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Faut-il suivre l’affaire Pistorius?

Faut-il suivre l’affaire Pistorius?

Opinion

Je ne sais pas quel est le niveau de couverture médiatique de l’affaire Pistorius ou d’intérêt porté à ce sujet dans les discussions au travail en Afrique subsaharienne.

Mais là où je vis en France, elle est suivie avec une attention nettement supérieure à toute affaire de meurtre commis en Afrique par…un africain.

L’athlète a tué son amie Reeva Steenkamp aux premières heures de la Saint-Valentin 2013. Il déclare l’avoir prise pour un cambrioleur caché dans ses toilettes et tuée par erreur. En l’absence de témoin la nuit du drame, ses avocats tentent de lui obtenir, sinon l’acquittement, du moins le bénéfice du doute. Quant à l’accusation, elle souhaite le voir condamner à perpétuité pour meurtre avec préméditation.

Le procès a repris le 7 avril dernier après plusieurs jours de suspension.

Plus de détails ici:

En anglais :  Article Ewn

En français : Article de l’express 

Au moindre article dans la presse, je ne peux m’empêcher de lire et de relire les versions, les commentaires en ligne, les réflexions, les prises de positions, les non-dits, les messages entre les lignes…

Je dois être honnête : là où j’ai grandi, à ma connaissance, aucun meurtre n’a été suivi de la sorte par la presse. Tous les meurtres ou disparitions donnant lieu à un procès médiatique étaient liés à la politique. Un journaliste enquêtant sur un clan politique ou fouinant dans des dossiers hautement sensibles retrouvé mort. Mais la ménagère morte sous les coups de son époux ? Jamais. La fiancée ou copine officielle ou officieuse d’une célébrité locale? Jamais.

Se faire abattre par son conjoint dans la salle de bain. Ce procès porte sur un fait si macabre, brutal et effrayant qu’il ne me laisse pas indifférente. Belle, intelligente, drôle, pas parfaite, en couple avec une icône mais pas totalement dévouée à lui, et mourir sous ses balles dans sa salle de bain sans témoins, sans autre version de l’histoire…On se dit qu’une histoire de ce genre peut nous arriver dans une certaine mesure, ou est arrivée à quelqu’un que l’on connaît de près ou de loin.

Un procès comme dans les films ou les séries. Un expert balistique, la compromission de la scène de crime, des antécédents, des témoins protégés, des caméras, des suspensions de séances, des reconstitutions, des médecins légistes, des traces de sang, des analyses de trajectoire, des contre-interrogatoires. Waouh!! Ça existe aussi par chez nous ! Oui l’Afrique du Sud ce n’est pas toute l’Afrique, mais j’avoue avoir un réel intérêt pour ces moyens mis à la disposition de l’élucidation et le jugement de cette affaire.

oscar_tribunal

Source

Une icône en procès. Bien qu’il ne soit pas du tout sûr que Pistorius soit condamné ou innocenté (la justice n’est pas parfaite et les défauts de l’accusation le font craindre), aussi puissante et connue que puisse être une personnalité, il est possible qu’elle soit jugée Cette règle est loin d’être inamovible et prouvée en Afrique du sud, en Afrique ou ailleurs. Mais l’idée que pour une fois ce soit possible, même pour une personne bénéficiant de tant d’a priori positif, permet à la petite flamme de foi en la justice de survivre encore un peu.

Une autre image de l’Afrique du sud ou la même image avec plus de précisions? Avec ce procès apparaît la violence impressionnante tant décriée en Afrique du Sud. Pas uniquement dans les townships entre noirs, pas uniquement par les noirs envers les anciens oppresseurs et toujours riches propriétaires terriens, mais aussi entre les blancs, entre les hommes et les femmes quelque soit leur couleur.

Une violence à armes à feu, même au restaurant avec des amis comme rapporté dans le témoignage d’un ami de Pistorius. Une violence banale et avec des moyens destructeurs même chez ceux qu’on n’attend pas dans ce domaine. Que fait un sprinter paralympique avec une arme à feu?

Si Reeva et Pistorius n’étaient pas blancs, l’affaire aurait-elle autant de couverture médiatique internationale? Oui elle est africaine, oui lui aussi, mais je ne peux m’empêcher de me poser la question. L’enquête aurait-elle été menée de manière similaire? Les médias se seraient-ils lâchés ou retenus pour ne pas être accusés de “racisme”? Le sujet intéresserait-il autant le public européen qui se lasse tant des milliers de meurtres dans les guerres entre africains?

Tant de sujets remontent ou débutent avec cet horrible fait divers, j’avoue être inquiète de son issue :

– condamné, avouera-t-il?  Saura-t-on jamais ce qui s’est réellement passé?

– innocenté, saura-t-on jamais ce qui s’est réellement passé?

Saura-t-on jamais comment une chose pareille a pu arriver?

Et vous Afropolites, suivez vous ce procès avec intérêt ou de loin, sans plus?

Quelles autres questions ce procès soulève-t-il à votre avis ?

5 Comments

  1. bichilla
    10/04/2014 at 1:38 pm
    Reply

    De loin, et avec juste une vision prêtée par les dépêches de l’AFP, je suis quand même intimement convaincue de sa culpabilité; même si quelque part subsiste un doute (et là je pense que c’est parce qu’il s’agit d’un blanc). Mais comme je dis, je regarde la chose de très loin 😉

  2. lucie
    10/04/2014 at 6:49 pm
    Reply

    Merci beaucoup à Moniki pour cet article. J’aime la réflexion prudente qu’elle fait au sujet de cette affaire. Je me pose aussi les mêmes questions. Sans témoin occulaire, sans reeva, c’est frustrant de se dire qu’on ne saura probablement jamais ce qui s’est réellement passé.

  3. Eve Keidi
    10/04/2014 at 10:39 pm
    Reply

    J aime bien toutes ces interrogations qui donnent a reflechir, a cogiter. Je suis plutot de tres loin ce proces. Mais en lisant ton article,j arretais pas de me demander si les protagonistes peuvent etre consideres comme des Africains. Les sud -Africains blancs se definissent ils comme des Africains?

    • Moniki
      11/04/2014 at 1:28 am

      Cette question est à elle seule un débat pour beaucoup de personnes et transparaît qu’on le veuille ou non dans le traitement médiatique de cette affaire.
      il est “facile” au public occidental de s’identifier aux deux protagonistes, rendant le sujet plus attractif. Mais celà n’enlève rien au fait qu’à mon avis, comme nous identifions des afropéens en Europe, ils sont des eurofricain ( je ne sais pas si ça existe)en Afrique du sud.
      Mais contrairement à l’exigence d’intégration qui va avec les populations noires en europe, ceux-ci ont dirigé l’Af Sud selon leur point de vue ( avec des nuances de communauté entre les anglais et les boer en Afrique du sud à ne pas oublié).
      Celà demeure une minorité visible présente depuis plusieurs siècles maintenant pour certains de ses membres.

  4. Mary
    11/04/2014 at 11:40 am
    Reply

    Je suis cette actualité de très loin, et pour être honnête, je dirai que je ne la suis pas du tout…
    Les questions soulevées dans cet article sont très pertinentes. Comme disait qq plus haut, j’ai du mal à les considérer comme des “Africains”. Du coup, le traitement médiatique qui est fait est pour moi équivalent à ce qu’on a l’habitude de retrouver dans les pays occidentaux.
    Après effectivement, je sais que ce n’est pas juste de les considérer comem “non africain”

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