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Les USA ne me font plus rêver…

Les USA ne me font plus rêver…

Opinion

En Côte d’Ivoire où j’ai grandi, je me souviens qu’à l’école primaire et même dans les premières années de collège, les filles vers la fin de l’année demandaient à leurs camarades de classe de compléter leur cahier de souvenir. Ça consistait en un questionnaire que chaque personne sollicitée complétait et qui décrivait sa personnalité : nom, prénom, âge, lieu de naissance, nationalité, plat préféré (on répondait souvent frites de pommes de terre/alloco au poulet braisé ou foutou banane à la sauce graine…lol), ce qu’on déteste…etc. Sans oublier, le pays de rêve. Ah oui, cette question-là était super importante. A l’époque évidemment, la réponse figurait un pays occidental. France, Canada et Etats-Unis, surtout Etats-Unis, si mes souvenirs sont bons.

Il y avait aussi un jeu qu’on aimait pratiquer pendant nos jours de repos ou nos week-ends : je déclare la guerre. Il consistait à tracer sur le sol un cercle divisé en autant de parts que le nombre de participants. Ces parts représentaient chacune un pays. Et le but du jeu était de rogner autant que possible le territoire de son concurrent. Celui/celle  qui avait la chance de choisir en premier son pays (et on souhaitait tous pouvoir choisir en premier) disait inévitablement : les Etats-Unis.

Nos âmes d’enfants, d’adolescent(e)s du fait des émissions, feuilletons, films, séries d’adolescents qu’on regardait à la télé étaient obsédées par les Etats-Unis d’Amérique. C’était la destination finale. Le pays où on voulait faire nos études supérieures, où on voulait vivre. Tout y avait l’air si facile, si accessible, les gens ne semblaient manquer de rien, etc.

Mais nos âmes d’enfants n’avaient pas conscience du fait qu’on était noir et qu’être noir aux Etats-Unis ce n’était pas une partie de plaisir.

Personnellement, malgré certains films que j’ai pu voir qui parlaient de la lutte contre la ségrégation raciale, les séries qui évoquaient la guerre de sécession (Nord et Sud par exemple avec Patrick Swayze notamment), ou même qui évoquaient l’esclavage comme Racines tiré de l’excellent bouquin d’Alex Haley, les Etats-Unis restaient pour moi le pays où il me fallait vivre (surtout qu’on y parle en anglais et que je suis pour ainsi dire obsédée par cette langue que j’aimerais parler comme si elle était ma langue maternelle, mais passons…).Tout ça -esclavage, guerre de sécession, ségrégation raciale- c’était du passé quand même. L’Amérique avait beaucoup évolué depuis l’époque. Ça restait donc mon pays de rêve. J’avais peu conscience du racisme qui continuait d’y sévir. C’était le pays de Bill Cosby, de Will Smith, des gens qui ont ma couleur de peau et qui malgré la difficile histoire de leurs ancêtres se frayaient leur chemin et réussissaient leur vie. C’était le pays où beaucoup, noirs comme blancs, se sont fait à partir de rien, où TOUT était possible.

Ce que j’oubliais souvent, c’est que dans TOUT, il y a TOUT, autant le bon que le mauvais. Et c’est ce qu’il nous est rappelé désormais quasiment chaque semaine aux infos. Les infos qui viennent de ce côté de l’Atlantique me font descendre de mon nuage, me font durement retomber sur terre. Les drames  Trayvon Martin, Michael Brown, Tamir Rice, Eric Garner, Walter Scott, Freddie Gray et les 9 morts de Charleston la semaine dernière (et ça c’est ce dont on a entendu parler), me rappellent qu’en fait, même si nous sommes en 2015, au 21ème siècle, la lutte pour l’obtention des droits civiques pour les noirs ne date que d’il y a 50 ans. 50 ans, mine de rien, ce n’est pas si lointain que ça. Tout cela me fait prendre conscience que malgré tout ce qu’on a pu croire, espérer avec l’élection d’Obama à la Maison Blanche, la lutte continue. Tout cela me fait prendre conscience que les noirs n’ont pas fini de se battre pour que leur existence, leur présence dans un quartier chic du Texas soit considérée comme normale. Qu’ils n’ont pas fini de se battre pour ne plus être discriminés, rejetés, ghettoisés, stigmatisés, persécutés, tués, terrorisés du fait de leur couleur de peau.

Tout ça me rend immensément triste, effrayée, enragée, révoltée. Tout ça fait que je me dis finalement, les Etas-Unis, pays de rêve ? Mon oeil….

3 Comments

  1. Mary
    25/06/2015 at 10:30 pm
    Reply

    Hello
    Intéressant cette réflexion

    Perso, je n’ai vraiment jamais considéré les Etats-Unis comme mon pays de rêve. Ni hier, ni aujourd’hui d’ailleurs. Donc c’est vite vu de ce côté
    Par contre, j’aimais les cheveux bien lisses bien longs des américaines des séries TV et autres 😀

    Pour le sujet traité (droit civique des noirs), je me souviens encore du goût que m’a laissé le visionnange du film SELMA. J’ai été émue aux larmes, mais genre je pleurais comme si on venait de m’annoncer un décès. De réaliser en effet que les droits des Noirs sont si récents… Et puis oui, quand on voit ce qui continue de s’y passer…

  2. Moniki
    26/06/2015 at 3:41 pm
    Reply

    J’avoue comme Mary n’avoir pas fait partie des fana des US.
    J’aimais l’image lisse qui transparaissait dans les clips, series ou films où apparaissaient les americaines noires.
    elles avaient une sophistication si élevée par rapport à celle des femmes de mon enfance.
    paradoxalement j’ai très tôt été exposée à la diffusion d’image lié à la ségrégation. des films comme “mississipi burning”, des BD sur martin Luther King, des documentaires sur la ségrégation et même des téléfilms sur le martyr des noirs dans le sud racistes ont fait partie des choses que je voyait souvent jeune ado et adolescente.
    Étrangement, je n’ai pas été tentée de voir ni Selma ni the Butler, ni the help parce que j’ai eu ma dose.
    Aimant les documentaires, je pense que ça m’a toujours permis de nuancer l’image vendue. J’ai toujours noté que dans le séries grand public il y avait un noir au casting et pas plus. et ça suffisait t à voir de quelle société ces séries sont le reflet malgré le vernis dont elles se dotent.

    Plus récemment ce sont des séries comme The wire, qui malgré ses 10 ans, m’a plus aidée à me remettre à regarder l’Amérique de nouveau avec des lunettes réelles loin de séries TV, films à la Tyler Perry et blockbuster.

    Je n’ai jamais été aux US, une expérience à faire pour confronter mes opinions.

  3. HEKYMA
    26/07/2015 at 10:03 pm
    Reply

    C’est sure que ces derniers événements survenus aux Etats-Unis ne font pas plaisir à entendre. Mais il ne faut pas oublier que l’Europe reste malgré tout beaucoup plus “raciste” que les USA ! Car ici, ils ne sont pas encore habitués à voir leur population changer.

    On ne peut pas se baser sur qq incidents pour évoquer qu’un pays soit mauvais. Ici en Belgique, un type avait tiré sur une femme noire en pleine rue, juste à cause de sa couleur de peau. En Russie, des noirs sont tabassés en rue. En Italie, on les insulte de singes en pleine rue. En France, beaucoup ont encore pleins a priori sur les noirs. etc.

    C’est les mentalités qui doivent changer. Après, moi je continue d’admirer les Etats-Unis pour leurs avancés au sein de la communauté noire. Quand je vois que eux au moins, ils ne sont pas choqués quand un noir présente le JT, qu’ils ont leurs propres films, productions, émissions télé/musicales, etc. Je me dis qu’ici en Europe, nous les africains, avons encore un long…très long chemin à faire.
    http://WWW.HEKYMA.COM

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