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DAME MONIQUE…

DAME MONIQUE…

Actualités, Société

Samedi 12 mars 2016… Une date qui restera gravée dans le cœur de plusieurs camerounais, voire africains, au-delà des acteurs principaux eux-mêmes : les spectateurs en plein direct et ceux qui ont eu des images en différé tel que moi.

Comment ai-je pu être mêlée à pareil spectacle ? Moi qui n’ai commandé en ligne aucune série au goût tragique? Moi qui étais toute tranquille dans mon coin, navigant sur mon smartphone avec lassitude… à la recherche inavouée de sensation forte.

Et ben, « à bien chercher on finit par trouver » dit-on, et j’ai trouvé cette « sensation forte » au détour d’une image… non, de plusieurs images. On se serait cru à la maison de l’horreur, mais en plein jour !
Certains l’ont deviné… Je parle des images de la Dame Monique se faisant éventrée par sa nièce au milieu de la cour de l’hôpital Laquintinie à Douala.

Quelle tragédie, quel drame, quelle souffrance qui défilent au fur et à mesure que je vais sur d’autres pages à la recherche de démentis, d’éléments qui pourraient m’indiquer que tout ça ce ne sont que des images mises en scène, des images d’une scène de théâtre voulant mettre en exergue la souffrance de certains patients… Mais ce n’était pas le cas : mon téléphone était devenu le complice des receleurs de cette scène d’horreur, filmée quasiment en direct. Moi, à l’autre bout du monde, je suis directement spectatrice V.I.P de ce qui se déroule dans cet hôpital camerounais.

Les questions et les larmes se bousculent au-dedans de moi, chacune en compétition contre les autres pour sortir en premier… Mes larmes gagnent le combat, je sens mes yeux se remplir d’eau et couler le long de mon visage, mon cœur n’est pas prêt à ressentir ce que je vois. Donc c’est cela l’ère du numérique? Rendre complice la terre entière d’un crime qui se déroule sous vos yeux ?

Mes larmes, mes yeux sèchent et laissent la place aux questions.
Il faut que je sache, qu’est ce qui se passe, à quoi suis-je mêlée?
En faisant défiler les pages d’actualités, je découvre le « fait divers »… Il est question d’une dame enceinte qui par manque de prise en charge adéquate est décédée aux portes de l’hôpital, et sa nièce, dans l’objectif de sauver les bébés, des jumeaux a dû ouvrir le ventre à l’aide d’une lame et sous les regards (et les téléphones multimédia) des plusieurs individus assistant à la scène. Voilà la base de l’histoire.

Mais au fil du temps, heures après heures, des camps se forment, des versions se créent, la confusion se met en place, l’amalgame est vite fait sur cette scène. Les langues se délient, chacun voulant y associer la narration de ses propres aventures ou mésaventures vécues dans cet hôpital… Même ceux ne l’ayant jamais approché eux-mêmes de près ou de loin ! Ceux-là racontent leurs histoires à la sauce de “oui j’ai l’ami de mon ami qui est décédé…”, “j’ai ma voisine qui m’a dit que son frère…” !

Oui des frustrations voient le jour, des souvenirs refont surface. Ce n’est plus en soi la scène qui est décriée, mais grandit le ras-le-bol d’un système hospitalier en faillite. Un système où la vie ne vaut plus grand chose. Une montée d’adrénaline subite s’empare des personnes : des manifestations sont créées, des pancartes sortent, comme si elles étaient prêtes depuis longtemps et attendaient ce moment, attendaient Dame Monique.

Hopital Laquintinie

La nièce et les principaux (non-)acteurs hospitaliers sont embarqués au commissariat afin que la vérité se fasse jour, afin de nous éclairer jusqu’aux extrémités de la terre… et surtout répondre à nos multiples questions… dont principalement ces deux-là, qui ont pris le pas sur toutes les autres :
-que faisait cette dame à même le sol au sein d’un hôpital?
-pourquoi n’a-t-on pas arrêté les gestes de désespoir de cette nièce?

Oui parlons de cette nièce, il existe différentes versions sur sa parenté avec Dame Monique, mais à défaut de savoir qui elle est vraiment, une partie du public l’appel « l’amazone », « l’héroïne », d’autres parlent de la « meurtrière », la « folle », tant son acte est complexe à appréhender : à la fois compréhensible et inapproprié, à la fois courageux et totalement repoussant.

Moi à sa place qu’aurais-je fait? Toi à sa place qu’aurais-tu fait ? Sincèrement je ne sais pas. Je prie le bon Dieu de ne jamais me mettre face à une telle situation… Pardon, moi je ne sais quel surnom attribuer à cette “nièce”, laissons la procédure judiciaire ouverte à cet effet nous aider à prendre une décision… Plus tard.

Oui ! Il y a, en effet, une enquête ouverte à ce sujet… Et je ne voudrais pas soulever déjà les fortes suspicions qui entoure déjà le futur déroulement de cette enquête même si le ministre de la santé a déjà livré ses conclusions à ce sujet, donnant sa version, alors que la dite enquête n’est pas conclue ! Quelqu’un est-il prêt à me rassurer à 100% sur l’intégrité de ce ministre de la santé : changera-t-il ses mots si l’enquête va à l’encontre de ce qu’il a dit ? Sinon je ne donne pas cher de la direction que l’enquête est censée prendre…

Cependant quelle que soit la conclusion de l’enquête, le Cameroun a été humilié, l’Afrique a été humiliée : je vois déjà le sourire de nos détracteurs en Europe face à ces images et vidéos qui braquent les projecteurs sur une Afrique mal en point, des individus vus comme primaires et qui confirmeraient « que l’émotion est nègre ».

Il y a déjà une dizaine de jours que ces événements ont eu lieu… Oui, ce samedi 12 mars sera finalement une date vite oubliée, face au système médiatique qui, l’émotion passée va trainer son emballement plus loin, jusqu’à la prochaine victime. Oui, avant Dame Monique il y a eu d’autres victimes ayant peu ou prou retenu l’attention, mais que s’est-il passé de concret par la suite? Pas grand-chose, les voix se sont élevées, les pancartes cachées étaient de sorties, les marches organisées, des projets éphémères crées. Mais une fois chacun de retour dans son foyer, se confrontant à ses difficultés quotidiennes, à la « vie chère », recherche d’emplois ou de pain pour les enfants… On entendra la fameuse expression “ah, on va encore faire comment ?”.

Rest in peace Dame Monique.

Lrg.

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