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Le retour à la terre … la piste de l’Hévéa

Le retour à la terre … la piste de l’Hévéa

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Dès mon adolescence, j’ai voulu posséder des terres. Mon vœu, assez précoce, n’a jamais été plus loin que ce projet. Je n’ai tenu une daba* ou une machette, outil classique de l’agriculteur ivoirien, que très rarement et très peu longtemps.

Lors de mon dernier séjour au pays, mes parents qui m’avaient prise au mot nous ont proposé à ma sœur et moi de faire un tour sur ces terres dont ils avaient fait l’acquisition pour nous. Ces terres sont destinées à la culture de l’hévéa.

L’hévéa (Hevea brasiliensis) est une espèce d’arbres, du genreHevea de la famille des Euphorbiaceae. On en extrait un latex qui est utilisé pour être transformé en caoutchouc. Le latex se récolte par saignées sur l’écorce du tronc de l’hévéa. Au moyen d’un couteau spécifique, les saigneurs pratiquent une légère entaille en descendant sur la moitié ou le tiers de la circonférence du tronc. Le latex est connu des européens depuis la découverte de l’Amérique. Les indiens d’Amazonie et avant ceux-là les Mayas et des Aztèques, l’utilis(ai)ent pour divers emplois, parmi lesquels l’imperméabilisation des tissus. D’abord exploité à grande échelle au Brésil, l’hévéa fut introduit à la fin du 19ème siècle en Asie du sud et en Afrique de l’ouest par les colons Anglais et Français.

La veille de la visite, nous échangions avec mon cousin qui assure l’essentiel du travail de contremaître et de plantation. Il nous expliquait la flambée des prix de la terre dans ce coin du sud-est de la côte d’Ivoire et les dernières opérations d’acquisition de masse réalisées par des investisseurs mandatés par des supposés richissimes abidjanais. Toutes destinées à l’hévéaculture. Le dernier en date en était a 290 hectares d’ acquisition.

L’hectare qui, il y a 15 ans, se négociait 40.000Fcfa (60 euros) dans la région coûte désormais 10 fois plus cher. Cette course à l’hévéaculture est particulièrement intense depuis 10 ans environ. De plus en plus de cultivateurs de café et de cacao abandonnent leur culture de rente à revenu annuel (3 récoltes en 2 ans) pour les revenus mensuels de l’hévéa (200 Euros par hectare à pleine production). Si les ivoiriens s’y lancent, c’est qu’ils y voient un placement “sûr” qui commence à rapporter au bout de 7 ans et avec un rendement qui croît d’année en année.

Une frénésie de l’hévéa s’est donc emparée des ivoiriens. Et elle se voit quand on parcourt les routes du sud et du sud-est du pays. Toutes les professions de propriétaires se succèdent : enseignant, pharmacien, héritier traditionnel, ménagères, retraités, homme, femme, jeune, vieux. De véritables fortunes se créent et fructifient. Les retraités pensent ainsi assurer leur vieux jours.

La frénésie est telle que les terres disponibles près d’Abidjan sont rares. Tout au long de notre parcours nous avons constaté que la végétation n’avait plus grand chose de naturel. Tout autour de nous, des plantations avec leurs rangées parfaitement alignées d’arbres à différents niveaux de maturité. L’état déclasse des forêts, les acquéreurs défrichent en un clin d’œil afin de faire grandir les pieds issus de pépinières.

L’observation laisse une impression mitigée quand les notions de réchauffement climatique et de développement durable sont prêchées là où on vit en Europe. Mais je dois avouer que pour moi, dont un des projets de vie a depuis longtemps été d’investir dans la terre, il y a un côté grisant à voir la chose se concrétiser, il y a cependant un côté inquiétant à se rendre compte qu’en vivant à l’étranger, on y a peu de prise. Il faut donc faire confiance à ceux sur place à qui on confie les rênes de l’exploitation.

Car tout n’est pas rose. Entre les variations des prix du latex fortement impactées par la santé de l’industrie automobile et aéronautique et la concurrence du caoutchouc dérivé du pétrole, les maladies qui affectent les arbres, le manque d’expérience de tous ces néo investisseurs agricoles, les premières escroqueries aux pépinières d’hévéa, et les vols de récoltes, le modèle laisse apparaître ses limites.

Au cours de l’année 2013 l’état ivoirien a mis en place une taxe sur les industriels de l’Hévéa réduisant ainsi la marge bénéficiaire associée. La même année, on a observé que les capacités de transformation de la matière première n’avaient pas suivi le boum des plantations. Cela donna lieu au spectacle de planteurs à qui l’on refuse d’acheter leur latex en raison de moyens de transformations sous-dimensionnés et déjà saturés.

L’investissement n’est plus la poule aux œufs d’or qu’il fut. Il n’en reste pas moins un investissement rentier potentiel à ne pas écarter.

Je reste optimiste et je ne saurais qu’encourager des émigrés comme moi à y penser. S’Investir dans la terre est une option intéressante. Le choix de l’hévéa paraît le plus mature car “très” cadré sur place. Quels seraient les critères idéaux pour qu’un afropolite loin de sa terre natale se lance?

Des terres faciles à acquérir: avez vous des terres familiales dans la région natale de vos parents? discutez en avec eux et vos frères, soeurs, cousins potentiellement intéressés par l’investissement. Le problème foncier est une source continuelle de conflit en Côte d’Ivoire. Moins vos terres peuvent être sujette à conflit, mieux ce sera.

Une ou plusieurs personnes de confiance sur place : un planteur en occident a peu de chances de s’en sortir sans représentant local et exploitant vivant au quotidien près des plantations

De la patience : le cas de l’hévéa montre que les premières récoltes n’interviennent pas avant 6 ans. Pendant ce temps, il n’y a que des dépenses : le coût des pieds en pépinière, la main d’œuvre pour le “planting” et l’entretien du champs, les engrais et produits phytosanitaires. Le coût variera bien sûr en fonction de la taille de l’exploitation. Mes premières projections d’estimations d’apprentie planteuse donne un coût récurrent de l’ordre de 400 euros par trimestre pour 5 hectares d’exploitation. Mais chacun ses astuces pour réduire ces frais. Si vous vous débrouillez bien vous n’aurez pas besoin d‘un crédit comme c’est souvent le cas pour un investissement immobilier et si vous prenez un crédit au Bengue par exemple, les taux sont suffisamment bas en ce moment pour valoir le coût.

Un investisseur local : parent, oncle, tante capable de vous avancer les frais le temps que vous ayez les moyens de rembourser plus tard. C’est dans la famille 😉

De la vigilance: le benguiste* est un pigeon bon à plumer, les escroqueries et les malversations sont nombreuses. Il s’agit de votre argent, de votre patrimoine, ne soyez pas léger dans la démarche.

Bien sûr, sans ses avantages l’idée devient vite un casse tête. Mais pour ceux remplissant facilement les premiers critères, réfléchissez-y, et pas trop tard…

Et vous afropolite ? avez vous sauté le pas de l’agro-business au pays? quels investissements avez vous ou pensez vous réalisé(er)

Un début de familiarisation: ici

Bengue: terre d’émigration souvent l’occident

Benguiste: émigré africain vivant à Bengue ie. en occident

 

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