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Grammys et Beyoncé: racisme ou snobisme ?

Grammys et Beyoncé: racisme ou snobisme ?

Arts et entertainment, Culture et Lifestyle

La cérémonie des Grammys Awards est toujours un événement marquant pour l’industrie musicale. La 59ème édition s’est déroulée dans la nuit de dimanche à lundi avec son lot de moments mémorables (hommage de Bruno Mars à Prince, de Adèle à Bowie, Metallica en featuring avec… Lady Gaga ! Daft Punk de retour sur scène avec The Weeknd, ça faisait 3 ans qu’on les avait pas vus).

Beyoncé, la grande favorite cette année, était en compétition avec sa rivale britannique Adèle dans la plupart des catégories les plus importantes. Le duel s’annonçait épique mais franchement, tout le monde s’attendait à une victoire de Beyoncé, au moins dans la catégorie du meilleur Album, la récompense reine des Grammys (qui correspondrait à l’Oscar du Meilleur film, dans le monde du cinéma).

Et là… le drame ! Victoire pour Adèle : 5 prix contre 2. 5 prix, dont les deux catégories les plus convoitées (meilleure Chanson de l’année, et surtout l’Album de l’année). Adèle a commencé par refuser son trophée, déclarant que Beyoncé le méritait. Elle est même allée jusqu’à le casser en deux pour le partager symboliquement avec celle qu’elle considère comme une source d’inspiration !

Etrangement, on commence à être habitués. En 2015 déjà, à la surprise générale, Beyoncé ratait cette récompense au profit de Beck (musicien proprement génial et très respecté, cela dit). Pourtant (un peu comme d’habitude), tout était bien partie pour elle : 9 nominations (record historique pour les Grammys), un disque jugé unanimement comme audacieux (avec là aussi plusieurs records à la clef) et même une prestation live époustouflante. Tout ça, pour repartir avec deux phonographes dorés (pour meilleur album de… musique urbaine et meilleure video).

L’interrogation d’Adèle, parlant de Queen B., est donc pertinente : « Que doit-elle faire, bordel, pour remporter l’Album de l’année ? »

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Performance de Beyonce lors des Grammys 2017

C’est la troisième fois que Beyonce était nommée pour l’Album de l’année. Et on se rappelle, du coup de gueule de Kanye West lorsque Taylor Swift était sortie victorieuse au MTV Video Music Awards de 2009, dans la catégorie reine du meilleur clip. On se souvient aussi de ses velléités de monter sur scène pour dénoncer la victoire « usurpée » de Beck en 2015. D’ailleurs Kanye, ainsi qu’un autre artiste majeur, Frank Ocean, ont boycotté la cérémonie cette année, estimant que les artistes de couleur n’étaient que très rarement reconnus à leur juste valeur par les Grammys.

Avec Beyoncé, c’est la première fois qu’une artiste noire se retrouve en couverture du magazine Rolling Stone (une institution), pour qui « Lemonade » est le meilleur album de 2016. D’ailleurs, souvent jugée jusqu’ici très consensuelle, ce disque marque un virage assez net dans la carrière de l’artiste qui semble assumer son identité afro-américaine et son « negro nose » (au cas où ça ne sautait pas aux yeux avant). D’ailleurs ceux qui ont suivi un peu se rappelleront de la video comique du Saturday Night Live « le jour où Beyoncé est devenue noire ».

La dernière artiste noire consacrée dans la catégorie Meilleure album au Grammys n’est autre que Lauryn Hill, il y a près de 20 ans, en 1999. Et chez les hommes c’est l’immense Herbie Hancock qui est le dernier à avoir obtenu cette consécration, il y a près de dix ans, en 2008 ! Encore heureux, Herbie étant un monstre sacré de la musique, l’un des musiciens les plus influents de notre temps. D’ailleurs si il faut lister tous les afro-américains ayant remporté le fameux Album de l’année, depuis sa création en 1959, les doigts des deux mains suffisent amplement : Steevie Wonder, Michael Jackson, Ray Charles, Quincy Jones, Lionel Richie, Outkast en sus des deux cités plus haut… Et deux femmes : Natalie Cole et la regrettée Whitney Houston avec le raz de marée “The Bodyguard”.

On peut noter que les femmes noires sont pourtant très présentes dans l’industrie musicale, et pas dernières en terme de ventes. On recense donc 3 victoires (sur 22 nominations) dans la catégorie Album de l’année et 5 autres (sur 33 nominations) dans celle de la Chanson de l’année. Comment expliquer la disproportion, pourquoi donc si peu de triomphes au sommet ?

En outre, si des albums de country et de rock ont pu décrocher le fameux trophée dès 1968 et 1969, et que Steevie Wonder a pu ouvrir une brèche en 1974, ce n’est qu’en 1999 (avec dame Lauryn Hill) qu’un album de Hip Hop a pu remporter ce prix pour la première fois.

A l’instar des Oscars, la Recording Academy qui organise tout ça aurait-elle des tendances à discriminer ? Ces professionnels semblent vouloir circonscrire les minorités ethniques dans la catégorie « urban music » et associés. Ces catégories sont connotées comme moins prestigieuses il faut le dire.

Pourtant qui peut nier le succès commercial des artistes afro-américains, ou  même leur influence artistique sur toute la musique populaire ?

Si on revient sur l’exemple de Steevie Wonder, on se rend compte qu’il a quand même gagné 3 fois dans les années 70. A une époque où les problèmes raciaux étaient peut-être plus exacerbés qu’actuellement (ça il faut encore le prouver). Et si on s’intéresse de plus près aux quelques autres lauréats noirs, ce sont souvent des virtuoses, instrumentistes accomplis, jazzeux… Peut-être est-ce donc dans la manière de produire les chansons, de composer que réside le problème. En effet, les artistes dits urbains n’hésitent pas à recourir à des échantillons de musique pris chez d’autres artistes, des textes, des remixes/reprises de tubes anciens. Ils font rarement des albums de bout en bout tout seul, ils aiment inviter les « beatmakers » à la mode, ou s’entourer de performers innovants. C’est une vision de la musique très démocratique, pas forcément académique : beaucoup des gros vendeurs du Hip Hop US savent à peine lire une partition ou même chanter juste sans logiciel correcteur. Mais on oublie souvent que la musique se vit dans le partage, vaut par les cœurs qu’elle met en connexion : il ne faudrait pas mépriser le côté divertissant pour défendre la performance classique de l’artiste derrière son instrument.

Alors qu’en pensez-vous ? Racisme ou snobisme ?

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