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Ghana Must Go….

Ghana Must Go….

Culture et Lifestyle

En Afrique de l’Ouest, où j’ai grandi, cette expression désigne des sacs de plus ou moins grande taille, souvent à rayures, utilisés pour transporter les affaires qui ne trouvent pas de place dans les autres valises bien rangées lors de longs voyages. C’était en tout cas l’usage qu’on en faisait dans ma famille. Je sais enfin pourquoi on les appelait Ghana Must Go…. grâce à ce bouquin. Durant l’hiver 1983,  2 millions de ghanéens ont été pressés par le gouvernement Nigérian de retourner chez eux…. Ces sacs leur ont été bien utiles pour empaqueter précipitamment leurs biens et depuis cette période, ils ont eu pour nom ‘Ghana must go’.  Le sujet du roman, s’il en fait mention, n’est pas de raconter cet événement particulier de l’histoire commune du Nigéria et du Ghana (plus de détails ici et  ), mais on comprend aisément pourquoi l’auteure a retenu ce titre….

En effet, l’objet de ce  roman que je trouve superbe est celui du retour précipité au pays, le Ghana, d’une famille africaine américaine, d’origine ghanéenne par le père et nigériane par la mère, suite au décès du père. Une famille dont les membres se sont retrouvés par la force des choses aux quatre coins du monde….

Ce décès les force, alors qu’ils n’ont plus eu l’occasion de se retrouver ensemble depuis de nombreuses années, à retourner sur la terre d’origine de leur père. Cette terre qu’ils n’ont pour ainsi dire pas connue….Cette terre d’où est parti leur père pour se rendre aux États-Unis, dans le but d’avoir comme on le devine un avenir meilleur. Ce retour, forcé, est du coup l’occasion pour chacun d’eux de faire une introspection, de se (re)parler enfin, de dissiper enfin tant bien que mal les malentendus, les non-dits inévitables qui peuvent exister au sein d’une famille. Une famille déchirée par le départ soudain et sans (apparemment) aucune explication du père.

J’ai bien aimé lire ce roman quand j’ai su appréhender le style de l’auteure… Sa façon d’user des flashbacks m’a, au début, déroutée. Mais quand j’ai fini par y «entrer», j’ai trouvé l’histoire entraînante. Difficile de lâcher le bouquin jusqu’à en arriver au bout. Les personnages, Kweku le père, Folasade la mère, Olu le fils aîné, les jumeaux Kehindé et Taiwo, la petite dernière Sadie et leurs sentiments sont décrits avec force détails qui permettent de capter toute leur épaisseur, leur profondeur et leur complexité. Il n’est pas difficile de s’identifier à eux ou de reconnaître dans notre entourage des personnes qui leur ressemblent…

L’histoire racontée est grave mais captivante. Elle aborde de nombreuses problématiques : l’immigration et tout son corollaire que sont le racisme, les mariages interraciaux et les difficultés afférentes, la difficile acceptation de son aspect physique quand on est noir(e) et qu’on vit en Occident où la majorité des gens ne nous ressemble pas. Vu le background de l’auteure, on a pas de doute quant au fait qu’elle sait de quoi elle parle. En effet, Taiye Selasi, est une afropolite pur jus (Vous comprenez donc que ça aurait été péché que de ne pas parler d’elle par ici :-)). D’origine ghanéenne par son père et nigériane par sa mère, elle vit entre Rome, New York et New Delhi aujourd’hui. Elle est d’ailleurs l’auteure de l’essai Bye-Bye Barbar (or what’s is an afropolitan) qui décrit avec des mots on ne peut plus justes les afropolitain(e)s. Personnellement je m’y reconnais.

Dans Ghana Must Go, il est aussi sujet du refus de l’échec quand on a de grands rêves et que la roue tourne autrement, de la jalousie entre membres d’une même famille, de l’éclatement de la famille…etc.  Et la liste n’est pas exhaustive. Et le talent de l’auteure est de rendre tout cet ensemble cohérent….

J’ai toutefois trouvé l’histoire sur certains aspects improbable parce que je veux me persuader que la cruauté des hommes peut avoir des limites. Quoique, vu l’actualité en ce moment, cela devient tout à fait plausible…

Une chose est sûre, ce roman vaut le coup d’être lu. Taiye Selasi, nous offre là un premier roman d’une remarquable qualité. La preuve, à sa sortie, il a été considéré par The Wall Street Journal comme l’un des dix meilleurs livres de l’année 2013 et a même été recommandé par  Toni Morisson, prix Nobel de Littérature en 1993. Excusez du peu !


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Taiye Selasi  (source :  themigrantsbookclub.com via the goodreads)

 

Je vous recommande de le lire en version originale, en anglais. Mais si vous préférez le lire en français par exemple, le titre est « Le Ravissement des Innocents ». De vous à moi, je n’ai pas compris pourquoi le titre en Français donne celui-là. Ok, « Ghana must go » ne parlerait pas à beaucoup de gens, mais bon, je ne trouve pas le titre choisi approprié.  Après tout dépend aussi de la compréhension de l’histoire…

 Quoiqu’il en soit, chèr(e)s afropolites, if you get a chance, grab it, and read it, you’ll see it is worth it ;-). J’espère vous en avoir donné envie. Et si jamais vous l’avez déjà lu, n’hésitez pas à dire en commentaires ce que vous en avez pensé !

5 Comments

  1. Mary
    01/12/2014 at 4:39 pm
    Reply

    Hello
    Merci pour l’explication de “Ghana Must Go”
    Chez nous (ma famille), on a une autre appelation de ses fameux sacs: “Douanier ni ba”, qui signifierait “Douanier m’a sauvé”
    J’avoue ne pas savoir exactement l’origine du nom mais je crois bien que c’est en relation avec les activités parfois pas très recommandables des douaniers de par chez nous.

    Sinon la description faite du bouquin donne envie de le lire; Si je ne m’abuse, je l’ai vu il y a quelques temps dans le 20 minutes (ndlr: journal gratuit)

    • Sika
      03/12/2014 at 9:41 am

      Lol Mary. Les douaniers et leurs pratiques, en effet. Enorme !
      Merci pour ton commentaire :-)!

  2. lucie
    02/12/2014 at 6:21 pm
    Reply

    Ici, les douaniers interviennent aussi dans l’appellation : sac douane :-). Mary a raison. Cette revue donne absolument envie de lire le livre. on est loiiiin d’imaginer un contenu pareil avec ce titre. La surprise est donc on ne peut plus agréable! merci Sika!

    • Sika
      03/12/2014 at 9:42 am

      Coooool :-). Merci Lucie

  3. Olivia
    02/02/2015 at 12:40 am
    Reply

    Idem que les filles. Ayant passée une partie de mon enfance au Togo, je me rappelle que ma mère m’envoyait chercher des “sacs douanes” pour faire des courses.
    La lecture de ta revue littéraire m’a ramené mon enfance. 🙂
    Je vais essayer de lire le bouquin, ça à l’air passionnant.

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