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Le prêt à penser panafricain à l’épreuve de la crise gabonaise (Part 1)

Le prêt à penser panafricain à l’épreuve de la crise gabonaise (Part 1)

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« Si un buffle rouge t’a attaqué, quand tu verras une termitière rouge, tu prendras la fuite ».

C’est dans les heures sombres que vit le Gabon actuellement, que nous avons reçu un éclairage inédit sur ce qu’est une partie du panafricanisme contemporain.

Convenez avec moi qu’elles ne sont pas nombreuses les critiques des hypothèses sur lesquelles se fondent tout le logiciel anti « néo-colonialiste » de nos amis panafricanistes (ou panafricains ?).

Mais d’abord qu’est-ce que le panafricanisme ?

Disons que le concept, dont les traces remontent jusqu’au XIXème siècle (la première conférence panafricaine s’est tenu à Londres en 1900), implique un sentiment d’appartenance, de solidarités entre afro-descendants (la « Noirie »). Le projet est de réaliser l’unité africaine : celle des peuples, sociétés, nations dans une unique fédération politique.

Face à l’Occident et d’autres regroupements de nations qui se pensent comme un tout solidaire, il est crucial dans la pensée panafricaniste d’unir les noirs afin de redonner un équilibre à l’ensemble même du monde. Hier l’Occident, demain la Chine ou l’Inde, les rapports de force sont encore et toujours défavorables aux africains qui combattent dans ce monde en ordre trop dispersé : le panafricanisme serait la clef du succès !

Le panafricanisme est complexe : ses grands penseurs et ses grandes figures ne sont pas toujours bien appréhendés. Les plus populaires ne sont pas forcément les plus pertinents (Amilcar Cabral gagne à être mieux connu), et beaucoup de romantisme contribue à béatifier des personnages pas toujours « tout blanc » (Fela Kuti par exemple, que nous aimons beaucoup par ailleurs, avec ses excès).

Au-delà de ça, le problème de la disparité des connaissances d’un militant, politique ou artiste à l’autre, semble capital. Les bases du Panafricanisme ne sont pas assez expliquées et vulgarisées, en faisant de ce fait un mouvement aux racines inégales. D’où une popularité assez paradoxale : les grandes figures politiques (Sankara, Lumumba, Nkrumah…) sont idolâtrés par tous, sans que les logiques et théories de bases circulent vraiment.

Du coup, réseaux sociaux obligent, ces dernières années nous assistons à l’émergence de multiples figures dites « panafricanistes », sans pour autant toujours saisir la substance qui se cache derrière cette étiquette fourre-tout.

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Panafricaniste 2.0 : posture et imposture

Parmi ces derniers arrivés, combien ont vraiment fait leur travail d’appropriation du panafricanisme ? Combien ont honoré les anciens, en s’asseyant et en écoutant (lisant) ce qu’ils avaient à dire ? Combien de ces panafricanistes de salon (électronique) peuvent citer des auteurs majeurs au-delà du bien aimé Cheikh Anta Diop ?

Sans aller hors de la francophonie : ont-ils au moins fréquenté (virtuellement) les Birago Diop, Camara Laye, Sennen Andriamirado, Tchikaya U Tam’si ?

On en doute, tant l’indigence des réflexions produites par ces néo-activistes nous abasourdit !

Et c’est malheureusement dans ce contexte de crise gabonaise, que cela nous saute encore plus aux yeux. Nous ne pouvons que dénoncer les approximations et « copier-coller » perpétuels. Les cyber-panafricanistes ont encore une fois convoqué le spectre de la Françafrique dans une énième crise d’abord électoral, et ce pour sanctifier un politique (ici Ali Bongo) face à son adversaire (ici Jean Ping), et parler de manipulation de tout un peuple.

Prêt à penser simpliste

Bâti sur des idées certes claires mais réductrices qui ne sont crédibles que pour les crédules déjà acquis à la cause. Les panafricanistes 2.0 appliquent les mêmes schémas de lecture à toutes les situations conflictuelles en Afrique : pointant l’ingérence des états occidentaux (surtout la France), la manipulation des masses (telle la CIA de la grande époque en Iran), les soutiens concentrés sur un leader censé ouvrir les portes du pays à l’investissement des néo-colons…

Quoi ? Est-ce que nous nions la réalité de réseaux d’influence interlopes visant à conserver une certaine mainmise des occidentaux sur leurs anciennes colonies ? Nous ne le contestons en aucun cas. Mais ce n’est pas parce que ceci est vrai, que ceci explique l’alpha et l’oméga de la politique et diplomatie en Afrique, notamment francophone.

La responsabilité des états, diplomaties et autres milieux d’affaires est certes lourde, nous payons aujourd’hui les mensonges et scandales divers qui ont émaillé les dernières décennies. Mais à l’heure où l’information est partout et où on peut recouper et approfondir chaque news, l’effort de compréhension et d’analyse semble avoir abandonné les esprits.

Pourtant on est tous allés à l’école, et beaucoup ont au moins suivi les fameux cours de « philosophie » de Première / Terminale au Lycée. C’est peut-être pour ça d’ailleurs que beaucoup s’improvisent pseudo-analystes ou experts. Un seul but : être alternatif, être antisystème… Ce qui est bien, mais n’est pas une fin en soi, si derrière on escamote la réflexion. Il ne suffit pas d’émettre des doutes et ensuite asséner des certitudes.

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Ali azali champion ?

Au Gabon, après un scrutin pour le moins mouvementé (près de 5 jours pour annoncer des résultats sur un corps électoral d’un peu plus d’un demi-million de personnes), M. Bongo est proclamé vainqueur. Pour la première fois, le parti au pouvoir en France émet des doutes. L’Union Européenne qui avait dépêché des observateurs émet des doutes, et même les « States » se disent que vraiment c’est kinda.

Il n’en fallait pas plus à nos amis panafricanistes 2.0, pour décréter que vu que la France ne semble plus soutenir M. Ali Bongo, ce dernier est donc un héros panafricaniste !

Nous n’avons peut-être pas été assez attentifs. Mais combien de ces intellectuels pavloviens ont porté Sassou Nguesso au rang de champion de la néo-afro-indépendance lorsque le parti socialiste a jugé « non crédible » sa réélection de Mars dernier ? Certes, leur appel à l’Union Européenne et l’Union Africaine a été infructueux, mais on ne peut donc pas dire que le cas du Gabon est singulier.

Et en 2009 ? Le même Parti Socialiste (qui n’était pas au pouvoir, c’est vrai) ne s’était pas gêné pour déjà fustiger le résultat étrange des élections qui avaient vu M. Ali Bongo succéder à son père.

Certes Ali Bongo n’est pas son père. Omar Bongo a presque toujours joué dans le sens des intérêts français et sa générosité (sur les deniers de la nation) arrosait quasiment tout le paysage politique hexagonal. A tel point, qu’il était capable d’influer sur certains choix de ministre par l’Elysée (rappelez-vous de la révocation de Bockel qui voulait trop vite signer « l’acte de décès de la Françafrique »), et aimait à dire qu’il savait trop de choses pour qu’on vienne lui chercher des poux.

Ali n’est pas son père, et semble soit ne pas avoir les mêmes moyens (l’argent circule-t-il moins ? Les impayés de toutes sortes s’amoncellent, surtout pour les prestataires étrangers) soit ne pas être assez généreux tout simplement. Ali n’a jamais vraiment été associé aux affaires de son père, qui lui préférait sa sœur Pascaline Bongo. Ali n’a donc pas de réseaux de soutiens en Occident. Ce n’est pas le fruit d’une réflexion construite, mais plutôt le résultat d’un mauvais départ pris. C’est plus de la paresse, et un manque de maîtrise de soi qu’une volonté d’indépendance.

(To be continued)

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