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L’argent des étudiants africains en Occident: Nogbou, la fourmi économe

L’argent des étudiants africains en Occident: Nogbou, la fourmi économe

Afrolife, Culture et Lifestyle

On le sait tous: être étudiant est souvent synonyme de restriction, voire de galère financière.  Cette expérience devient parfois plus intense quand on quitte son pays d’origine pour poursuivre ses études à l’étranger. Surtout quand il s’agit d’un pays où le niveau de vie est plus élevé.

C’est sous la forme de témoignages, sur un ton mi-sérieux mi-drôle, que cette nouvelle série d’articles aborde la gestion de l’argent par les étudiants africains en Occident.

Entre débrouillardise, job d’étudiants, bourses, transfert d’argent Western Union….jetons un oeil dans le porte-monnaie des étudiants “benguistes”

Benguiste: terme utilisé dans différents pays d’Afrique de l’Ouest  et d’Afrique centrale pour désigner un africain vivant ou ayant vécu en Occident


Nogbou, la fourmi économe

Pays d’origine : Côte d’Ivoire ; Pays de destination : France

Je suis arrivée en France en Septembre 2001. J’avais obtenu une chambre en résidence universitaire du CROUS depuis la Côte d’ivoire, une véritable chance. Mon loyer s’élevait, selon mes souvenirs à 162€ : la chambre faisait 9 m2 et les toilettes, la cuisine, le frigo et les douches étaient dans les parties communes sur le palier.

L’ambassade de France en Côte d’Ivoire exigeait une garantie de virement permanent des parents de 450 euros mensuels pour obtenir le visa. C’était donc la somme que mes parents s’engageaient à m’envoyer tous les mois. Sans compter le petit pécule de 5 000 FF avec lequel je suis arrivée en France : travellers checks et 1 000 FF en liquide caché de manière astucieuse. Le tout devait me sécuriser pour plusieurs mois me permettre de faire les achats de première nécessité sans inquiétude: vêtements d’hiver, téléphone, électroménager et ustensiles de cuisines, inscription à l’université, achat de livres et autre fournitures scolaires.

Sur les conseils de ma sœur aînée, j’ai ouvert un compte chèque et un compte d’épargne avec les offres jeunes de sa banque. Plusieurs membres de ma famille avaient des comptes dans cet établissement bancaire, les virements éventuels depuis leurs comptes pouvaient ainsi se faire sans frais. Ma sœur m’avait aussi conseillé de mettre en place dès la création un virement mensuel de 100 francs. Oui à l’époque, le passage à l’euro n’était pas encore d’actualité. J’ai gardé ce virement en place jusqu’à la fin de mes études. Il est passé à 20 euros en 2005 mais il n’a jamais été interrompu.

J’avais peu de dépenses et je gérais mon budget comme une vraie avare. Jamais de découvert, très peu d’achats de vêtements (mes photos d’étudiantes peuvent en témoigner) Mes coûts fixes se résumaient à:

  • Loyer: 160 euros
  • Alimentation et les produits d’hygiène (dépenses partagées avec 2 amies avec qui je cuisinais) : moins de 100 euros le mois
  • la carte de transport au tarif étudiant – moins de 20 euros
  • le cinéma 2 fois le mois 11 euros
  • quelques achats de vêtements et autres trucs esthétiques: moins 50 euros tous les 2 mois
  • mon épargne de 20 euros
  • mes repas du midi à la cantine: 2,3 euros le repas

Mes parents me faisaient un envoi par Western Union tous les 2 à 3 mois pour réduire les frais d’envois réguliers. Je gérais le budget dont je disposais mais je n’ai jamais eu en tête de travailler. Je voyais quelques-uns le faire mais je ne me sentais pas concernée. Travailler en parallèle de ses études me paraissait une contrainte et un danger pour la réussite des études.

Je ne m’étais pas dit que je vivrais plus confortablement si je travaillais à côté. J’estimais que réduire mes dépenses était la solution la plus pertinente. Je ne sortais en boîte que très occasionnellement et au moment où les entrées étaient gratuites, n’allais au restaurant que 2 fois par an, et au cinéma le moins cher de la ville 1 fois par semaine maximum pour environ 5,5 euros.

Le premier été je suis rentrée en CI, pas le second. J’ai travaillé dans une agence d’évènementiel à Paris qui payait 50 euros la journée durant 2 mois 3 jours par semaine environ. J’étais logée tous frais payés chez un oncle. Avec l’argent gagné cet été, j’ai pu financer mes inscriptions et déplacements pour les candidatures aux écoles d’ingénieurs et mon installation dans une nouvelle ville une fois acceptée en école d’ingénieur.

Mon entrée en école d’ingénieur nécessitait un PC et beaucoup de temps de travail. Les coûts fixes étaient également légèrement plus élevés. J’habitais toujours une résidence étudiante avec un studio plus confortable avec toutes les commodités pour un loyer de 230 euros environs.

J’ai gardé la même rigueur financière m’autorisant quelques sorties un peu plus souvent mais toujours à des prix raisonnés. Mais les envois des parents se compliquaient en raison de la crise au pays. En seconde année d’ingénieur, j’ai bénéficié d’une bourse de 3ème cycle de l’état ivoirien. Je recevais 680 euros environs (si je me souviens bien) autant vous dire que c’était le grand luxe. Les virements par contre n’étaient pas toujours réguliers. Mais ma gestion financière m’a prémunie de certaines déconvenues.

Je consommais peu de produis frais qui périment vite et faisais mes courses principalement chez LIDL (NDLR : magasin discount). Je m’autorisais à aller 1 fois par mois chez Auchan.

J’ai quand même eu un petit job temporaire pour mon école. Cette expérience m’a convaincu que bosser en parallèle d’études pour lesquelles j’avais des difficultés était une mauvaise idée. La bourse étaient si confortable que je faisais des virements occasionnels plus importants sur le compte épargne. À la fin de mes études je disposais de 2000 euros d’épargne. Et pourtant je n’avais pas l’impression de m’être privée.

En y repensant bien, je réalise qu’en fait je me privais et faisais très attention à mes dépenses.

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