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Les Maquisards

Les Maquisards

Afrolife, Culture et Lifestyle, Histoire

Il y  a quelques jours, c’était le 56ème anniversaire de l’indépendance de mon pays, la Côte d’ivoire. Je fais partie de ceux de ma génération qui pensent que nos pays africains ne sont pas indépendants, qui ironisent sèchement sur les fêtes concernées et cérémonies anniversaires.
Mais à la fin de la lecture des Maquisards, j’ai un regard moins méprisant sur la formation de nos nations. Mes yeux ont perçu ce que les livres d’histoire n’expliquent pas, mes mains ont feuilleté les douleurs de ceux qui avaient un idéal de liberté.

J’ai découvert Hemley Boum à une rencontre des Palabres autour des arts dans une librairie du 20ème arrondissement de Paris.
J’ai aimé comment les chroniqueurs parlaient de son œuvre et comment l’auteure expliquait la toile de son dernier livre : Les Maquisards. Plus que la trame historique de la résistance coloniale, ce sont les histoires des femmes qui ont attisé ma curiosité.

Le prologue fait planer une histoire violente, passionnée, faite de mensonges et de trahisons. On respire un bon coup à la fin des 5 premières pages : “mon vié, dans quoi nous embarquera l’auteure?!”

Hemley Boum

Les maquisards traite des années de résistance de Ruben Um Nyobé dit « Mpodol » contre le joug colonial, et surtout des dernières heures avant son arrestation. Mais la prouesse de l’auteure est d’en avoir fait un personnage secondaire autour duquel gravitent ses hommes et femmes de confiance : ce sont eux les véritables personnages principaux, ces paysans au cœur de la lutte, oubliés bien souvent, trop souvent par le charisme des leaders.
Heylem Boum leur donne vie, réhabilite leur  mémoire, nous fait adhérer à leur cause, leur quête de liberté, leur droit à disposer de leurs corps, de leurs espaces de vie, de leurs terres.
Ces individus dans leur intimité vont payer de leur sacrifice, de leur sang, un prix nécessaire à l’indépendance du Cameroun. Ici, c’est le peuple Bassa qui est au cœur de l’intrigue. C’est une famille, avec ses ramifications et ses métaphores, qui nous fait entrevoir toute la force de son courage, de son engagement entre bains de larmes et cris de douleurs. La violence est au cœur de l’action, on s’y attend. Mais elle est plus profonde, plus intime, plus personnelle. Elle réside dans des viols, des mariages ratés, des unions malheureuses, de l’amour filial incompris. C’est une histoire d’amour et d’amitié. Et, dans cette histoire, la vérité et le mensonge cohabitent, la barrière est si fine. Le sens du devoir et des responsabilités s’oppose à l’égoïsme des libertés individuelles. La confiance et la trahison sont siamoises. On n’arrive pas à les dissocier. On ne peut les juger trop sévèrement  parce qu’elles sont nourries par des seins d’amour. Dans cette affaire, rien n’est simple ! Tout est complexe parce que… rien n’est simple.

Cette œuvre fait la part belle à des portraits des femmes, courageuses, incroyables, des mères, des héroïnes quotidiennes, guidées par l’amour ou son absence. On en apprend également beaucoup sur les sociétés traditionnelles féminines, l’organisation sociale, sur l’aspect spirituel.

Bassa

Les flash back du passé jalonnent la première partie du roman avec beaucoup de justesse. Les pensées, les allusions arrivent pertinemment. Elles sont nécessaires pour appréhender les destins individuels, la psychologie, les forces et fragilités de chaque personnage. Une histoire familiale qui entremêle des secrets de mères sur la paternité de leurs enfants, des non dits, des espérances, des combats, de la foi, de la fatalité. Cinq générations se côtoient avec le temps comme allié ou ennemi, avec une forte symétrie du bien et du mal, de l’espoir et du désespoir, de la capacité à (se) pardonner, à (se) réparer. Dans la seconde partie, tout va très vite. Des décisions sont prises à la hâte et vont influencer le cours de la grande Histoire. Les confrontations ont lieu. Dieu, la mort, la vie ont le dernier mot.

Le maquis, l’environnement est bien décrit. La nature est reine. On visualise les couleurs et les scènes. L’écriture est fluide et le roman se lit très rapidement. Mieux, les personnages, tellement attachants, nous suivent pendant longtemps et donnent envie de se documenter sur ces pans de l’histoire, que l’on soit de loin ou de près originaire de cette région géographique.

Pays Bassa

Ce livre m’a bouleversé intimement. Il m’a donné envie d’être meilleure envers les autres et bienveillante envers moi même.

Je tire mon chapeau à Heylem Boum d’avoir pu de son imaginaire, d’une fiction, donner corps et bravoure à ceux qui dans l’ombre, patiemment et résolument, se sont attelés à donner aux générations futures un peu plus de liberté pour poursuivre le combat.

Je ne sais quelle citation tirer de ce livre, tellement chaque paragraphe est intense et chargé émotionnellement, alors je vous laisse regarder cette émission littéraire très brillante sur Hemley Boum et son roman. A la fin de sa visualisation, si ma revue ne vous avait pas encore convaincue de vous procurer Les Maquisards, je ne doute pas de votre prochain clic sur l’achat du livre !

Bonne lecture.

Heidi

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