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Filles et métiers “d’homme” – Partie 2

Filles et métiers “d’homme” – Partie 2

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En ce jour où nous célébrons la journée internationale de la fille (très peu connue mais tout aussi importante que celle de la femme) et au lendemain de la remise du prix Nobel de la Paix à Malala Yousafzai (plus jeune lauréate à ce jour) qui s’est fait connaitre à travers son combat pour l’éducation des filles, The Afropolite se devait de souligner ce double événement par un article au cœur du sujet.

Il va sans dire que ce sujet (ndlr filles & métiers “d’homme”) me touche et me passionne. Je vous avais déjà parlé de mon sentiment/ressenti ici. Après quelques discussions entre amis et les commentaires à la sortie de l’article, j’ai décidé de me documenter, d’aller plus en profondeur sur le sujet. Si vous vous souvenez, ma principale préoccupation était quelles différences faisait-t-on de ces métiers dits non traditionnels en Afrique et en occident, principalement au Canada ?

C’est un sujet très bien documenté par ici. Il y a plusieurs raisons avancées pour expliquer le pourquoi du comment de l’absence de femmes dans les classes de génie. Selon un rapport commandé par Ingénieurs Canada* paru en 2010, les principales raisons, du cours élémentaire jusqu’à l’université, sont, entre autres :

  • Les jeunes femmes sont massivement attirées par les domaines de la santé et des sciences sociales car ils sont perçus comme plus orientés vers les gens et engagés socialement.
  • Les jeunes femmes n’ont pas une bonne compréhension de ce qu’implique concrètement une carrière en ingénierie ou en technologie. elles ne peuvent donc pas prétendre à ces carrières.
  • Les jeunes femmes ont une perception négative des professions de l’ingénierie et de la technologie. La plupart assimile l’ingénierie et la technologie (mais surtout l’ingénierie) à des travaux de construction, un travail soit à l’extérieur soit dans un box étroit et fermé, et concernant principalement des machines ou des ordinateurs, plutôt que des personnes. Ceci confère un statut inférieur à l’ingénierie et aux professions de la technologie par rapport à la santé et aux sciences sociales.
  • Enfin, par rapport aux jeunes hommes, les jeunes femmes ont beaucoup moins de modèles qui les encouragent à choisir les cours de mathématiques et sciences au secondaire et à envisager  une carrière en ingénierie ou technologie. (Bon là c’est le serpent qui se mord la queue)

Loin de moi l’idée de faire un article d’analyse. Vous pourrez donc en savoir plus ici, ici ou . D’autres liens sont aussi donnés en fin d’article.

Par contre en Afrique, il n’existe quasiment rien sur le sujet et j’ai découvert pourquoi. En effet, le “problème” des filles dans les filières dites masculines peut être classé dans les enjeux dits ­«first world problems»** ou “problèmes de pays développés”. Car en Afrique la première préoccupation n’est pas pourquoi il n’y a pas plus de femmes dans les métiers masculins, mais plutôt pourquoi il n’y a pas plus de femmes à l’école TOUT COURT. Vous n’imaginez même pas ma surprise, lorsque j’ai découvert les chiffres dans ce rapport de l’UNESCO (datant tout de même de 1999) !! Certes, je savais qu’il existait un problème de scolarisation des jeunes filles mais je pensais naïvement que c’était un problème des années 60, en voie de résolution ! Que nenni. Les chiffres sont effarants. Selon ce rapport, les filles partent moins souvent et moins longtemps à l’école par rapport à leurs collègues masculins.

Prenons le cas du Burkina Faso (fort heureusement, il y a du progrès):

filles-metiers

Lorsqu’on se concentre sur les métiers non traditionnels, les données sont éloquentes. En 1999, en Côte d’Ivoire par exemple, on ne dénombrait que 5 femmes professeurs titulaires en sciences de la santé et 10% de femmes avaient le titre de professeures titulaires dans les autres UFR (Unités de Formation et de Recherche scientifique)a. Parmi elles, aucune n’était directrice de recherches ni même maitre de recherches !

En ingénierie, le Soudan remportait la palme du plus fort taux de femmes ingénieures avec un petit 15.8 %b.

Bref, j’avais donc déplacé le problème. Le combat en Afrique doit plutôt se centraliser sur permettre aux femmes d’atteindre un niveau décent de scolarisation car comme l’adage le dit si bien :

« Éduquer un homme, c’est éduquer un seul individu, éduquer une femme, c’est éduquer toute une nation » .

PS : Toujours dans l’article paru précédemment, je fais référence à mon école en Côte d’Ivoire, après m’être renseignée, j’ai compris qu’elle représentait une exception. Un modèle testé pour contrer l’analphabétisme chez les filles qui a bien marché et qui fonctionne toujours mais qui, jusqu’à présent, a été difficile voire impossible à dupliquer. Pourquoi ça marche ? Comment fonctionne-t-il ? Pourquoi n’arrive t-on pas a l’appliquer ailleurs ? Ce sont des questions qui feront l’objet d’un autre article…peut être 😉

Pour en savoir plus…

Lexique

*Ingénieurs Canada est l’organisme national qui regroupe les ordres provinciaux et territoriaux chargés de réglementer l’exercice du génie au Canada et de délivrer les permis d’exercice aux ingénieurs du pays : http://www.engineerscanada.ca/fr

** Expression utilisée pour décrire les frustrations et plaintes qui ne sont vécues que par les individus privilégiés dans les pays riches. Elle est généralement utilisée comme un dispositif comique pince-sans-rire à faire la lumière sur les inconvénients insignifiants : http://knowyourmeme.com/memes/first-world-problems

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