Blog posts

Elle et les noires – Toi aussi tu es une lectrice noire frustrée?

Elle et les noires – Toi aussi tu es une lectrice noire frustrée?

Uncategorized

Il y a presque 2 ans j’assistais à deux polémiques médiatiques autour de la communauté noire en France.

La première suivait les propos de Guerlain ( le grand parfumeur) sur « le nègre qui n’a jamais travaillé (ou un truc du genre) ».  Pour le papy Guerlain, ma foi, j’avoue partager l’opinion de Oprah Winfrey au sujet des vieux nés et élevés dans une culture raciste.

La seconde polémique a un peu plus fait le buzz parce qu’elle a traversée l’atlantique et a été reprise par les blogs et journaux américains. Et comme un boomerang est revenue en France avec un peu plus de force, au point d’obliger la directrice (ou une huile du magazine) de Elle, le magazine impliqué, à présenter un semblant d’excuses. L’objet du scandale était un article “insultant“, condescendant (j’insiste hein au cas où certaines ne me trouveraient pas assez lapidaire) envers les noires qui découvriraient et s’approprieraient la mode enfin en 2012.

Il y eu plus récemment, l’article insultant les tresses sur un pseudo site de tendances français et le black face de la rédactrice de Elle à une soirée Halloween. On se demande comment Elle parvient à se retrouver dans un tel pétrin deux fois de suite.

Blackface

La succession de ces épisodes, des articles ici et  et de longues discussions avec des amies m’ont inspirée cette opinion.

Que le monde de la mode et son plus grand relais, la presse, ne perçoivent pas les noires comme un idéal ou une cible marketing suffisamment importante pour l’aborder de manière exacte, recherchée et « valorisante » n’est ni nouveau ni une surprise.

Cependant, je partage le sentiment de ras-le-bol que révèlent ces polémiques. Je fais partie de celles qui ont acheté ces magazines « féminin » ou de mode (majoritairement féminin il faut l’admettre). Pendant 2 ou 3 ans, j’achetais le magazine Glamour (et oui, Elle c’était pas mon rayon, me demandez pas pourquoi, mais jamais accroché). Il avait un je ne sais quoi qui me plaisait. Étonnamment, j’étais conscient de ne rien y trouver de profond, mémorable ou instructif pour moi. Mais régulièrement, je faisais mon arrêt au kiosque presse pour en acheter un exemplaire.

Mais un beau jour  j’ai arrêté sans trop savoir pourquoi. Mon intérêt s’était comme évanoui. Je conservais néanmoins mes anciens numéros stockés pêle-mêle dans mon appartement. Un après-midi, mon compagnon de vie s’ennuyant (enfin, je crois!) en feuillette un et me demande : “Mais pourquoi tu achètes des magazines où il n’y a que des sujets modes et où  aucun article ne te concerne : le maquillage y a pas de trucs de noires, les coiffures y a que des cheveux lisses et les habits c’est que des trucs hyper chers et pour des filles maigrichonnes? “

Après un silence de  surprise, je finis par lui répondre : “Ben c’est pour ça que j’ai arrêté d’en acheter”. C’était ça la raison. Entre temps j’étais passée au naturel, j’avais des formes absolument pas mannequin (sans être « inhabillable » non plus), je ne roulais pas sur l’or, et j’avais abandonné les tissages raides au milieu du dos. Forcément j’étais loin du canon de ces magazines. Je ne trouvais rien à quoi me raccrocher. Même l’article aléatoire sur les cheveux crépus,  était toujours bateau et sans intérêt.

J’avoue ne pas lire les magazines féminins dans le but d’y trouver des articles politiques, économiques ou sociétaux de fonds. Honnêtement ce n’est pas ce que je cherche et c’est rarement ce que je trouve. Pourtant j’aimerais bien y lire autre chose que des pubs pour des fringues, du maquillage ou des produits de beauté, pour compenser ma frustration, parce que dans ce rayon  la déception est totale, je ne correspond clairement pas à la cible.

Dans ce domaine, je me “nourris” maintenant de blogs et autres sites internet/chaines youtube qui me parlent plus. Ça ressemble à du communautarisme ? Un peu, mais ai-je franchement le choix?

Je pense sincèrement qu’il y a un marché pour les magazines dits féminins où on pourrait se retrouver, je ne parle pas de Miss Ébène (ça existe encore?), Amina parce que ça m’ennuie tout autant mais pour d’autres raisons que je partagerai une autre fois. Ce que j’aimerais, c’est  lire un magazine qui ne met pas en premier plan l’ignorance crasse des membres de la rédaction  sur les communautés non blanches, non bourgeoises parisiennes ou non provinciales montées à la capitale. A défaut de nourrir mon esprit et mon âme avec des articles « profonds », j’aimerais que lorsqu’on y parle maquillage, on ait plus de choix que le blanc pâle, le rose poudré et le blanc halé. Qu’au hasard , un article sur le « nude » prenne en compte plusieurs carnations de « nude », pas que les 3 teintes citées ci dessus.

J’aimerais que la présence de ma minorité dans les magazines soit faite avec qualité et rigueur « journalistique » ou du moins réel enthousiasme et ouverture d’esprit. Que ce ne soit pas mentionné que dans le traditionnel article annuel/dossier spécial en immersion ou l’objet du trop rare et trop vide ou inutile article spéciale dédicace noires/immigrés/black/rebeu/chinois et autres “minorités” visibles ethniques.

Bref, je crois que vous m’avez comprise.

The Afropolite ne sera pas ça (je sais, je coupe court à un éventuel rêve ambitieux). Déjà il n’est pas papier, donc pour nous lire il faudra se connecter, ensuite il parlera d’un peu de tout mais gardera un angle de vue afrodescendant.

Pour le magazine papier glacé idéal, il y a de la place. Pitié, que quelqu’un fasse quelque chose! Si contrairement à moi, vous avez déjà rencontré ce genre de magazine, je vous invite à nous en faire part dans vos commentaires.

5 Comments

  1. Mary
    04/03/2014 at 7:35 pm
    Reply

    Hello Moniki,
    Pour répondre à la dernière question, je ne suis pas très friande de magazine féminin, mais il me semble que le magazine Flashizblack se positionne sur le type de créneau que tu recherches.
    As-tu déjà feuilleté / regardé ?

    • Moniki
      05/03/2014 at 9:44 pm

      Salut Mary,
      Merci pour ce premier commentaire. je connais Fashiz par son site internet et le blog de la rédactrice en Chef Paola AN, que j’apprécie beaucoup (le blog). Je n’ai cependant pas eu l’occasion de le feuilleter. Merci pour la suggestion.

  2. Mary
    24/03/2014 at 7:06 pm
    Reply

    Hello,
    Le magazine Fashizblack a annoncé la semaine dernière qu’il arrêtait momentanément sa publication papier.
    Les responsables ont fait état des difficultés qu’ils ont eu de la part des potentiels investisseurs pour faire grandir et évoluer le magazine dans le sens qu’ils souhaitent. J’ai noté dans leur propos beaucoup de frustration sur les possibilités offertes aux entrepreneurs en France 🙁

    • Sika A.
      24/03/2014 at 10:57 pm

      Ah la la c’est dommage ! Espérons que ce ne soit que momentané.

    • Moniki
      31/03/2014 at 9:37 pm

      J’ai suivi en effet le message de Paola A.N. sur son blog. cela m’attriste parce que le paysage de la presse ne risque pas de se colorer de si tôt.
      Je n’ai pas poussé ma reflexion très loin, mais il faut reconnaître qu’en France, la presse ne vit pas ses meilleurs jours. Alors pour la presse féminine assumant sa cible noire, j’ose même pas imaginer. J’ai aussi noté qu’elle ne veut pas mettre en avant la possibilité qu’être noire soient une des raisons de leurs difficultés à trouver du financement. C’est tout à son honneur. Mais je pense que c’est une des raison mais sous un angle différent, celui du réseau, des connaissances ou des entrées dans le milieu financier.
      De plus le contexte économico -financier n’est pas à la joie en France. Les banques prêtent peu et uniquement aux cas sûrs. Et sans “pistons” difficile de forcer les portes du crédit.

Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *