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Les lions racontent l’histoire : Les Rois Africains par James C. Lewis

Les lions racontent l’histoire : Les Rois Africains par James C. Lewis

Arts et entertainment, Culture et Lifestyle, Histoire

« Tant que les lions n’auront pas leur propre historien, l’histoire de la chasse glorifiera toujours les chasseurs. » Proverbe Africain.

On pourrait penser à juste titre que c’est ce proverbe qui a inspiré nombre d’auteurs dans la conception de leurs œuvres ; soucieux de retranscrire l’histoire de manière authentique en apportant un nouvel angle de vue aux faits historiques: celui des lions.

Parmi ces auteurs figure l’illustre écrivain nigérian Chinua Achebe, disparu il y a quelques mois, qui faisait de ce proverbe toute une philosophie et qui aimait le citer.

A sa suite une nouvelle génération d’auteurs semble également être guidée par cette philosophie : c’est le cas du photographe James C. Lewis  qui retrace dans sa récente galerie dénommée « African Kings », l’histoire des rois africains et les dynasties les plus influentes qui ont marqué le berceau de l’humanité.

JC LewisJames C. Lewis. Photographe, auteur de la galerie « African Kings. »

Cette galerie photo qui a connu un franc succès aux Etats-Unis d’où est originaire James C. Lewis, est exposée à partir du 4 mai à Paris pour sa première sortie internationale. Et en marge de cette exposition photo une conférence sur l’Afrique a été donnée par l’artiste entouré de Dom Pedro, auteur et réalisateur du film « Tango Negro : les racines africaines du Tango »; et de Fred Daturlot de la galerie Afrodiziart, promoteur de l’exposition « African Kings » à Paris.

F DaturlotFred Daturlot, fondateur de Afrodiziart.

Dom PedroDom Pedro, auteur du film « Tango Negro : les racines africaines du Tango. »

Conférence qui s’est tenu le 2 mai dernier à la Manufacture 111 à laquelle Afropolite s’est rendu. Dès notre arrivée dans cet espace de culture africaine, nous sommes accueillis par des « rois » ashantis, ce qui nous plonge directement dans l’ambiance de l’exposition.

Roi troneDurant cette conférence James C. Lewis nous explique les raisons qui l’ont poussé à créer cette galerie photo. Pour lui le choix de produire un tel travail s’explique par le fait qu’étant un enfant noir ayant grandi aux Etats-Unis, son origine ainsi que celle de toute sa communauté ne lui est racontée à l’école qu’à partir de la période de l’esclavage. Et c’est en s’intéressant un peu plus au vécu de sa communauté avant cette période qu’il va faire la découverte de dynasties africaines établies, de puissants royaumes avec à leur tête des rois influents que les ouvrages scolaires ne lui ont pas appris ; sinon d’une manière biaisée par le « whitewashing » (ndlr : “blanchiment”. Pratique de l’industrie du cinéma. Fait de représenter un personnage de peau noire par une personne de peau blanche, ou de choisir une personne de peau blanche pour représenter un personnage noir) dont a fait l’objet l’histoire de l’Egypte, représentant les pharaons d’Egypte comme des hommes blancs. A ce titre il nous confie que le roi Hannibal de Carthage tel que représenté jusque-là n’est pas de peau blanche mais en réalité un personnage noire. Enfin une information que nous apprenons à l’occasion de cette exposition est que l’Amérique a été découverte par Mansa Abu Bakr II près de 181 ans avant Christophe Colomb dont on nous enseignait qu’il avait été le premier à découvrir l’Amérique en 1492.

HannibalHannibal de Carthage représenté par James C. Lewis

Diesel HannibalVin Diesel à l’affiche du film Hannibal le Conquérant (2011)

C’est donc dans le souci de rétablir la vérité, de changer la version falsifiée de l’histoire de l’Afrique vue par l’occident, et enfin de faire découvrir au plus grand nombre les grands dirigeants de l’Afrique pré-coloniale que sa galerie « African Kings » composée de 27 photographies a été créée. Parmi les portraits proposés nous retrouvons de célébres rois tels que Osei Tutu, Sonni Ali Beer, Gbêhanzin, Akhenaton, Shaka Zulu ainsi que d’autres moins célèbres à découvrir.

MansaOseiObaAkhMais qui est réellement l’artiste auteur de cette galerie ?

Artiste ipsusJames Cornelius Lewis nous dévoile un peu plus sur lui. Afro-américain d’origine nigériane, James est né à Atlanta en Georgie, aux Etats-Unis. Fondateur du studio photo Noire3000 (N3K) qui produit les photos de la galerie « African Kings », il confie avoir toujours été attiré par la photographie dès sa plus tendre enfance. Il va à l’âge adulte s’orienter vers les beaux arts et la photographie, et obtenir son diplôme de l’institut des Arts d’Atlanta. Il va par la suite créer son propre studio N3K pour pouvoir finaliser ses projets créatifs, dont « African Kings ».

Et sur ses méthodes de travail, James C. Lewis nous apprends n’avoir jamais été en Afrique jusque là, mais avoue se documenter énormément auprès d’historiens et dans des livres d’auteurs Africains et Afro-américains. Ceci dans un but de retranscrire le plus fidèlement possible le personnages des rois africains dans ses créations. Il confie à ce sujet que s’il n’était pas devenu photographe, il serait certainement devenu historien à force d’avoir développé une passion pour l’histoire. Il confie de plus qu’il est l’un des rares photographes à effectuer toutes les étapes de la création lui-même. Depuis le casting jusqu’à la post-production en passant bien entendu par le maquillage, la conception du stylisme et la confection des accessoires pour les modèles. Ce qui lui permet ainsi de maitriser son budget et de réduire les coûts.

En tout cas budget réduit ou pas le rendu final lui est d’une beauté impressionnante et d’une grande qualité ; à ne manquer sous aucun prétexte. L’exposition a lieu tous les jours de 10h à 21h, du 4 au 8 mai, à la galerie Joseph à Paris. Métro : République et Filles du Calvaire. L’entrée est à 7€.

AfrodiziartEn mai fais ce qui te plaît dit-on, voilà cher-e-s Afropolites une sortie culturelle qui pourrait bien vous plaire en ce début de mai.
La conférence s’est terminée autours de notes sucrées et salées à connotation bien entenu africaine.

DiscussionsCocktailSeMa, envoyé spécial pour Afropolite.

5 Comments

  1. Heidi
    10/05/2016 at 5:51 am
    Reply

    Exposition top, j étais trop heureuse de voir un travail d une si grande qualité. J’ai acheté un poster de rois africains dédicacé par l auteur pour mes hommes, et le photographe est vrai, authentique et gentil.
    Un coeur bon, un oeil expert , une nouvelle vision , un travail rigoureux…
    J attends impatiemment l exposition sur les reines.

  2. Mary
    10/05/2016 at 9:26 am
    Reply

    Les photos sont vraiment réussies! De toute beauté.
    On salue ce travail magnifique de James C. Lewis

  3. Sula
    10/05/2016 at 12:24 pm
    Reply

    J’ai vu les photos de James Lewis. L’idee est noble et je comprends le role que ces images jouent dans le psyche Afro Americain. Cependant, ca reste une histoire racontee par des outsiders et incluant la glamorisation de certains faits. Il semblerait qu’aucune personne de nationalite issue d’un pays d’Afrique n’ait ete invitee. Et pourtant ce n’est pas des artistes (photographes ou autres) qui manquent sur le continent.

    Le probleme avec la “glamorization” du passe de l’Afrique (qui est tres glorieux certes) c’est que ca reste en surface. Ca n’explique pas en profondeur comment l’Empire de Borneo et celui de Benin etaient opposes et comment ca a des consequences reelles dans le monde politique Africain today.

    J’aimerais voir une conference qui parle aussi de ses sujets et qui incluent des Africains vivant les reliquats de ces civilisations au quotidien.

    • Kimia Obiriga
      24/05/2016 at 12:35 am

      Merci pour ces remarques. Je trouve qu’en plus de la glamorisation, le véritable problème et l’éternelle subordination de la négritude à la blancheur. Comment peut-il en être autrement lorsque la dernière a inventé la première. Ces acteurs sont beaux selon les critères occidentaux, et c’est face au blanc qu’on veut se convaincre de sa grandeur… Tant que l’occident sera le public devant lequel la noirie se produit nous n’auront pas gagné…

  4. Bichilla
    10/05/2016 at 12:26 pm
    Reply

    Très beau travail de valorisation de l’histoire et la culture africaine. On s’étonne qu’il n’ait jamais été en Afrique vu sa justesse. L’histoire racontée par les lions existe donc et est à la portée de tous ceux qui s’y intéressent vraiment.

    C’est dommage que l’article paraisse après la fin de l’expo

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