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Des Panthères dans le noir

Des Panthères dans le noir

Actualités, Histoire, Politique et Economie, Société

Avez-vous déjà entendu parler des “Trois d’Angola” (The Angola Three) ?

Robert King, Herman Wallace et Albert Woodfox sont trois prisonniers américains. Incarcérés en 1971 pour vol à main armée, dans la prison d’Angola (Louisiane), ils auraient pû purger leurs peines et disparaître dans les méandres de l’histoire comme bon nombre d’autres prisonniers.

Cependant ces trois-là ont enduré ce que très peu d’autres prisonniers aux USA et même dans le monde ont dû endurer : entre 29 et 43 ans de mise à l’isolement, sans contact avec d’autres prisonniers, dans ce pénitencier surnommé “l’Alcatraz du Sud” (73 km2 de superficie, 75% de noirs) !

Tout a basculé pour eux après le meurtre d’un jeune gardien blanc. Alors qu’aucune preuve matérielle solide ne les lie à ce crime, qu’ils ont toujours nié, ils sont condamnés à la prison à vie après un procès que beaucoup estiment au mieux bâclé (preuves à décharge égarées, témoins douteux…) au pire partial (irrégularités dans la sélection du jury… 100% blanc).

Angola three 1

Il faut dire que Herman Wallace et Albert Woodfox n’étaient pas de simples détenus : faisant partis des Black Panthers, ils avaient mis en place une section du mouvement afro-révolutionnaire au sein même de la prison. Ils entendaient dénoncer les mauvais traitements, la discrimination raciale (détenus blancs officiant en tant que surveillants des autres) et inculquer une certaine forme de résistance politique.

Si l’on tient compte de ces divers éléments, il n’est pas excessif de considérer ces prisonniers comme des prisonniers politiques : leur durée de détention a été alourdie et ce dans des conditions inhabituelles, à cause de leur activisme.

Conditions inhabituelles ? Oui nous n’assombrissons pas volontairement le tableau. Considérez-vous-mêmes : enfermé pendant des décennies, 23 heures sur 24 dans une cellule de 2.7 m sur 1.8 m, sans droit de communiquer avec leurs codétenus, sans travailler et autorisés à seulement 3h d’exercice (seul) par semaine !

« L’isolement est une forme extrême de détention qui, sur une aussi longue période, constitue un acte de torture selon les Nations unies » (1).

Nous parlons des Trois d’Angola aujourd’hui parce que le dernier qui était encore en prison, Albert Woodfox est enfin libre.

Ce n’est qu’à la fin des années 90 que d’anciens Black Panthers se sont rendus compte que leurs frères étaient toujours gardés à l’isolement. En 1997 nait alors une « coalition internationale pour la libération des Trois d’Angola » (2). Nous assistons donc à l’épilogue, près de 20 ans après !

Robert King a été le premier libéré, en 2001, jugé « probably innocent ».

Herman Wallace a été libéré en 2013, la justice ayant reconnu le caractère inconstitutionnel de son procès. Il n’a malheureusement pu profiter de cette liberté que pendant trois jours, emporté par son cancer du foie.

Angola three 2

C’est vendredi dernier, 19 février qu’Albert Woodfox a enfin été libéré. Malgré les efforts de l’Etat de Louisiane qui a fait appel plusieurs fois, face aux décisions successives de la Cour d’Appel fédérale en faveur de la libération. Albert Woodfox a subi ces conditions effroyables de mise à l’isolement pendant une durée plus longue que n’importe quel autre détenu dans l’histoire américaine !

Nous avons jugé important d’écrire à propos de ce combat pour la justice et contre une autre forme d’oppression ayant succédé à l’esclavage.

Pour la petite histoire, le nom « Angola » ici est bel est bien lié à celui du pays africain. En effet, la prison a été bâtie sur le site d’une ancienne grande plantation de canne à sucre qui comptait des esclaves d’origine africaine, en majorité venu d’Angola. Tout un symbole.

Angola prison 

  1. Amnesty.fr http://www.amnesty.fr/Nos-campagnes/Liberte-expression/Dossiers/Albert-Woodfox-libre-apres-plus-de-40-ans-isolement-16932
  2. http://www.amnesty.fr/sites/default/files/dossiertrois_dangola_detention_isolement_etats-unis.pdf

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