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Les couleurs de la colère

Les couleurs de la colère

Afrolife, Arts et entertainment, Culture et Lifestyle, Société

A la fin de la lecture de Une colère noire, ce n’est pas de la colère, de la rage brute que l’on ressent. Non, ce qui se dégage de ces lettres est une tristesse inouïe, une chaleur fraternelle, une énergie noire: la prise de conscience de l’étendue du travail à mener, de la densité des forêts et de la profondeur des mers à traverser.

Le titre original Between the world and me me paraît très mal traduit en français. J’ai trouvé cela profondément agaçant.

La préface d’Alain Mabanckou est aussi pertinente que perturbante. On se demande s’il a bien saisi les propos de son “frère” d’Amérique à qui il adresse sa lettre. Peu importe, c’est un excellent teaser pour plonger dans le livre.

Ta-Nehisi_Coates
Ta Nehisi Coates

“Lettre à mon fils” est une déclaration de vérités, un cheminement personnel que Ta Nehisi explicite à sa progéniture. Il met les pieds dans les pas de ses ancêtres, de ses parents et traverse les différentes époques pour arriver à la même conclusion qui l’a conduit à la lutte contre le racisme. Au fil de ses rencontres, amoureuses, amicales, estudiantines, socio-professionnelles, il appréhende les enjeux des divers milieux sociaux et l’engagement des personnes noires de tout horizon confondu.

Avec son livre, on sent la volonté tenace de transmettre le flambeau à son fils de 15 ans en démontrant les enjeux du racisme systémique, en analysant les vices et les procédures, en déconstruisant les rêves. Le rêve américain. La violence et la perte. La souffrance et l’injustice.

Sous l’angle paternel et éducatif, avec beaucoup d’amour et de lucidité, c’est aussi le journaliste qui traite de la question des races, de la perte du corps noir en Amérique, de la peur intrinsèque vis à vis des autres, et ce, dans toutes les sphères.

Samori, à l’image de son illustre homonyme aura t-il une vocation résistante? Ou finira t-il pas être un de ces Rêveurs?

Ta-Nehisi-Coates-in-Berkeley

J’ai découvert Ta nehisi dans ma quête de réponses à donner à mon fils noir né et vivant en France, issu d’une lignée africaine. J’ai assisté au débat avec l’auteur organisé par le club de lecture Read. La responsable, Laurie, avait pris contact avec l’équipe Afropolite à la suite de mon article “Lisez Africains”.

Nous avons donc été agréablement surpris de découvrir Read, un pilier de la promotion des arts et littératures afrodescendantes depuis 2007 (Lien : https://www.facebook.com/pages/READ-Club-de-lecture-des-auteurs-Afro/104818512940436).

En écoutant discourir Ta-Nehisi, je le trouvais trop pessimiste, trop inquiet. C’est à la lecture de ses mots que j’ai compris la gravité de son sourire, la tonalité de son regard, l’acuité de son message.

En France, on aime bien pointer du doigt les scandales du racisme américain sans admettre ses propres monstres et son flagrant malaise identitaire. Bah oui, de quoi vous plaignez-vous ? Outre-Atlantique, c’est quâ même pire !

Balivernes. La situation n’est pas meilleure, ni plus enviable sur le sol français. Elle est différente.

Pourtant, c’est ici que Ta nehisi et sa famille “s’échappent “.

Je ne sais pas quelle est la chance de nos enfants. Je sais que le racisme est présent. Barbare ou violemment insidieux, il est obstinément humiliant, sournois et méprisant. Il est si fin que les victimes bien souvent n’en sont pas conscientes et que les luttes sont tuées avant d’éclore.

Les insultes sur la place publique, la parole raciste décomplexée dans les tribunes officielles, les cités et banlieues exclus de l’égalité à tous les niveaux, les discriminations assumées, les plafonds de verre visibles, les rêves brisés, les ambitions nues, les mémoires salies, les lourdes frustrations niées, l’estime de soi anéantie. Les peurs, les chuchotements dans les cercles restreints ou les cris que les adversaires taisent, résolument. La complexité de la matrice. Ici ou ailleurs.

Le racisme en France tue. Aussi.

Je pense à Adama Traoré. Ce n’est pas le premier.

Et, je sais qu’il faut garder allumer l’étincelle de l’espoir pour la survie de l’espèce Noire.

Je recommande entièrement ce livre. A tous les Afropolites.

Heidi

1 Comment

  1. Lamel
    06/08/2016 at 1:13 pm
    Reply

    Pour sure je le lirai! Tres bon CR

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