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Bande de filles…Black Girl Power ?

Bande de filles…Black Girl Power ?

Culture et Lifestyle

BANDE DE FILLES…Vous ne pouvez pas avoir raté cette affiche. Elle frappe parce qu’elle est singulière. Elle frappe par le fait qu’il n’y a que des jeunes filles noires. La première fois que je l’ai vue, je me suis arrêtée. D’abord surprise et gênée : pas un peu trop communautariste ? Puis, je me suis dit : eh ben, les mentalités évoluent. Un film où il y a une majorité de noires passera dans les salles de ciné tels que ugc et autres. Ma foi, pas mauvais en soi. C’est cool même. D’après des rumeurs, “Think Like  A Man” 1 et 2 ne seraient pas sortis en France parce que cela faisait un peu trop communautariste. Une majorité de noirs à l’affiche n’aurait pas incité la majeure partie du public à venir regarder.

Revenons donc à “Bande de filles”. Je n’avais aucune idée de ce dont il était question jusqu’à ce que je vois la bande annonce. Mais voir dans le début de la bande annonce ces jeunes filles sur le quai du métro entrain de se crier dessus, entrain de se défier tout en étant si peu naturelles dans leur jeu d’actrices m’a refroidie…

Je l’ai vu. Je ne dirai pas que le film est nul. Non. Il est disons, moyen. Les acteurs et actrices jouent moyen. Normal, ce ne sont pas des professionnels. Les dialogues ne sont pas très élaborés, ne volent pas très haut. Cependant, je suis restée du début à la fin et…j’ai rarement été aussi tendue en regardant un film. J’ai pourtant voulu me défaire de mon a priori négatif, mais je n’ai pas réussi à desserrer les dents tout le long.

En fait, on aurait pu donner un tout autre titre : “Chroniques d’une jeune fille de la cité”. Oui c’est ça. Le film fait beaucoup documentaire sur les filles de la cité, les petites jeunes que vous voyez en groupe à Châtelet et tout ça…Là, vous avez une idée de quoi il s’agit n’est ce pas ? Vous connaissez déjà ce genre d’histoire n’est ce pas ?

En résumé, le film raconte l’histoire d’une jeune fille, nommée Marième élevée avec son frère et ses sœurs par sa mère (femme de ménage),  terrorisée par son frère et qui s’acoquine d’une bande de jeunes filles dans sa cité. Ce gang de filles n’a peur de rien. Ces filles font ce dont elles ont envie, chapardent, rackettent, se bagarrent contre les autres filles d’autres gangs. C’est comme ça qu’elles s’affirment ! Girl Power ! Et Marième “s’émancipe” grâce à elles. Elle devient Vic. Vic se rebelle et fait désormais ce qui lui chante. Devient insoumise.  Et ne tourne pas bien. Forcément. Elle est une fille de banlieue. What else ? Rien de bien nouveau sous le soleil. Rien de positif, rien de constructif comme toujours quand il s’agit de montrer le quotidien des noirs de France. On se croirait dans un reportage du style “Génération Rihanna ou Beyoncé” qui avait été diffusé dans le 66 Minutes de M6 de fin Août dernier et qui avait enflammé la blogosphère noire.*

Big Lol. Dans certains articles faisant la promo de ce film, j’ai pu lire “Girl Power”. Mon oeil ! Voler, racketter, se bagarrer, c’est le seul moyen de s’affirmer ? C’est le seul moyen de se sortir de cette vie misérable à laquelle on est, semble-t-il, destiné quand on vit en banlieue ? Quelques scènes, touchantes tout de même, nous montrent que ces filles sous ces airs qu’elle se donnent restent en fait des gamines, des gamines qui s’amusent en imitant Rihanna.

Dans cet article de Slate, la réalisatrice dit en résumé qu’elle a voulu mettre pour une fois à l’affiche des femmes noires, pour les rendre plus visibles.  Parce que les femmes noires, il y en a peu sur le grand écran etc, etc. L’intention est bonne, mais je ne dis pas merci à Céline Sciamma. Franchement, en tant que femme noire vivant en France, je me dis autant être invisible qu’être visible de cette façon. Ce portrait de jeunes filles bruyantes, qui ont un comportement que je juge inacceptable, qui se jouent les caïds ne me parle pas. Pas une seconde, l’ado que j’ai été ne leur a ressemblé. Ok, on me dira, mais elles existent bien ces filles. Tu ne peux pas nier cela. Si tu ne te reconnais pas en elles c’est peut-être parce que tu n’a pas le même passé qu’elles. Tu n’as pas grandi en banlieue. Tu n’as pas grandi en cité. Exactement, c’est le point, je suis noire, et je n’ai pas grandi en cité, je n’ai pas grandi dans une barre d’immeuble. Je reconnais que je n’ai pas grandi en France même pour tout dire. Mais je suis persuadée que bon nombre d’adolescentes noires, en France, en Île de France, ne se reconnaîtraient pas en voyant ces personnages. En gros, mon propos est que, être noire en France n’est pas équivalent à être fille-de-cité-caillera. Un autre angle aurait pu être choisi. Il y a beaucoup d’autres noires qui n’ont pas grandi en cité, qui ont fait des études normalement, qui ont eu des diplômes, qui s’affirment en tant que femme, qui utilisent d’autres moyens pour s’affirmer que se battre en free fight et avoir comme trophée le soutien gorge de son adversaire.

Et aussi, SCOOOOP, il  y a d’autres noires qui ont grandi en cité et qui ont bien tourné, très bien même. En gros, il y a d’autres histoires à raconter. Juste pour exemple (et c’est loin d’être le seul) : Fatoumata Kébé. C’est le genre d’histoire de fille de banlieue, qui montre le girl power sans les poings qu’il serait aussi intéressant de mettre à la une pour nous rendre visibles. Une nuit sur RFI, j’ai entendu dans l’émission En Sol Majeur, l’interview de cette jeune femme (elle a 28 ans). Elle parlait de son parcours. Elle est en thèse de doctorat en Astronomie. Fatoumata Kébé est d’origine malienne et a grandi dans le 93. En banlieue quoi. Et tout le monde a une vague idée de ce qu’est le Neuf-Trois (93 en argot). L’astronomie, elle est pour ainsi dire tombée dedans lorsqu’elle était petite : ses parents (qui n’ont pas fait de grandes études d’après ce que j’ai compris) avaient des bouquins qui parlaient des étoiles et c’est comme ça qu’est née sa passion. Elle raconte son parcours, les embûches semées par le système (l’orientation systématique des enfants de banlieue dans les métiers sous qualifiés – problématique évoquée dans le film mais de façon ambigüe à mon sens), ses objectifs, ses aspirations, ses rêves. Elle ne s’est pas laissée bloquer par le système. Elle a utilisé son intelligence pour aller là où elle souhaite aller. Pour cette fille, on peut même dire que the sky is not the limit. Et non, elle ne passe pas par la case dealeuse de drogue parce que ce n’est pas le seul moyen de s’en sortir, de sortir du joug du grand frère quand on a grandi en banlieue, quand on est noire en France.

Fatoumata Kébé, l'Astronome du 93
Fatoumata Kébé

Tout ça me fait penser au Ted Talk de Chimamanda Adichie, talentueuse auteure nigériane, intitulé : the danger of a single story. Le danger de l’histoire unique. On a juste l’impression avec cet énième film que c’est le seul type d’histoire qu’on aime bien montrer en France, qu’on aime bien documenter quand il s’agit de parler de nous, les noirs : des noirs dans une banlieue sensible, les noirs et le mariage forcé  (“Fatou la Malienne”, vous vous en souvenez?). Elle aurait pu nous demander, Céline. Elle aurait pu investiguer un peu plus et aurait sûrement trouvé d’autres filles dont l’histoire est moins clichée que ce qu’on veut tout le temps nous servir. C’est fatiguant. Mais en même temps, raconter des histoires “normales” est forcément ennuyeux, n’est-ce pas, a très peu d’intérêt et ne générerait pas suffisamment d’entrées ?

Comme un ami le dit, tant que nous mêmes (noirs) nous ne prendrons pas la caméra pour filmer et montrer ce que l’on veut, des gens de “bonne volonté” le feront et montreront les choses qu’elles considèrent comme seules existantes. Comme une autre amie dit : “C’est encore une fois une caricature, let’s watch those black people in their natural habitat : le Ghetto! “

Et sinon, que les gens qui décident de ce qui doit être passé ou pas sur grand écran se rassurent. L’absence de diversité à l’affiche -marrant, ce problème se poserait uniquement que lorsqu’il y a en majorité des noirs- n’est pas un frein pour le public. Il y avait du monde dans la salle où j’ai été. Et chose étonnante, nous n’étions pas une majorité de noirs. Non, c’était même le contraire ;-).

Et vous chers afropolites ? Qu’en avez-vous pensé si vous l’avez vu ? Dîtes-le nous en commentaires !

*Si vous avez raté l’émission de M6, sur “La génération Rihanna et Beyoncé”, diffusée fin Août de cette année et qui avait enflammé la blogosphère noire, vous pouvez en avoir une idée grâce à ce billet d’humeur sur le sujet dans cet article sur le site de Ivy Mag Je ne suis malheureusement pas arrivée à retrouver le lien de l’émission.

6 Comments

  1. Mary
    30/10/2014 at 11:49 am
    Reply

    Hello,
    J’ai beaucoup de choses à dire lol

    Bon déjà, en ne précisant pas au début de l’article qu’il s’agit d’un film français, il me semble qu’on se perd un peu. Non ?
    Parce qu’une affiche avec des filles noires, c’est qu’en France ou autre pays européen que c’est inédit.

    Je n’ai pas vu le film, il ne me donne pas envie. Parce que je suis très peu cinéma français. C peut être bête à dire, mais je ne supporte pas le son/les voix dans les films français. Et je me dis que celui là, ce doit être le pompom. J’imagine des “wesh”, “éé vas-y” avec le son “français” que j’aime pas, et je suis découragée d’emblée lol

    Sinon, sur le fond, je me demande pourquoi on attend tant que les Blancs (en France) fassent l’éloge des Noirs/ de l’Afrique, montrent les bons exemples, les choses dont on peut être fiers.
    Est-ce qu’ “on” (j’entends les Noirs/Africains) les paie pour ça ? On peut certes leur en vouloir de sélectionner, dans ce qu’ils montrent, des choses qui ne nous plaisent pas…
    Bref, je partage à 100% l’avis qui dit que les Noirs devraient raconteur eux-mêmes leurs histoires et faire eux-mêmes leur propre publicité.
    Ou si on est trop fâché aussi, qu’on montre les tares de la société occidentale blanche 😀

  2. Sika A.
    01/11/2014 at 11:38 am
    Reply

    Merci pour ton commentaire Mary! Lol pour les voix etc…J’avoue ne pas m’être appesantie là dessus. Oui, il y a eu quelques wesh, mais pas exagérément, il faut le concéder…

    Sinon, comme tu dis, on ne les paye pas pour qu’il “parlent” bien de nous. Mais le truc est que en fait on ne leur a rien demandé quoi :-D. En même temps, on ne peut pas les empêcher de faire ce qu’ils veulent. C’est évident. Mais on leur demande un minimum d’objectivité. Oui, c’est pas tout rose. Mais non, tout n’est pas aussi chaotique qu’ils aiment bien chaque fois montrer. Comme je le disais, c’est fatiguant quoi. Toujours dans le sensationnel. Et vu comme nous, êtres humains, sommes câblés, à force qu’on ne nous montre que cet aspect des choses, on a l’impression que ce n’est que comme ça que les choses sont. Les préjugés sont le type d’information qu’il est difficile d’éliminer…Et si on agit toujours, volontairement ou pas (?) de sorte à les perpétuer, les objectifs que l’on voulait soi-disant atteindre le sont à moitié ou même au tiers quoi….

  3. Moniki
    01/11/2014 at 7:00 pm
    Reply

    Hum. J’avoue je n’ai pas voulu aller le voire. On t’a un peu pousser devant le bus. J’ai vu le film Samba avec Omar Sy. Moins que la révolte que tu as ressentie devant bande de fille, c’est un malaise que j’ai perçu. Je ne l’avais pas encore digéré.
    Certains vont dire qu’on est jamais contentes, mais comme toi j’exige de la justesse quand on présente les noirs au cinoche.
    Mais l’amatrice d’Anti héros que je suis, n’aime pas les films lisses. Où tout est noir ou blanc. Où on ne présentera que des noir(e)s parfaits. Je pense qu’il en faut, parce que la situation le nécessite vraiment.Mais estimer que l’histoire de fatou kebe a plus d’intérêt cinématographique que celle de Marième est un erreur. Un mauvais scenario, avec des acteurs amateurs, ne fera jamais un bon film même sur une belle histoire de fonds.
    Est-ce que le film est mauvais à cause du sujet, où de la manière dont il le traite? Je crois comprendre que c’est la manière.
    Pour moi, c’est deux histoires valant la peine d’être racontées, peut-être par de meilleur réalisateurs, qui iront Comme tu dis, discuter avec les personnes dont ils s’inspirent avant d’écrire leur scénario.

  4. Moniki
    01/11/2014 at 7:03 pm
    Reply

    Concernant les films faits par les noirs sUr les noirs en France, il Ya le duo Fabrice Eboué, Thomas Ngijol qui a commis” case Départ” et le second qui a fait “le crocodile du Botswana”. Qu’en as tu pensé ?

    • Sika A.
      08/11/2014 at 6:39 pm

      Question interessante Moniki.
      Je ne suis pas une grande fan de Thomas Ngijol et de Fabrice Eboué, du coup, je ne cherche pas forcément à regarder les films qu’ils font…Case départ, je ne l’ai pas vu. J’ai finalement vu le Crocodile du Bostwanga étant donné les avis positifs que j’ai eus de certaines amies. Et j’avoue, j’ai pas mal ri.
      Evidemment, c’est une facette des dirigeants des pays de notre continent qui me fait honte. Dictateurs, mégalomanes, etc…Mais, à mon avis, je trouve que l’intérêt de ce film par exemple c’est de montrer à quel point ces dirigeants ne sont rien d’autres que ridicules. C’est clair que ce n’est pas positif. Mais pour le coup j’adhère. Ce genre de film devrait être vu par ces dirigeants afin qu’ils se rendent compte à quel point leur façon de concevoir le fait d’être chef d’Etat est grotesque.

  5. Sula H.
    02/03/2015 at 12:15 pm
    Reply

    Pour quelqu’un comme moi qui est très cinéma, j’aime les histoires avec des personnages intéressants. Le sujet du film importe peu tant que les personnages sont développés et contribuent a raconter une histoire intéressante.

    On en revient encore au “Danger of a Single Story” de Chimamanda. Comme Mary, je suggère que les Africains/noirs/Diaspora écrivent eux même leurs histoires. La demande est la aussi bien que le talent.C’est clair qu’il faut souvent fouiner pour trouver, mais le plus important c’est de supporter les histoires qu’on veut voir.

    p.s: j’ai découvert un film qui est sorti l’année dernière, je ne l’ai pas vu mais je suis tombée sur une vidéo qui parlait du processus de création. Le film c’est African Metropolis. Ce sont des short films sur 6 villes Africaines: Le Caire, Nairobi, Johannesburg, Dakar, Abidjan, Lagos. Il faut fouiner pour le voir mais ca vaut le coup de chercher.
    http://www.goethe.de/ins/za/prj/afm/enindex.htm?wt_sc=africanmetropolis

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