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Dans la tête de Tiki…

Dans la tête de Tiki…

Opinion

Après la révélation par le Canard Enchaîné de son défaut de titre de séjour, plongeant l’UMP dans l’embarras le plus total, Stéphane Tiki, Camerounais, membre de la Droite forte et  président du mouvement jeunesse de l’UMP, est contraint de se mettre en congé de son poste.

Ce pourrait être n’importe qui. Stéphane. L’ado de bonne famille inscrit au lycée français d’une mégalopole africaine, qui y obtient son baccalauréat. Qui fait la queue au Consulat général de France pour obtenir un visa. Qui prend l’avion un soir de l’été 2005, laissant derrière lui famille et amis, pour poursuivre ses études à l’étranger, en France. Mais l’année universitaire est paralysée par le mouvement de contestation contre le contrat première embauche (CPE). Les étudiants organisent des assemblées et votent de façon répétée le blocage des universités. Certains commencent à s’inquiéter de leur avenir, dont Stéphane, qui intègre un syndicat anti-blocage. Ce sera le début de son engagement,  qui se poursuivra à l’UMP, frappé qu’est Stéphane d’un coup de foudre pour Nicolas Sarkozy qu’il a vu en meeting.

L’ère Sarko est celle des Dati, Rama Yade, noire et ministre à 30 ans. Le nouveau rêve français.  Et Stéphane rêve.  ” Nicolas Sarkozy, une façon différente de faire la politique basée sur des valeurs comme le travail,le mérite, l’égalité des chances “.  De sa fac dont il est le référent UMP, il gravit les échelons jusqu’au niveau national à coups de distribution de tracts et de collages matinaux d’affiches. Jeunesse dorée parisienne, matches de tennis…

Il est nommé le 17 décembre dernier président des jeunes pop’ (le mouvement des UMPistes de moins de 30 ans).Il est très à droite. Génération Sarkozy. Il critique la présence de drapeaux étrangers à la Bastille le soir de la victoire de Hollande. Il s’oppose fermement au droit de vote des étrangers aux élections locales, il affiche des positions tranchées sur l’immigration et l’assistanat, il est favorable à l’abrogation de la loi ouvrant le mariage aux homosexuels. Il se sent investi d’une telle mission pour la France. Mais il porte un lourd secret : ça ne se voit pas du tout mais Stéphane est étranger. Un intrus planqué dans la mêlée. Qui a sa carte du parti mais qui n’a jamais voté de sa vie, jamais palpé la douceur d’une carte d’électeur bleu-blanc-rouge.

bien sûr, la nationalité, comme la varicelle, est contagieuse au sein d’une fratrie

En fait, Stéphane est si persuadé de devenir naturellement français que la question ne se pose même pas. Il n’est pas comme les autres, à attendre un CDI, des revenus ou un changement de statut. On peut au moins lui concéder de ne jamais avoir eu recours à des appuis en haut lieu, puisque sa (trop) précoce demande de naturalisation a reçu un avis défavorable de l’administration, en pleine ère Sarkozy. Mais demander un appui n’aurait-il pas équivalu un peu à se dévoiler et à admettre une obscure citoyenneté bananière ? Or, il a quand même étudié au lycée Fustel de Coulanges de Yaoundé. Il a « fait » la France. Ses parents n’ont-ils pas été mariés à Paris, par le maire de Paris, un certain Chirac? Il connait Rachida. Il aurait même une sœur française, et bien sûr, la nationalité, comme la varicelle, est contagieuse au sein d’une fratrie. Il est plus français que français, mais juste dans sa tête, car quand son titre de séjour arrive à expiration en fin d’études, qu’il n’a pas de CDI et que demander la nationalité requiert un titre de séjour en cours de validité, il se retrouve en situation irrégulière. Ça arrive finalement si vite, si simplement. Ça arrive à tant de Stéphane.  Mais le nôtre a la tête dans le sable. Un peu comme ces hommes qui mènent une double vie conjugale, qui s’y engluent, mais qui  gagnent du temps en attendant la solution providentielle. Pas question de renoncer à ses responsabilités politiques.

Il se présente comme auto-entrepreneur « parce qu’il est important d’être indépendant ». Et accessoirement parce qu’on ne peut  prétendre à un emploi salarié sans papiers. Pour sa défense, le 10 février dernier, en plein scandale, Stéphane écrit sur sa page facebook « je vis en France, je travaille en France », sans se rendre compte que c’est justement l’argument traditionnel d’un sans-papier. Arroseur arrosé. Que raconte t-il à l’UMP? Que répond t-il à l’innocente question « tu votes où ? ». Il aurait même fait part d’ambitions électives. Ses camarades savaient-ils que les matins d’élections, il était  chez lui, en attendant l’heure de les rejoindre au QG, et pas dans l’isoloir ? Comment soutenir un candidat corps et âme quand on n’a déposé aucun bulletin dans l’urne ? Comment rire de celui qui se noie quand on n’a soi-même pas traversé la rivière ? Comment expliquer l’ignorance totale de la situation que revendique sa famille politique? Certains allant jusqu’à dire qu’ils ne connaissent même pas Stéphane. Son masque était-il si opaque ? Ou est-ce difficile de s’avouer que Stéphane n’est pas toujours très loin et que « sans-papier » ne signifie pas forcément balayeur malien ?

Il faut avouer que pour un parti politique, demander ses papiers à chaque membre du parti de couleur foncée serait totalement déplacé et créerait un nouveau scandale. La responsabilité du Tikigate pèse donc uniquement sur Stéphane, qui l’assume en se mettant en retrait du poste auquel il a été désigné. Peut-être un peu trop tard. Tout le mal qu’on peut lui souhaiter est la régularisation de sa situation.  Mais elle risquerait bien désormais d’avoir un goût amer, le goût de la leçon…

Merci à Bibi pour cet article dépassionné qui aide à élever le débat au-dessus du buzz médiatique de la semaine dernière.

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