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Don’t leave before you leave

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Les anniversaires sont des instants de choix pour célébrer, mais aussi pour faire le bilan et planifier l’avenir. Il y a quelques jours, mon amie M. et moi avons entrepris un tel exercice de manière informelle. Autour d’un mets vietnamien, le jour de son anniversaire, nous nous sommes retrouvées pour célébrer une année de plus. Ce fut aussi le moment parfait pour reconnecter après quelques années passées sur des continents différents.

M. et moi nous connaissons depuis des décennies. Nous nous sommes rencontrées dans une cour d’école primaire en Côte d’ivoire et malgré plusieurs déménagements et les milliers de kilomètres qui nous ont séparées pendant longtemps, nous avons conservé une véritable amitié;  le genre d’amitié qui endure les aléas du temps et de l’espace.

Elle et moi avons beaucoup d’intérêts en commun, parmi tant d’autres, l’Afrique, les voyages, le développement international. Ce soir là, entre deux bouchées de nems, nous nous sommes retrouvées à parler carrière. En l’écoutant me parler de ses rêves, de ses réalisations, de ces incertitudes et de ses craintes, j’ai perçu dans ses mots des émotions déjà explorées,  un écho à mes propres discours intérieurs.

Femme ambitieuse, femme de carrière ?

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours su ce que je voulais accomplir : écrire, voyager et changer le monde. Aussi vague que cela pouvait paraître, j’ai tenu mon bout,  investi dans tout ce que  je savais être utile à la réalisation de mes rêves : études universitaires, cours de langues étrangères, bénévolat, stages, heures sup et j’en passe. J’ai passé une grande partie de ma vingtaine à peaufiner le chef d’œuvre que serait ma carrière : un poste de gestion dans une grande organisation internationale, des missions prolongées à l’étranger, un mélange enivrant de cultures, d’écriture et  de changement social.

C’était sans compter cet étrange et soudain désir de fonder une famille.

« Comment ferai-je avec des enfants ? Mon futur époux ne voudra surement pas me suivre ! Peut-être devrais-je songer à me « poser », choisir une carrière plus traditionnelle… » etc. Quand le déclic a-t-il eu lieu ? Je ne me souviens plus exactement ; ce que je sais, c’est que je me suis surprise à prendre des décisions anticipées, à prendre du recul, au propre comme au figuré, considérant un peu plus chaque jour la possibilité de devoir probablement renoncer, si ce n’est à la totalité, sinon  à une partie de mes aspirations professionnelles, afin de fonder une famille.

Ce sont ces questionnements intérieurs que j’ai reconnu dans les mots de M. S’il est vrai que les compromis font partie de la vie d’un couple et d’une famille, ce qui diffère un peu ici, c’est le fait de faire un choix, voire des concessions, avant l’union avec l’autre, avant la venue des enfants, avant même que le dilemme ne s’installe pour de vrai…

Ne partez pas avant de partir

Dans son best-seller Lean in, paru en 2013, Sheryl Sandberg, COO de Facebook, consacre tout un chapitre à ce sujet. C’est aussi le troisième point de son célèbre Ted Talk, “Why we have too few women leaders” :

« Voici ce qui se passe ; (…) une femme est occupée. Elle commence à penser à faire un enfant. Et à partir du moment où elle y pense, elle pense à faire de la place pour cet enfant. “Comment est-ce que je vais caser ça dans tout ce que je fais d’autre?” Et littéralement à partir de ce moment-là, elle ne lève plus la main, elle ne cherche pas de promotion, elle ne prend pas le nouveau projet, elle ne dit pas, “Moi, je veux le faire”. Elle commence à reculer (…) les femmes commencent à penser comme ça plus tôt – quand elles se sont fiancées, quand elles se sont mariées, quand elles commencent à penser à essayer d’avoir un enfant, ce qui peut prendre longtemps. Une femme est venue me voir à ce sujet, et je l’ai regardée — elle avait l’air un peu jeune. Et j’ai dit, ” Alors votre mari et vous, vous envisagez de faire un bébé?” Et elle a dit, “Oh, non, je ne suis pas mariée.” Je n’ai même pas de petit ami. J’ai dit, “Il est bien trop tôt pour penser à ça. »

Si Lean in a été décrié pour ne s’adresser qu’à une minorité dite privilégiée, de femmes étant dans des couples traditionnels,  la réalité est que beaucoup de femmes de tous âges, de toutes provenances démographiques, culturelles ou socio-économiques, se retrouvent un peu dans ces hésitations. La réalité est que la femme Afropolite, ambitieuse, éduquée, ouverte sur le monde, se prend des fois à glisser, à laisser ces barrières de l’extérieur – celles qui dictent comment une femme devrait agir – s’immiscer tranquillement dans sa psyché, diminuant ses aspirations, détruisant ce qui la fait vibrer. Pour le bien des siens, elle s’oublie.

C’est un sujet universel et récurrent, un débat intergénérationnel sur lequel toutes les femmes du monde, à un moment ou à un autre, doivent se pencher. À vrai dire, je ne doute pas un seul instant que nos frères, conjoints, pères et amis n’aient à faire de choix importants impliquant carrière et famille, mais la femme, c’est un fait, se retrouve plus souvent à prendre ce genre de décisions fantômes : décisions face à un dilemme qui n’existe pas encore, qui n’existera peut-être pas, et qui, dans le meilleur des mondes, ne devrait pas exister.

Et pourtant, Si notre travail est notre premier mari, comme se plaisaient à nous répéter nos ainés, pourquoi se voit-il voler la vedette face à nos conjoints, à nos enfants, à ces hésitations qui n’ont souvent d’existence que celle qu’on leur imagine?

Le choix

Un article paru dans le journal The Guardian en 2012 The Top five regrets of the dying (les 5 grands regrets des personnes mourantes), a fait le tour du web. Ce texte si simple est d’une grande sagesse. Selon l’article, le deuxième regret le plus courant pour les malades des soins palliatifs est  j’aurais aimé ne pas m’acharner autant dans le travail, la majorité regrettant de ne pas avoir été plus présents durant l’enfance de leurs enfants ou auprès de leur conjoint. Bien sûr, ce sont les hommes qui expriment le plus ce regret, mais on comprend qu’il n’est pas toujours facile de faire un choix de carrière définitif et satisfaisant quand on sait que la famille passe avant tout.

Chose intéressante, le regret le plus courant était j’aurais aimé avoir le courage de vivre ma vie comme je l’entendais, et non la vie que les autres voulaient pour moi.

source

La bonne nouvelle est que comparativement à nos mères et grands-mères avant nous, nous avons le choix. Nous avons une marge de manœuvre plus grande, une flexibilité et une autonomie qu’elles n’avaient pas, conséquences heureuses de longues décennies de luttes acharnées pour les droits des femmes. Nous, femmes Afropolites, sommes plus éduquées, plus briefées, plus indépendantes et plus libres. Nous avons à notre disposition plus d’outils, de forums, d’intermédiaires nous permettant de vivre nos vies comme nous l’entendons, malgré les multiples contraintes et détours qui se présentent à nous. Nous pouvons fonder nos entreprises et être plus proches des nôtres, partir en mission à l’autre bout du monde et nous savoir soutenues, monter les échelons d’une corporation, prendre une retraite anticipée et élever nos enfants à la maison. Nous pouvons même changer de rêve en cours de route, réajuster les objectifs, redéfinir l’horizon. Nous avons le choix.

Il s’agit en premier lieu de taire ces voix intérieures qui nous suggèrent le contraire.

A propos de l’auteur:

Rachel Y.

Montréalaise d’origine ivoirienne, je suis une professionnelle en philanthropie œuvrant pour un organisme de développement international. Passionnée d’histoire, d’art et de cultures, j’aime me perdre entre les lignes d’un livre ou dans les ruelles d’une terre étrangère. Mes intérêts sont multiples et incluent l’entrepreneuriat, la finance personnelle et la philanthropie, le sport et la naturopathie. Guidée par le principe selon lequel « on demandera beaucoup à qui l’on a beaucoup donné », j’aspire à vivre une vie sans regrets. Je rêve d’écrire et publier un roman historique, et de fonder un espace entrepreneurial pour jeunes femmes qui promouvra l’expression créative, l’éducation culturelle et la quête de Beauté.

9 Comments

  1. Cinthia A
    09/09/2014 at 7:32 pm
    Reply

    Très bel article !Très bien écrit, et profond ! Félicitations à l’auteur.

    • Rachel
      10/09/2014 at 8:51 pm

      Merci beaucoup Cinthia, j’apprécie énormément 🙂

  2. Mary
    10/09/2014 at 6:29 pm
    Reply

    Hello
    Je ne suis pas sure de vraiment cerner le point, ou plutôt de saisir la conclusion: une femme ne devrait pas anticiper le fait de vouloir fonder une famille ? Elle devrait juste laisser les choses venir et assumer ses ambitions professionnels sans se soucier de fonder ou pas une famille ?

    • Rachel
      10/09/2014 at 8:59 pm

      Merci pour ton commentaire! Mon point est que c’est à chaque femme de décider de ce qui lui convient le mieux, sans se laisser influencer par les règles invisibles que nous impose souvent la société. Aussi, souvent nous prenons des décisions en nous basons sur ce qui pourrait arriver (ou sur ce qui devrait être) et non sur ce qui est. Bien sûr si fonder une famille fait partie de nos objectifs il faut s’y préparer, mais si ce faisant nous renonçons à nos rêves les plus chers cela peut mener à bien des regrets.

      Ce n’est pas tjs évident, mais je crois qu’on gagnerait à ce que nos décisions soient influencées par nos aspirations profondes et nos convictions, non pas par des diktats extérieurs ou par la peur.

    • Mary
      14/09/2014 at 9:52 pm

      Bonjour Rachel,
      Merci pour la précision. Je comprends mieux…
      Je pense que l’exercice le plus difficile est finalement d’arriver à cerner ses aspirations profondes. Parce qu’on se l’avoue ou pas, on est forcément influencé par la société, l’entourage, le “système”…

    • Rachel
      15/09/2014 at 8:38 pm

      Salut Mary,

      Je te comprends! Je me retrouve souvent à questionner les motivations derrière mes émotions ou derrière mes (ré) actions, est-ce qu’elles proviennent de l’extérieur, est ce qu’elles sont causées par une peur quelconque, est ce qu’elles sont en alignement avec nos principes? Ce n’est vraiment pas évident mais je crois que juste le fait de se poser ce genre de questions peut mener à des choix un peu plus éclairés.

  3. Laetitia
    11/09/2014 at 9:57 am
    Reply

    Bravo Rachel! Bien écrit et surtout résume pas mal ce que je pense et les questions que j’ai eu á le poser et celles que je me pose encore aujourd’hui! Il faut s’efforcer de ne pas avoir de regrets! Take care

  4. Rachel
    15/09/2014 at 8:46 pm
    Reply

    Merci beaucoup Laetitia! Oui ma mère me disait que ce sont des questions que nous aurons à nous poser à plusieurs reprises dans nos vies de femmes, je crois qu’elle a raison!

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