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J’ai vu 12 Years A Slave…

J’ai vu 12 Years A Slave…

Culture et Lifestyle

Avec des ami(e)s on planifiait d’aller voir 12 Years A Slave, film de Steve McQueen sorti le 20 Janvier en France et qui traite de l’esclavage. La trame inspirée d’une histoire vraie est celle de Solomon Northup, jeune homme noir originaire de l’État de New York, libre, qui est enlevé et vendu comme esclave. Face à la cruauté d’un propriétaire de plantation de coton, Solomon se bat pour rester en vie et garder sa dignité. Un lien vers la bande annonce ici :  http://www.youtube.com/watch?v=rMpDUYzLgzY

Alors que nous essayions de rameuter les troupes, une amie a dit : « j’hésite à aller le voir, les films d’esclavage ce n’est pas la joie quoi ! ». Ce n’était pas la première fois que j’entendais ce genre d’opinion. Une autre amie avait 2 semaines auparavant dit qu’elle n’irait pas le voir. Ça risquait de lui faire en vouloir aux blancs dont les ancêtres avaient mis en place ce commerce abject et lui rappeler comment nos ancêtres ont pu être détestables en vendant leurs frères pour de la camelote. De plus, sa sœur l’avait vu et lui avait confirmé que c’était dur.

Alors que j’écoutais Couleurs Tropicales*, Claudy Siar l’animateur disait avoir pleuré. Oookay! J’en ai conclu qu’il fallait se préparer psychologiquement. Je me suis préparée, je veux dire, j’ai accepté l’idée que les scènes pouvaient être difficiles…

Mais autant être franche avec vous, on n’est jamais suffisamment préparé à assister sur grand écran aux atrocités qu’ont vécu ces gens de notre continent qui ont été arrachés à leur terre nourricière pour aller servir sur des terres lointaines d’autres gens qui les considèrent comme des bêtes sauvages. Qui les battent sauvagement (j’ai fermé mes yeux à plusieurs reprises parce que ce n’était juste pas supportable). Qui les exposent comme du bétail dans les foires à bestiaux pour les vendre au plus offrant…On l’a appris dans nos cours d’histoire depuis les classes du primaire. On a pu en avoir une idée via des excellents bouquins tels que Racines d’Alex Haley dont une adaptation cinématographique a été faite. Mais les images reflètent encore plus la dureté de la situation qu’ont pu vivre les esclaves…L’humiliation constante, le sentiment horrible d’impuissance qu’ils ont pu avoir quand il ne leur était pas possible de défendre un des leurs. Parce qu’il ne fallait pas s’attirer les foudres du maître. Car malgré tout ce qu’on subit, toute la rancœur, toute la douleur ressentie, on tient à sa vie, on veut survivre…

Mais comme dans toute situation désespérée,  il y a  un rai de lumière qui nous fait nous accrocher à la vie…Par exemple, le refuge, la paix que l’on trouve dans des jeux qui ramènent à l’enfance. Certains esclaves qui viennent malgré tout à la rescousse de leurs compagnons d’infortune : en apportant un verre d’eau pour apaiser un tant soit peu le malheureux ou en crachant ouvertement au maître ce qu’on pense de son attitude. Il y avait des maîtres, pas très nombreux certes, avec une once d’humanité (oui, oui). Des gens suffisamment intelligents pour savoir qu’il n’y a pas de différence entre les êtres humains quelle que soit la couleur de leur peau…

C’est une partie de ce que j’ai pu ressentir en regardant ce film que j’ai trouvé bien fait. Le jeu des acteurs est excellent. Je ne connaissais pas Chiwetel Ejiofor (Salomon Northup), je l’ai trouvé très bon. Son regard était empreint de la détermination farouche qu’on a quand on refuse d’accepter de subir certaines abjections. La belle Lupita Nyong’o vous fendra le cœur. Vous détesterez Michael Fassbender tant il incarne à la perfection le maître sadique affublé d’une femme tout aussi cruelle justement jouée par Sarah Paulson….Et n’oublions pas Brad Pitt, Benedict Cumberbatch (Sherlock Holmes, anyone ;-)?), Alfre Woodard…Une excellente distribution en somme…

Si vous ne l’avez pas vu, courez, allez le voir dès que vous en avez la possibilité. Les parisiens, il est encore à l’affiche. Vous prendrez une claque : à la fin de la séance, la salle était comme tétanisée ; il nous a fallu un bon moment avant de nous lever. Mais ça vaut le coup à mon sens. Ce film nous rappelle ce dur pan de l’histoire de l’humanité. Ce film nous rappelle que plus jamais ça…

Si vous l’avez vu, qu’en avez-vous pensé? N’hésitez pas à nous faire part de vos impressions en commentaires…:-).

Mise à jour du 03/03/2014 : le film a reçu dans la nuit du 02 au 03 Mars, l’oscar du Meilleur film, l’oscar du Meilleur scénario adapté et l’oscar du Meilleur second rôle féminin (Lupita Nyong’o). Des raisons supplémentaires de  se dépêcher d’aller le voir. N’est-ce pas 😉 ?

*Couleurs tropicales : émission musicale sur RFI (Radio France Internationale) qui fait la promotion de la musique Afro (africaine, afro-américaine, caribéenne).

8 Comments

  1. Leka dje
    05/03/2014 at 1:15 pm
    Reply

    Bonjour sika,

    Merci pour le partage. 12 years a slave est effectivement un film poignant qui nous rappelle que nous venons de loin.

    J’interviens juste pour apporter une nuance quand tu dis que “nos ancêtres vendaient les leurs pour de la camelote”. Je sais que c’est ce qu’on nous a appris à l’école, mais en réalité, quand on questionne les historiens, on s’aperçoit que personne n’a jamais vendu un des siens.
    Au tout début du Yovodah (traite des Noirs), les africains étaient tout simplement kidnappés le long des cotes, et déportés. Par la suite, certains rois africains y ont participé pour s’approvisionner en fusils, chevaux et autres, mais donnaient en échange non pas leurs compatriotes, mais de prisonniers de guerre étrangers. D’autres rois ont été contre et en on subit les conséquences.

    On pourrait écrire un article juste sur ce sujet car il est mal connu par les africains eux mêmes…

    • Sika A.
      05/03/2014 at 3:11 pm

      Bonjour Leka Dje,
      Merci beaucoup pour ce commentaire plutôt instructif.
      C’est une lecture de l’histoire que je n’ai pas en effet et ça m’interesse !
      Recommanderais tu des ouvrages/articles qui permettraient de se documenter sur le sujet ?
      Un article sur le sujet serait en effet très interessant :-).

  2. Leka Dje
    05/03/2014 at 8:58 pm
    Reply

    Bien sûr! Tu peux lire la férocité blanche de Rosa Anélia Uribe, ou encore visiter la page des Mythes et idées recues des africains sur l’Afrique: https://www.facebook.com/photo.php?fbid=600664930023935&set=a.499306186826477.1073741828.499295383494224&type=1&theater.

    Cordialement.

    • Sika A.
      06/03/2014 at 4:48 pm

      Merci beaucoup.
      Je vais checker tout ça :).

  3. LuckYPiH
    06/03/2014 at 8:24 am
    Reply

    Je ne l’ai vu que ce lundi, mais plutôt sur laptop.
    Et j’avoue, j’ai eu les larmes aux yeux lors de la scène de retrouvaille avec sa famille…
    Durant tout ce film je me suis posé de multiples questions relativement à l’Afrique et aux africains, notamment celle de savoir si tout cela était déjà écrit ou celle de savoir ce qu’il faudrait en retenir.
    C’est contradictoire, mais je n’ai pas éprouvé de haine à l’égard de la race blanche mais j’ai plutôt été désolé de me rendre compte que, si eux ont plus ou moins, (en tout cas ouvertement) arrêté de nous mépriser, nous même continuons de le faire, à travers entre autres nos attitudes (rejet de notre culture que nous rabaissons), nos actes (blanchiment de la peau, défrisage des cheveux etc.), nos paroles (l’africain est mauvais…).
    Il s’agit d’un conditionnement mental qu’il faut coûte que coûte faire disparaitre ou au moins résorber.
    Je me suis dit que nous ne pouvions continuer à nous auto-flageller alors que nous avions déjà subi ce traitement pendant plusieurs siècles.
    J’ai donc décidé d’avoir un amour inconditionnel pour ma condition d’africain et mon continent. Il sera rejeté, critiqué (dans un seul sens) par les autres, mais il trouvera de la considération chez moi.
    Oui, je pense que la leçon de ce film, de l’esclavage et autres actes du même acabit à l’égard des africains, est “aime l’africain qui est en toi et en face de toi”.
    Oui si nous aimons vraiment notre condition d’africain, je crois qu’une grande majorité des maux que nous déplorons sur notre continent n’auront plus droit de citer (j’ai le droit de rêver :))
    cela commence par moi.
    L’Afrique est le berceau de l’Humanité, c’est peut être pour cela que l’Humanité s’en sert (l’esclavage d’abord et aujourd’hui ce que nous savons). Elle a sa place et une place prépondérante pour peu que ses fils et ses filles s’en rendent compte.
    Je suis fier d’être une feuille se nourrissant de la sève de ce Grand Arbre.

    • Sika A.
      07/03/2014 at 9:46 am

      Merci pour ce commentaire très profond, LuckYPiH. C’est ce qui est génial dans un film : la possibilité d’y tirer différentes leçons en fonction de notre sensibilité.
      Je suis d’accord avec toi. Il est important que nous reconnaissions notre valeur et que nous ayons un amour inconditionnel pour nous même comme tu dis. Cela ne pourra que nous faire aller de l’avant.

  4. Maimouna
    02/05/2014 at 2:24 pm
    Reply

    Après avoir lu ta critique et les différents commentaires, j’ai décidé de voir ce film! Tu as raison Sika:
    1. c’est un film poignant qui affecte la sensibilité de tout un chacun
    2. il y a différentes leçons à en tirer.

    A la fin du film, je me suis posée la question de savoir qui sont ses descendants, si Solomon a essayé de repartir pour sauver la jeune dame…

    • Sika A.
      06/05/2014 at 3:20 pm

      Cool que tu l’aies vu Maïmouna!
      Effectivement le fait de ne pas savoir le sort de Patsey (la jeune dame jouée par Lupita) est dérangeant…

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