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Le jour où je suis devenue afroféministe

Le jour où je suis devenue afroféministe

Actualités, Afrolife, Culture et Lifestyle, Histoire, Société
  1. Du plus loin de mes souvenirs, j’ai toujours partagé les valeurs de justice, d’émancipation.
    J’estime avoir eu la chance d’avoir grandi dans un environnement très féminin.

Je n’ai que des sœurs.
Et mes parents nous ont inculqué très tôt les valeurs d’excellence et d’indépendance. Encore aujourd’hui, ils continuent de nous inciter à donner le meilleur de nous, aller le plus loin possible dans les études, avoir de grandes carrières et gravir les échelons pour se hisser toujours plus haut. Le fait d’être des filles n’a jamais été considéré comme un obstacle à notre épanouissement.
Je suis donc partie avec de bonnes bases, même si en tant qu’adulte, et aujourd’hui, maman, je ne partage plus tous les choix éducatifs de mes parents, ni totalement leur conception des relations dans le couple. En clair, je remets en cause plusieurs us, coutumes et autres mœurs de ma tradition familiale, voire même sociale. Mais tout ne peut pas être parfait, n’est ce pas ? Je retiens quand même que j’ai la chance de m’être construit dans un environnement sain.

J’ai été dans un lycée de filles.
J’ai eu l’opportunité d’étudier au collège et au lycée dans un établissement de jeunes filles, prestigieux et porté sur les valeurs d’estime de soi, de saine émulation et d’altruisme. Lire aussi l’article http://www.afropolite.com/raoul-follereau-y-croire/

Les injustices liées aux femmes m’ont toujours hérissé le poil. J’ai le cœur meurtri lorsque j’entends des cas de plafond de verre au travail, de sexisme, de maltraitance, de viols, de violences conjugales… Avant d’être mère, je savais déjà que si j’avais des enfants, je les éduquerais dans le féminisme : dans le respect de la femme.

Je ne connaissais pas le mot afroféminisme jusqu’à l’année dernière lors de la publication du célèbre article de la journaliste Naya Ali sur Madmoizelle : http://www.madmoizelle.com/afro-feminisme
Je l’ai lu avec beaucoup d’intérêt mais je ne me suis pas tout de suite sentie concernée par la question.
Et puis, il y a quelques semaines, j’ai appris via les réseaux sociaux l’organisation de la conférence-débat autour de l’afro-féminisme en France le 13 février. Cela a éveillé ma curiosité. J’y ai sans doute vu l’occasion d’en apprendre un peu plus sur la question d’autant plus que l’événement devait se tenir à la Sorbonne.
Ha la Sorbonne ! Un lieu riche d’histoire, et avec lequel j’ai une affinité particulière, vu que je suis un pur produit de cette université. L’idée de replonger dans ces lieux, arpenter les couloirs, les amphis, les toilettes (si si) m’enchantait au plus haut point. Me trouver à nouveau dans cet amphi Guizot était jouissif et émouvant. Oui, je vous l’accorde, les fantasmes sont divers !

Amphi Guizot 1

Vous savez, je suis très française, et même précisément parisienne.
Paris, c’est ma ville de cœur. Et puis, je me sens profondément de Gauche. J’ai construit mon identité d’adulte dans les valeurs « socialistes » de la république Française.
Quand j’ai l’occasion, je participe aux manifestations de la Gauche et aux luttes contre les injustices. Cela n’empêche pas que je ne sais toujours pas pour qui voter en 2017 (tchip tchip, je ne crois pas en l’abstentionnisme par conviction). Je suis dégoutée face au recul du code de travail et de toutes ces avancées gagnées grâce à de grandes luttes sociales… Je suis dégoutée face à la droitisation, parfois extrême, des politiques, et la grande hypocrisie des responsables. Je suis contre l’impérialisme et le capitalisme… Mais, j’avais baissé les bras (aka, on va faire comment encore ?). De toute façon, on ne peut rien y faire, le système est trop « complessssse ».

Et bien, cette conférence m’a secoué et m’a fait du bien.
Écouter toutes ces femmes m’a redonné de l’espoir. Non, il ne faut rien lâcher. Non, il faut continuer à se battre… Un monde meilleur peut exister, une autre alternative est possible…pour nos enfants.

Mais laissez-moi vous relater la chose dans le détail.
La conférence était prévue à 14h, elle a débuté réellement une demi-heure plus tard.
Il y a avait beaucoup de monde, du beau monde. La queue pour rentrer dans l’université. La queue pour vérifier son nom sur la liste des inscrits. La queue pour entrer dans l’amphithéâtre et trouver une place qui ne soit pas “réservée pour une amie” lol.
J’en ai profité pour discuter à gauche, à droite avec les participants, comprendre leur présence à cet évènement, leur intérêt sur la question de l’afroféminisme.
J’ai interrogé le président de l’association organisatrice, Adeas Sorbonne, Zatonga Franck, sur l’origine de cette conférence thématique. « Nous sommes une association d’étudiants africains créée en 2002. Adeas Sorbonne se veut une plate-forme d’échanges et de discussions. A ce titre, nous organisons de nombreuses conférences- thématiques pour pouvoir donner la parole, permettre le débat. L’afroféminisme est un thème très important en France et nous avons donc eu envie d’échanger sur cette question. De créer l’espace pour en parler. La conférence était initialement prévue en janvier mais à cause de l’état d’urgence, elle a été reportée à ce jour. Je tiens également à préciser que Adéas Sorbonne n’est pas afroféministe et n’a pas d’idéologie politique.»

Amphi Guizot 2

Lorsque la conférence a débuté, l’amphithéâtre était plein à craquer.
Le président d’Adeas Sorbonne a pris la parole pour présenter son association, le thème de la conférence –débat. Dans quel contexte est apparu l’afroféminisme ? En quoi est-il d’actualité ? Quel est la place de ce mouvement ?
Puis, il nous a récité un superbe poème sur les femmes africaines, ce qui a déclenché l’ovation du public.

L’animatrice Vanessa Vertus a lancé la conférence en présentant les cinq intervenantes de la table-ronde.
La conférence s’est déroulée en 3 parties débutant à chaque fois par la projection d’un micro-trottoir réalisé sur des femmes noires entre 16 et 35 ans.

  1. Qu’est ce que l’afroféminisme ?
  2. Vous retrouvez vous dans l’afroféminisme ?
  3. L’afroféminisme est-il nécessaire en France ?

Pour Françoise Vergès, politologue, il y a des féminismes, des luttes de femmes (reines, leaders, autres) depuis très longtemps. Il ne faut pas accepter la profondeur historique dictée par l’Occident, à savoir le 18ème siècle. ” L’afro-feminisme est lié à l’histoire coloniale. Dès le début de l’impérialisme, la racisation est partie prenante du mouvement. Or, le féminisme français a occulté la race, refoulé la question raciale et la question coloniale. L’afroféminisme répond donc à ce besoin”.

Amphi Guizot A

Pour, Lydie Dooh-Bunya, 82 ans, qui a vécu la colonisation, c’est l’idée de lutter contre l’injustice, la supériorité d’un groupe d’individus, qui l’ont amené naturellement au féminisme. “Je suis née féministe “. A son arrivée en France, elle milite dans un mouvement féministe français mais se voit confronter à une dure réalité. « Le problème avec les sœurs blanches, c’est que ce féminisme n’incluait pas les problèmes spécifiques des femmes Noires liés au racisme auxquelles elles étaient confrontées. » Un autre élément de son détachement du féminisme blanc était la lutte contre les mutilations génitales. Le combat devait être mené par celles qui l’ont vécu ou sont issues de cette culture en évitant le regard supérieur, dédaigneux des autres. ” Quand on dit que l’excision c’est de la barbarie, je réponds que chaque peuple sur terre à ses coutumes. ” Elle crée donc le MODEFEN, mouvement pour la défense des droits de la femme noire.

Naya Ali, rédactrice d’abord chez NOFI (noir et fier), puis chez Madmoizelle s’est retrouvée en décalage avec le militantisme noir (centré sur les hommes) et le féminisme blanc (centré sur les femmes blanches).

Pour Many Chroniques, c’est à l’université qu’elle s’est découverte noire. Elle s’engage dans le militantisme anti-raciste et panafricain, puis dans l’afro féminisme car frustrée par l’absence des femmes noires, la faible documentation sur les luttes des femmes noires contre l’impérialisme, sujet qu’elle développe dans son blog.

Emy du collectif Mwasi a embrasé la cause afro féminisme du fait de la suprématie blanche et du mysoginoir.

L’afroféminisme va au delà de l’aspect physique, du nappyisme.

« C’est sexiste de dire à une femme que pour être une vraie femme, il faut avoir les cheveux naturelles. Si une femme veut mettre un tissage, c’est son droit, c’est son choix.»
L’afroféminisme, c’est d’abord une lutte politique. Les femmes sont libres de leurs corps. Les libertés individuelles sont fondamentales.
Pour le collectif Mwasi, créé suite aux nombreux viols des femmes au Congo, la lutte contre l’impérialisme et le capitalisme est indispensable. L’afro féminisme tient compte de l’intersectionalité entre : le racisme, le sexisme et le rapport des classes. Il est question d’avoir un espace de survie et d’auto émancipation, participer à des conférences, à des manifestations, accompagner les femmes en difficulté. « Parler à nos sœurs noires, aider nos sœurs noires ».
Pour Vergès, il faut déconstruire tous les mensonges. Il faut défendre la connaissance. « Sans connaissance, on est sans force ». Il faut investir tous les lieux de pouvoir. « On nous veut ignorants, c’est à nous de faire ressortir nos histoires, c’est à nous de dire qu’on veut ça, et qu’on veut montrer ça à nos enfants. » Dans les universités françaises, il n’y a plus ni d’études africaines, ni d’études postcoloniales. Au collège de France, il n’y a aucune chaire de l’Afrique. Pour avoir un poste, il faut s’expatrier en Amérique.

Il faut nager à contre-courant, contre contre un discours culpabilisant, se rassembler pour débattre de nos problèmes spécifiques et trouver des solutions.
Il ya beaucoup de féministes noires mais très peu de couverture médiatique et pourtant ces femmes ont participé à toutes les luttes pour la cause de la femme en France.
Les luttes individuelles se doivent d’accompagner les luttes collectives. Le militantisme doit se faire sur tous les fronts et s’adapter à chaque réalité culturelle et sociale (Caraïbes, Afrique). C’est aux femmes dans leur pays de faire de l’afroféminisme ce qu’elles en veulent. Les idées sont juste à transporter, à circuler, à partager.
Par ailleurs, les hommes sont nos alliés, et il est nécessaire de les inclure dans la lutte, sans, bien sûr, qu’ils nous confisquent le propos.

Que dire de plus ? Si ce n’est que, de mon point de vue, toutes ces femmes ont en commun de lutter contre toutes les injustices et oppressions, de la douceur et une détermination sans faille.

« Que ce qui s’est dit dans ce lieu, ne s’arrête pas ici ! Armez-vous de patience et prenez de la force ! L’essentiel, c’est de se battre. » dixit la doyenne !
Grand-mère Bunya, ne t’inquiète pas : on reprend le flambeau, on continuera la lutte et on passera à notre tour le relai à nos enfants.
Difficile de retranscrire parfaitement tout ce qui est s’est dit : j’ai fait de mon mieux. J’attends impatiemment vos commentaires pour améliorer, préciser, corriger mon propos.


Les Femmes de la conférence : associations et biographie des intervenantes

Lydie Dooh Ebenye Bunya, fondatrice du MODEFEN
Elle est née en 1933 à Douala, au Cameroun. Elle a commencé sa formation secondaire dans un établissement confessionnel privé, l’Institut des Missions Evangéliques (Cameroun) et l’a terminée au lycée de Saint-Gaultier (France). Après quoi, elle fait l’Ecole d’infirmières et d’assistantes sociales, l’Ecole supérieure de chimie et enfin des études de lettres à Paris. Fondatrice du MODEFEN, Lydie Dooh-Bunya a été journaliste, chroniqueuse à l’ORTF, rédactrice dans diverses revues et écrivaine.Lydia NubyaModefen

Le collectif Afroféministe MWASI
Créé à l’occasion de la journée internationale contre les violences faites aux femmes, le 25 novembre 2014, MWASI est un collectif Afro-féministe s’inscrivant dans une lutte décoloniale, intersectionnelle et anticapitaliste. Ce collectif milite pour l’abolition des systèmes d’oppression que sont le racisme, le patriarcat et le capitalisme, avec pour objectif la libération de tou.te.s. Bien que militant en non mixité, Mwasi travaille étroitement avec d’autres organisations de luttes décoloniales. Les membres du collectif affirment par leur engagement que leurs existences sont politiques, et non des simples objets d’études. Elles affirment également être les agentes de leur libération.
Site internet : http://mwasicollectif.com/Mwasi

Many Chroniques, enseignante et blogueuse
Après une maîtrise d’Histoire portant sur les ingénieurs des Ponts et Chaussées en Indochine entre 1890 et 1939, Many Chroniques se prend de passion pour l’écriture et l’engagement politique. Cela se traduit par la naissance d’un blog conciliant vécu personnel et commentaire de l’actualité. Certifiée d’Histoire-géographie, Many Chroniques s’intéresse particulièrement aux questions liées à son expérience de femme noire française et se mobilise politiquement contre la négrophobie et le racisme en France. Elle se définit comme afroféministe et panafricaniste. Elle effectue parallèlement plusieurs stages dans le milieu du journalisme chez Radio Africa n°1 ou Médiapart, et collabore avec des webzines comme Fashizblack et Afrosomething.
Son blog : http://manychroniques.blogspot.fr/Many chroniques

Françoise Vergès, politologue et militante féministe antiraciste
Réunionnaise, Françoise Vergès, a été journaliste et éditrice en France, avant d’obtenir un doctorat en sciences politiques à Berkeley. Elle a été présidente du Comité pour la mémoire de l’esclavage. Militante contre le racisme, féministe, elle a travaillé au journal Des femmes en mouvement de 1979 à 1983 et a dirigé la collection « Femmes en lutte de tous les pays », aux éditions Des femmes, de 1981 à 1983. Elle a publié en français et en anglais sur Frantz Fanon, Aimé Césaire, le féminisme postcolonial, les mémoires de l’esclavage colonial, les musées, les phénomènes de créolisation et la postcolonialité.
Sa page facebook : https://www.facebook.com/francoise.verges?fref=tsVerges

Naya La ringarde
La journaliste, Naya Ali de son vrai nom, est une ancienne rédactrice de Noir et Fier et du site Madmoizelle. Aujourd’hui, elle décrypte en vidéo les discriminations liées à la race et au genre.
Sa page facebook : https://www.facebook.com/LaRingarde/?fref=tsNaya_banner

Pour aller plus loin :

Pour bien (ou mieux) comprendre, l’afroféminisme en France, vous pouvez regarder cette intéressante conférence-débat avec Amandine Gay sur les questions liées à l’afroféminisme et l’intersectionalité et dans le cadre de la réalisation de son documentaire “Ouvrir la voix” qui s’intéresse aux Afro-descendantes d’Europe francophone.
http://www.ouvrirlavoixlefilm.fr/

Sources biographiques : Adeas Sorbonne

Heidi

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