Congo, du viol des femmes de cette région. Dans le confort plus ou moins grand de la vie parisienne, dans la stratégie de sa propre survie, il est difficile d’aider les autres. On se sent impuissant. C’est ce que l’on pense.

Mais lorsque j’ai appris la sortie du film par les réseaux sociaux, je me suis organisée pour assister à la séance du 28 février à l’espace Saint Michel. Arrivée une demi-heure avant l’heure affichée sur facebook, il y avait déjà une foule incroyable. J’ai patienté un peu, mais j’ai su très vite que ce serait impossible de voir le film ce jour là. Déçue, je suis rentrée chez moi et j’ai noté dans mon agenda la prochaine séance où je pourrais me rendre disponible.

Deuxième essai !  Dimanche 6 mars, j’arrive à 15h. Il y a moins de monde et c’est la quatrième semaine d’exploitation du film sur Paris. Je patiente dans le froid, je discute avec le vendeur de crêpes : « Ah vous venez voir L’homme qui répare les femmes ? Oh vous savez, c’est la femme qui répare l’homme. Vous les femmes, vous êtes formidables, ce sont vous les véritables déesses. Si je rencontrais une femme qui m’aimait, mais qui m’aimait vraiment, je serai capable d’exploits, d’être le meilleur de moi-même. » Okayy ! J’ai vite englouti ma crêpe et mes bananes et je suis repartie dans la queue.

Au bout de presque deux heures d’attente, j’étais enfin installée dans la salle de cinéma, prête à visionner ce film-documentaire avec beaucoup d’appréhension et de curiosité.

Et bien, je suis passée par toutes les émotions au cours de ce film.

unes journaux

J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps, j’ai rigolé de toutes mes dents, j’ai applaudi la bravoure des femmes, le courage du Docteur Mukwege. J’étais frustrée, indignée. J’étais en colère. J’étais triste. J’étais déçue. J’étais admirative. J’étais dégoutée de la cruauté des hommes, du mensonge des autorités locales, de l’hypocrisie de la communauté internationale lui remettant des prix internationaux (tchip) et de la sécurité des casques bleus de l’ONU (double tchip !). J’ai souri aux femmes, à leur espoir, à leur combativité, à leur résilience, à leur résistance. Une leçon de vie inouïe qui vaut mille ateliers de développement personnel et mille séances thérapeutiques sur nos petites misères du quotidien.

Le documentaire est poignant, émouvant. Mais une fois dépassé les émotions et l’indignation, que faire de cette empathie?

Dénoncer, partager, discuter, éduquer.

Faire ce que l’on peut à son propre niveau et y croire.

« Chaque fois que vous ferez un clic sur votre ordinateur, que vous répondrez à un appel téléphonique, que vous pianoterez sur votre tablette, sachez que l’objet dans votre main, que vous chérissez, est sûrement issu du coltan du sud du Kivu, de la région des grands lacs. Alors, ayez une pensée combative pour ces femmes. »

Ce film est accompagné en France par une trentaine d’associations. RD Congo, une association partenaire du film était l’organisateur de la projection débat à laquelle j’ai assisté.

La séance « Les femmes prennent la parole » était animée par Mme Ngo de Telesud et du Dr Aurore Kinduelo, médecin, comme le Dr Mukwege, qui travaille pour réparer ces femmes brisées. Elle nous a apporté un éclairage sur la situation sur le terrain. L’arme redoutable de guerre qu’est le viol pour anéantir une vie et une communauté. La peur/ honte de dénoncer les violeurs. Les soins palliatifs. La guérison psychologique. Le combat des survivantes. La lutte pour les droits juridiques, pour la justice, pour la paix.

Les questions et préoccupations de l’assemblée étaient nombreuses.

Questions

Tout n’est pas expliqué, montré, dénoncé dans ce film. On connait très bien les causes profondément ECONOMIQUES de cette violence dans cette région du monde et de l’utilisation de cette arme de guerre redoutable qu’est le viol.

On sait nommer les multinationales occidentales qui pillent cette région extraordinairement riche.  Les chefs d’Etats occidentaux, les parlements qui louent le médecin avec des prix prestigieux et sont silencieux/ complices/ auteurs (soulignez l’adjectif idoine) de cette barbarie. Qui fournit les kalachnikovs qui coûtent 6000€ l’unité quand un Congolais gagne à peine un franc pour se nourrir ? Comment lutter contre les puissants lobbies ?  Faut-il négocier ? Si le Dr Mukwege est nominé pour le prochain prix nobel de la Paix, doit il refuser ce prix ? Et se priver des ressources financières de la même communauté internationale qui fournit le matériel chirurgical moderne et ultrasophistiqué ? Et ces hommes qui violent avec cette tragique cruauté, sont-ils des blancs, des étrangers ? Non, on les connait, ils sont de la communauté, ce sont des pères, des frères, des fils, des enfants-soldats enrôlés. Ce sont les nôtres.

Aujourd’hui, le Dr Mukwege et son équipe opèrent des femmes pour la deuxième, la troisième fois. Ils opèrent des bébés de quelques mois violés, ils opèrent des fillettes violées, elles-mêmes issues de viols.  Il craint d’opérer des petits enfants ! Faut-il attendre la troisième génération de viol pour que cela cesse ? Quand pourra-t-il arrêter de réparer les femmes ?

Je suis heureuse d’avoir vu ce film, je ne pourrai pas dire, je ne savais pas. Mon cœur a triplement saigné, en tant que maman, en tant que femme, en tant qu’africaine. J’ai vu des enfants, des petites filles, des adolescentes, des femmes témoigner de leur douleur et de leur résilience.

Vous m’avez lu, vous ne pourrez pas dire vous non plus que vous ne saviez pas. Les viols continuent encore. Le mois dernier, 1500 cas. Au moment où le médecin prenait l’avion pour venir en Europe et participer aux conférences-débats de cette semaine, 4 nouveaux cas ont été ramenés dans son hôpital.

Voilà, on ne lâche rien…Pour que le Sud du kivu ne soit plus la « capitale mondiale du viol ».

Bonne journée du 8 mars 2016.

Bonne journée internationale de lutte des femmes, pour l’égalité des droits de la femme.

http://mukwege-lefilm.com

 Femmes devant affiche

2 Comments

  1. Mymi
    08/03/2016 at 3:56 pm
    Reply

    Bel article! Promis j’irai le voir

  2. The Rhe
    08/03/2016 at 4:04 pm
    Reply

    On ressent les émotions, et on les vit en même temps…
    Merci pour ce bel article

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