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La femme noire au cinéma: un stéréotype revisité ?

La femme noire au cinéma: un stéréotype revisité ?

Arts et entertainment, Culture et Lifestyle

Ces dernières années, les grandes gagnantes des cérémonies de récompense du cinéma hollywoodien,  ce sont les actrices noires. Kerry Washington, Tarji P. Henson, Lupita Nyong’o… pour ne citer qu’elles, raflent les prix et par la même occasion ajoutent de nouvelles pages à l’histoire du cinéma américain. Des victoires qui ont eu une résonance toute particulière au sein de la communauté noire et notamment auprès des femmes, dont la présence dans les médias est souvent relayée au second plan.

Ces succès répétés ont donc été accueilli avec émotion et fierté par tous. Cependant, force est d’admettre qu’elles étaient teintées d’une pointe d’amertume :plus de visibilité, certes, mais qui ne permet pas forcément l’identification pour la plupart des femmes noires.

En effet, les actrices noires sont enfin représentées à l’écran, mais à quel prix ? Esclaves, drogués, détenus, prostitués… ll semblerait que les seuls rôles à travers lesquels elles aient le droit de briller soient stéréotypés. On pouvait sentir ce désarroi se mêler à la joie de l’actrice Tarji P. Henson lors de son discours, pour sa consécration au Golden Globes 2016 en tant que meilleure actrice dans une série dramatique. En  voici un extrait :

BEVERLY HILLS, CA - JANUARY 10: 73rd ANNUAL GOLDEN GLOBE AWARDS -- Pictured: Actress Taraji P. Henson, winner of the award for Best Performance by an Actress in a Television Series - Drama for 'Empire', poses in the press room at the 73rd Annual Golden Globe Awards held at the Beverly Hilton Hotel on January 10, 2016. (Photo by Kevork Djansezian/NBC/NBCU Photo Bank via Getty Images)

« Je voudrais remercier Hollywood Foreign Press. Qui l’eut cru ? Remporter un Golden Globes pour le rôle d’une ex-détenue. Je pensais que ce serait Queenie (son personnage dans L’Étrange histoire de Benjamin Button ndlr) ou Will mon personnage dans Karate Kid…Mais c’est bien Cookie, celle qui a passé 17 ans en prison pour vente de crack. Alors le monde aime vraiment ce personnage…Je vous remercie, merci beaucoup ! »

Une scène qui fait écho aux cas de nombreuses autres actrices comme Lupita Nyong’o qui a remporté en 2014, l’Oscar du meilleur second rôle pour son interprétation de Patsey, une esclave, dans 12 Years of Slave.

Le constat est  indéniable : peu de rôles disponibles, très peu d’élus et des clichés que l’on ne cesse de revisiter. La solution s’est alors imposée d’elle-même aux femmes noires présentes au sein de l’industrie : créer leur propre rôle.

Et c’est précisément ce à quoi Shonda Rhimes, productrice, scénariste et réalisatrice noire américaine, a travaillé en créant en 2012, Scandal.  La série raconte la vie d’une experte en relations publiques, Olivia Pope, jouée par la talentueuse actrice Kerry Washington. Un rôle loin des clichés qui a tout de suite séduit les téléspectateurs et qui vaut aujourd’hui à l’actrice une nomination au Golden Globes dans la catégorie meilleure actrice.

kerry-washington

Un succès que la productrice Shonda Rhimes s’est empressée de renouveler avec la série How to Get Away with Murder, qui parle d’une professeure de droit et avocate Annalise Keating et ses cinq élèves privilégiés travaillant à son cabinet. En 2015, l’actrice principale Viola Davis, qui s’est illustrée dans son rôle, est récompensée en étant la première actrice noire à remporter un Emmy dans la catégorie « meilleure actrice ». Une victoire qui a énormément émue l’actrice. Elle a délivré un discours empreint d’émotion au ton définitivement engagé:

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« La seule chose qui sépare les femmes de couleur de n’importe qui d’autre, ce sont les opportunités (…) On ne peut pas gagner pour des rôles qui n’existent tout simplement pas »

Ce réveil des consciences commence à prendre de l’ampleur au sein de l’industrie hollywoodienne. En témoigne le boycott de la 88ème cérémonie des Oscars en 2016. En effet, une partie des acteurs dont Spike Lee, Will Smith, Snoop Dog, Michael Moore s’est insurgée de l’absence totale de Noirs sur la liste des nominés et du fait que le jury soit entièrement composé d’hommes blancs, âgés. Cet état de fait malheureusement représentatif de la diversité du cinéma d’aujourd’hui. La sonnette d’alarme tirée l’an dernier a visiblement été entendue, vu que plusieurs acteurs issus des minorités ont été nominés cette année.Même si  beaucoup de travail reste encore à faire, c’est déjà un premier pas encourageant.

Enfin, le film Hidden Figures, sorti le 25 décembre dernier, est peut-être la bouffée d’air dont vous aviez besoin. Il raconte l’histoire vraie de trois ingénieures noires américaines ayant travaillé pour la NASA. Avec des actrices comme Taraji P. Henson, Octavia Spencer et Janelle Monae, Hidden Figures est le le type de représentation  « badass »  que l’on aimerait voir plus souvent sur nos écrans.

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Solenn N.

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