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Les chrétiens, ces gens si coincés ;)

Les chrétiens, ces gens si coincés ;)

Opinion

Je suis née dans une famille de « catholiques pratiquants », je dis bien « pratiquants » car il est possible d’avoir une pratique religieuse par pure habitude, ou simplement par tradition sans véritable conviction. Comme beaucoup de familles africaines, mes parents n’avaient pas abandonné certaines pratiques ancestrales en embrassant le catholicisme. J’ai donc grandi dans cette dualité (catholique – animisme). Mais étant jeune, c’était pour moi du bonnet-blanc, blanc-bonnet.

Les dimanches étaient des jours de fête pour la petite fille que j’étais. C’était l’occasion de mettre mes belles robes et de retrouver mes copines à l’église. Pendant que les parents étaient occupés à prier, nous avions des activités beaucoup plus sérieuses comme se raconter les secrets de la semaine ou encore loucher sur les servants de messe.

Ah! Ces enfants de chœur…Ah! Jean-Charles…Celui-là, je lui aurais donné toutes mes dînettes et mon « Alloco » de 16h s’il m’avait, ne serait-ce qu’adressé la parole. Son sourire me faisait perdre tous mes moyens. Il avait une brèche trop mignonne au niveau des incisives et des fossettes aux joues! Moi si espiègle, je devenais muette en sa présence. Il m’était quasi impossible de soutenir son regard…Ah ! L’insouciance…Mais la vie étant ce qu’elle est, l’histoire de Jean-Charles s’est soldée par une erreur de timing. Mais bon, ça c’est une autre histoire.

Au lycée, j’ai commencé à me rapprocher un peu plus de Dieu et à me poser des questions, mais sans véritablement approfondir le sujet. Il faut dire qu’il y avait matière à se creuser les méninges. La liberté de culte étant permise, toutes les religions s’exprimaient. N’ayant particulièrement pas d’attache religieuse, j’étais régulièrement invitée par mes camarades de classe à des réunions et autres rassemblements de prière. J’y allais par curiosité plus que par dévotion. Je me sentais en décalage avec « ces gens ». Ils m’avaient l’air tellement coincés, que je les trouvais limite ennuyeux. Une fois, alors que nous étions en salle d’étude, des filles sont passées nous inviter à une rencontre. Nous leur avons répondu : « Est-ce qu’il y aura de beaux mecs ? Parce que nous, on ne se déplace pas pour rien heiiin ».

Puis ce fut le bac, et le départ pour la France où la situation a empiré. La paresse et le froid avaient eu raison de mes messes dominicales les premières années. J’y allais de moins en moins. Seulement pendant les temps de carême et autres fêtes religieuses. Je n’avais plus de copines pour m’encourager et m’inviter à des temps de prière. Je sentais qu’il me manquait quelque chose mais je ne voulais pas savoir de quoi il en retournait. Ou du moins je faisais semblant parce que j’avais peur. Je ne voulais pas être comme ces gens que je critiquais. Alors je me focalisais sur mes études pour ne pas trop y penser.

Et puis ce manque, comme un vide, une soif qu’aucune distraction n’arrivait à étancher se faisait de plus en plus présent. Je travaillais maintenant, je n’avais plus mes études comme échappatoire. Je ne sais trop comment l’expliquer mais c’était comme une lutte à l’intérieur de moi. Je savais qu’il y avait plus que la simple messe du dimanche à laquelle j’essayais d’être assidue. Mais, en même temps, je n’avais pas envie de « perdre ma jeunesse » comme ces jeunes que je pouvais voir dans les églises. Des gens en décalage total avec leur temps, à la vie aussi terne que leurs tenues vestimentaires. J’avais peur que ma vie devienne monotone !!! J’étais prise dans un dilemme.

Et puis, j’ai fait la rencontre de jeunes chrétiens qui ont changé mon regard sur le christianisme. Qui m’ont fait comprendre que Dieu n’attendait pas de nous la perfection. Il veut juste notre « oui ». Le sacrifice à la croix a déjà été fait. Il ne m’a pas attendue (encore heureux). J’ai compris qu’être chrétien n’est pas synonyme de coincé, austère et « gaou », bien au contraire. On peut être chic, très chic même tout en étant chrétien. On peut être chrétien, drôle et cool. On peut même mener une vie de qualité, une vie à valeur ajoutée comme j’aime bien le dire.

Mais cela a été tout un processus, car j’avais peur de l’inconnu. Et si tout ceci n’était qu’illusion ? Et s’il n’y avait de vrai que ce qu’ils voulaient bien me montrer ? Cette vie n’était peut-être pas si fun qu’ils voulaient bien me le faire croire. Mais à chacune de ces étapes de doutes et de questionnements, j’ai trouvé des oreilles attentives et des gens pour me conseiller. J’ai également trouvé des épaules pendant les moments d’épreuve, de la solidarité et de l’entraide gratuite ! Oui ça existe encore de nos jours.

Aujourd’hui, quand je regarde le chemin parcouru, je ne peux que sourire et me dire « Dieu est fort ». Je ne suis pas encore au bout de la course. Mais j’ai appris par exemple que la foi est un mystère et que par définition, un mystère ne peut s’expliquer. Sans pour autant perdre mon esprit rationnel, j’ai compris qu’il pouvait avoir ses limites. J’apprends encore tous les jours. La vie spirituelle et la vie tout court n’est pas « un fleuve tranquille » comme dirait quelqu’un. Mais c’est ce qui fait toute la beauté de l’exercice.

J’ai à mon tour décidé d’être un relais pour d’autres, de communiquer cet amour gratuit que j’ai reçu à ceux ou celles qui pourraient en avoir besoin. Je ne saurai vous expliquer l’immense joie que l’on peut ressentir de se savoir utilisée par le Seigneur dans la vie d’une personne. La première fois que j’ai ressenti cela, le moelleux au chocolat accompagné de sorbet à la fraise ne pouvait rivaliser à côté. Je venais de comprendre tout le sens de la phrase «  il y a plus de joie à donner qu’à recevoir ».

Comme tout être humain, j’ai des hauts et des bas. Mais je me sens désormais en paix avec moi-même et avec mon Dieu. Je croque la vie à pleines dents, profitant de toutes les grâces qu’Il m’accorde chaque jour. Les parcours de conversion diffèrent les uns des autres. Certaines personnes font leur rencontre avec le Seigneur dans des situations extrêmes ou encore à la suite de guérisons extraordinaires. Dieu nous connaît et il agit envers nous selon nos sensibilités. Comme le disait à juste titre un pasteur, « Dieu est notre père et notre créateur. En nous façonnant, Il a mis en nous un « vide » que Lui seul peut combler. Beaucoup essayeront de remplir ce “vide” avec toutes sortes de hobbies/de vices…mais n’y arriveront que partiellement ou temporairement. » Cette pensée est d’autant plus vraie qu’à un stade de notre vie, deux options s‘imposent alors à nous : continuer comme si de rien n’était ou s’arrêter et reconnaître qu’on a besoin de Lui pour que notre vie soit complète.

Moi j’ai opté pour la seconde option, et mon regard sur les chrétiens a changé par la même occasion; Et toi ?

2 Comments

  1. LuckYPiH
    06/05/2014 at 2:56 pm
    Reply

    Bonjour,

    J’apprécie énormément ta conclusion, surtout ces phrases: “Les parcours de conversion diffèrent les uns des autres. (…) Dieu nous connaît et il agit envers nous selon nos sensibilités. Comme le disait à juste titre un pasteur, « Dieu est notre père et notre créateur. En nous façonnant, Il a mis en nous un « vide » que Lui seul peut combler. Beaucoup essayeront de remplir ce « vide » avec toutes sortes de hobbies/de vices (…)

    Elles font état de ce libre arbitre que Dieu lui même à laissé aux hommes et que certains semblent avoir oublié.

    Pour ma part, je suis également Chrétien catholique, issu d’une famille très pratiquante. Et ce que je trouve ennuyeux, par contre, c’est de ne rester que dans la religiosité, oubliant, de fait, la spiritualité. Le piège dans lequel nous tombons tous souvent.

    Mais bon, je reviens à mes propos liminaires, et laisse chacun faire son chemin avec le Créateur.

    Merci encore pour le partage

  2. Mary
    06/05/2014 at 7:54 pm
    Reply

    J’aime !
    En particiluer “il y a plus de joie à donner qu’à recevoir”

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