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C’est pas n’importe qui, qui va au CP I !

C’est pas n’importe qui, qui va au CP I !

Politique et Economie

Depuis kedi kedi (comprendre depuis bien longtemps), l’Union Africaine (UA) exprimait une certaine exaspération envers la Cour Pénale Internationale (CPI). Jusqu’ici il ne s’agissait que de critiques ouvertes, de déclarations plus ou moins hostiles mais rien de bien concret.

Bon, on avait certes déjà dépassé la simple contestation : l’idée d’une Cour Africaine de Justice, concurrente de la CPI, avait bien été lancée ! Le protocole d’accord pour son institution (dit de Malabo) a même recueilli plus d’une dizaine de signatures. Cependant, sachant que pour qu’elle soit effective, il ne faut « que » 15 signataires, on peut se demander pourquoi on n’en entend plus vraiment parler depuis près d’un an !

Bref, toute cette histoire de « deux poids, deux mesures », « oh pourquoi y a que les africains poursuivis à la CPI ? », « nous aussi on va faire notre cour au calme » ne faisait plus vibrer grand monde (à part les manifestants pro-Gbagbo se gelant en ce moment à la Haye, 9 °C, vent SO à 27 km/h, 74 % d’humidité). Et là patatras !

On apprend que dimanche dernier, lors du 26ème sommet de l’UA, les présidents africains ont adopté une proposition visant au désengagement de leurs états de cette histoire de CPI là (Non ? Jure !?).

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D’accord, vu d’ici, la CPI est jugée plus « néocoloniale », impérialiste qu’impartiale. Elle semble étrangement s’acharner sur le seul continent africain et beaucoup affirment qu’elle n’est que le pantin des puissances occidentales (la justice des vainqueurs).

Il est vrai que la plupart des personnalités qui ont maille à partir avec la CPI, ont été ou sont encore pour la plupart… africaines : des hommes politiques, dirigeants dont certains sont encore en fonction.

Mais laissons les constats faciles (oui sur la petite dizaine d’affaires/enquêtes en cours, toutes sont en lien avec des crimes dans des états africains), si on se penche d’un peu plus près sur les causes, il est possible qu’on fasse un « mauvais procès » à la pauvre cour :

  • La CPI n’engage que ses 121 Etats signataires : Russie, Etats-Unis, Inde et Chine ne sont pas dedans ( « Garde la pêche » dixit Bush W.)
  • Pour les tribunaux spéciaux (tels que celui pour l’ex-Yougoslavie souvent cité en exemple), le Conseil de Sécurité de l’ONU avait levé le droit de véto de la Chine et la Russie, ce qui n’est pas le cas pour la CPI ( « A bas les gardes-pêche » dixit Vladimir Vladimirovitch P.)
  • La CPI n’a pas de police ou experts enquêteurs : elle s’appuie sur les moyens (et la bonne volonté) des états participants et des autres organisations internationales
  • Une majorité de pays africains (34) sont signataires du traité créateur de la CPI (dit de Rome)
  • Les crises politiques sur le continent se succèdent comme les épisodes des « Feux de l’Amour »
  • Ainsi on peut se dire que pour travailler, la CPI s’attaque à ce qu’elle peut : là où il y a des problèmes mais surtout là où juridiquement elle a le droit d’intervenir, et où (de plus) elle peut intervenir sans provoquer plus d’anarchie ( « Gars, prêche !» dixit 김정은 )

Ainsi lorsqu’il y a inculpation, c’est parfois les gouvernements africains, eux-mêmes, qui le demandent…

El Bechir ex

Bon ce n’est pas la situation la plus courante. Mais cela nous permet peut être de mettre le doigt sur la forêt que l’arbre CPI cache : on préfère aller demander justice ailleurs, parce que chez nous-mêmes, elle est trop souvent pas assez indépendante.
C’est pourquoi, on a beau comprendre et adhérer de tout cœur au concept d’une Cour Africaine de Justice (l’Europe a sa cour, les US jugent eux-mêmes leurs criminels, pourquoi l’Afrique ne prendrait pas en charge ses propres problèmes à sa propre manière ?), au vu du profil des présidents qui la réclament, on ne peut s’empêcher de frémir… Il faut dire que beaucoup d’entre eux (même si ils sont vus comme des héros sur le continent parce que tenant tête à certains néo-colons) volent déjà allègrement au-dessus des lois dans leurs propres pays. De plus l’UA rechigne déjà ne serait-ce qu’à mettre un nom sur certaines dérives caractérisées lorsqu’elles arrivent (Quoi ? Il se passe des choses au Burundi ? Ah, première nouvelle !) … alors est-ce qu’une Cour Africaine de Justice en aura assez dans le calcif pour aller saisir un Sassou (exemple pris au hasard) par la peau du cou ?

Cour africaine justice 1

On ne sait pas grand-chose de l’alternative proposée (les juristes iront nous éclairer dans les commentaires). Mais nous ne sommes pas sortis de l’auberge, si la Cour Africaine de Justice fonctionne comme d’autres organismes du continent, comme la « Cour africaine des droits de l’homme et des peuples », où les juges doivent obtenir l’approbation du président de leur pays d’origine pour aller siéger ( « Mon petit je t’envoie là-bas, mais évite le boucan hein » dixit Biya Paul).
D’ailleurs qui a entendu parler de la Cour cité en exemple juste avant ? Qui a entendu parler de la CPI ? Ok, on est bien d’accord…
A l’heure de la mondialisation, plus qu’une véritable volonté de se désengager de la CPI, gageons que l’UA veut mettre la pression à la communauté internationale, et renégocier peut être le traité de Rome…
Dans tous les cas, il faudra prier pour que le continent noir réussisse à créer ses propres structures, véritablement indépendantes et impartiales, avec des valeurs issues de la culture panafricaine… Parce que si tout était au top chez nous, la CPI serait au chômage.

1 Comment

  1. Sika
    03/02/2016 at 12:35 pm
    Reply

    La dernière phrase résume parfaitement mon sentiment par rapport à ce sujet… La Cpi serait au chomage en effet si les dirigeants de nos états pensaient à faire les chose bien.. Mais hélas….

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