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Elections au Bénin : gods and kings

Elections au Bénin : gods and kings

Actualités, Culture et Lifestyle, Histoire, Politique et Economie, Société

A moins d’une semaine de ses élections présidentielles, le Bénin reste à plusieurs titres un pays curieux dans le bal des nations africaines.

Depuis 1990 et la fameuse première conférence nationale sur le continent, le modèle démocratique béninois fait son petit bout de chemin. Ainsi c’est l’un des rares pays noirs à enchainer les alternances sans que ça ne parte en vrille au lendemain de l’annonce des résultats. Et ne pensez pas que cela est dû à une logistique parfaite (genre liste électorale informatisée et garantie sans morts ni nourrissons). Ni même à l’incorruptibilité des membres des différentes institutions de la République. Etrangement ces derniers, ainsi que les autres acteurs politiques ont toujours su privilégier la stabilité, peser les pour et les contres et ne pas faire trop de vagues.

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La liberté d’expression de la presse, des membres de la société civile et des citoyens eux-mêmes, semble faire le reste : les politiciens se savent scrutés, en permanence sous l’œil vigilant de tout ce beau monde (et de quelques sorciers chafouins).

Entendons-nous bien : tout cela ne signifie pas que la vie politique du pays ne connait pas son lot de scandales, tensions, qu’il n’y a pas de clientélisme ou d’ethnocentrisme. Non, tout cela existe, les mécontents sont la seule vraie majorité et on n’hésite pas à descendre dans la rue comme pour l’épisode de la tentative de révision de la constitution. N’empêche, pour l’instant le modèle tient bon !

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Un autre domaine dans lequel se distingue l’ancien Dahomey, c’est la prolifération de nouveaux mouvements religieux. Si l’Afrique en général est un gros laboratoire spirituel en pleine effervescence religieuse, le Bénin innove encore aujourd’hui en produisant des églises syncrétiques voire néo-messianiques (alors là débrouillez-vous avec vos dictionnaires).

Des prophètes/prophétesses et autres messies il y’en a eu un certain nombre en Afrique, et ces phénomènes sociopolitiques remontent même jusqu’au XVIIe siècle et Kimpa Vita, fondatrice Kongo du mouvement antonianiste. Entre autres afro-christianismes, citons les plus modernes Harrisme (en Côte d’Ivoire) et Kimbanguisme (Congo). Remarquons que ces prophétismes sont souvent, au moins au début, une forme de contestation contre le pouvoir (jadis colonial, aujourd’hui autochtone).

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Reste que même là le Bénin a su se démarquer. Par exemple, un mouvement comme le christianisme céleste vaut à lui seul le détour, avec un succès impressionnant au Nigéria, en Afrique de l’Ouest et jusque dans la diaspora africaine occidentale. A la foi berceau du Vaudou et fief de l’Eglise Catholique, le pays a toujours su synthétiser spiritualité traditionnelle et religions venus d’ailleurs. Comme une métaphore, le Temple des Pythons, à Ouidah, et la basilique de l’Immaculée Conception se dressent face à face. Pour la petite histoire (et les théoriciens du  complot), je n’ai pas connaissance d’une autre « petite ville » en Afrique qui ait reçu la visite de deux papes (Jean Paul II et Benoit XVI). Bon ok, cette basilique est la plus ancienne de l’Afrique de l’Ouest…

Ces dernières années, les béninois se sont illustrés (un peu comme tout le monde) par l’adoption massive des pratiques charismatiques évangéliques. Mais toujours là où on ne les attend pas, c’est un autre mouvement qui est revenu rebattre violemment les cartes.

Pour une fois que les méthodistes n’y sont pour rien… Le nouveau culte est né en 2009, avec pour fondateur, rien de moins qu’un dieu accompagné d’un pape et une vierge qui consume les démons (sic). La fondatrice, Parfaite, dite Daagbo, dite dieu esprit saint de Banamè serait directement venue du Ciel avant d’être adoptée, après sa découverte dans la brousse.

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Le mouvement commence donc en 2009, lorsque dame Parfaite rencontre le père Mathias Vigan, prêtre  de Sainte Odile de Banamè. En 2012, elle est rendue dieu esprit saint, et le père Mathias devient le pape Christophe XVII. Excommuniés l’année suivante, les dirigeants de la nouvelle « Eglise catholique de Jésus Christ » connaissent pourtant un succès spectaculaire : aujourd’hui, il se murmure que la mouvance compte près de deux millions de sympathisants (à comparer aux 9 millions d’habitants du pays). L’église catholique officielle et ses multiples scandales étouffées est malheureusement un ennemi plutôt facile à critiquer.

Il faut enfin ajouter que beaucoup de béninois, même en dehors de ses ouailles, écoutent cette dame avec attention. « Ce qu’elle a annoncé est toujours arrivé » m’ont dit en chœur deux connaissances le week-end dernier. Ce qu’elle a annoncé ? Oui, elle aurait prédit la démission du pape Benoit XVI entre autre.

Et c’est une de ces prédictions qui aujourd’hui a attiré notre attention. Une prédiction concernant les élections prochaines. Selon Parfaite, l’un des grands favoris, Lionel Zinsou ne remportera pas la mise. Elle a d’ailleurs fait son choix, et il se porte sur Patrice Talon.

Nous avons donc la chance d’assister à un de ces combats titanesques comme à l’époque où les héros antiques défiaient les dieux de leurs panthéons. Qui l’emportera ? L’homme politique, intellectuel de haut vol, aux moyens matériels gigantesques, à la diplomatie solide ? Ou la déesse qui ne s’est jamais trompée dans ses prophéties ?

Rendez-vous dimanche 6 mars, pour un début de réponse !

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