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Mon Z (première partie)

Mon Z (première partie)

Culture et Lifestyle

Il arrive dans la vie qu’une conversation au départ banale nous secoue pendant des heures voire des jours.

Par un matin glacial d’harmattan, je pris le risque d’emprunter un zem, diminutif de Zémidjan qui signifie littéralement “conduis-moi vite” en langue fon du Bénin. Les Zémidjan sont des taxi-moto des principales villes du Bénin qui permettent de rallier rapidement deux quartiers. Je voulais faire la distance Calavi-Godomey à moto parce qu’en voiture, la circulation est ralentie à certains endroits. Calavi est une banlieue de Cotonou où se trouve le campus (prononcez bien « campus » avec l’accent béninois s’il vous plaît :-)). On la désigne souvent ainsi par abus. La vérité, c’est que Calavi est non seulement une commune à part entière, mais également la principale commune du département de l’Atlantique. Godomey est, par contre, un quartier à cheval entre Cotonou ( Département du Littoral) et Calavi.

Je parlais de risque tantôt, parce qu’à cette période de l’année, les microbes et virus prolifèrent. Sans compter la visibilité qui est réduite. Ces zems-là, on a beau leur dire « Yi dè dè séa » (i.e. vas-y doucement, tu as compris?), ils roulent comme bon leur semble, en se fichant pas mal de distribuer des injures. Tiens, ça a peut-être à voir avec la dénomination Zémidjan qui aurait un impact négatif sur eux… Ironie du sort, c’est surtout les chantres de la mauvaise conduite qui ne se font pas prier pour corser le flot d’injures. Injures aux automobilistes : agaletô* pour les automobilistes de sexe féminin, ou yêyinon* pour les deux sexes indifféremment ou aussi une dédicace spéciale à l’anatomie de maman chérie au passage. Injures, disais-je, aux automobilistes à qui ils font des queues de poisson. Injures aux autres zems qu’ils obligent à freiner brusquement. Bref, un tas de noms d’oiseaux qui feraient pâlir d’envie le capitaine Haddock*. Pourquoi ce flot? Parce que le lâcher d’injures fait office de sport national. Et la circulation se trouve être au nombre de ses lieux de prédilection. Mais aussi, c’est une règle qui s’énonce ainsi : « est la mieux habilitée à injurier, toute personne ayant commis un impair dans la circulation ». Ne vous en offusquez pas, c’est ainsi ! Et si vous voulez déjà prendre la mouche, je vous souhaite bien du courage pour le reste du parcours. Ici, chacun sort avec son permis de conduire (obtenu dans les normes, obtenu un lundi, ramassé ou fait par correspondance, etc.. ;), c’est le plus fort sur la route qui a toute autorité. POINT. Enfin, ne nous égarons pas.

image 2 mon zDans la Circulation

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Alors, je vérifie bien qu’il s’agit de la marque de moto que j’aime emprunter. Kêkê, c’est pas kêkê! Vous me direz “peu importe le vin, pourvu qu’on ait l’ivresse” . Désolée, ça ne marche pas ainsi. A la rigueur, une “Yamaha” , une “Sanya”, une “Sanili”, mais pas de “Mate”, encore moins une “vespa”. J’exagère un peu, cette marque n’existe pas en zem :-). La marque que je préfère, c’est la « Bajaj ». Les “Bajaj” sont confortables et l’on ressent moins les secousses de la route.

Bajajla “Bajaj” 🙂

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Je hèle le kêkê-non* qui s’arrête un mètre devant, me laissant découvrir l’écriteau philosophique à l’arrière de sa moto “Heureusement que l’homme n’est pas Dieu…” Ca sent le vécu! Je poserai peut être une question à ce sujet en cours de route .  « An-yi Godomey ha ? » entendez, « tu vas à Godomey ? » lui demandai-je. J’avoue que je ne comprends pas bien cette expression. Ma préoccupation est la suivante : vu que c’est moi qui vais dans une direction, c’est  à mon « convoyeur » d’un jour de s’adapter à ma volonté, n’est ce pas ?

– Réponse des habitués  : on peut très bien vouloir se rendre à un endroit mais si cette destination ne convient pas au zem, il  dira “non”, d’où la question « an-yi XXXX ha? ». 

– Moi : Oui mais, pourquoi ne pas dire tout simplement ma destination au lieu de poser une question ?

Et vous, comment voyez-vous les choses ? Question ou affirmation ? Bref, nous nous éloignons, c’est peut-être juste une expression consacrée. De toutes les façons les deux s’utilisent. Un bref “Godomey!” ou une petite littérature “An-yi Godomey ha”?

 Tiens, pendant que je négocie mon trajet qui me coûtera 300 FCFA, je vois passer une moto. C’est le genre d’images que j’aime capter : une dame transportée avec une panoplie “d’accompagnants”. Il s’agit peut-être d’une vendeuse du marché de Dantokpa ou de celui de Saint-Michel, ou encore Gbedjromèdé. Dans tous les cas, la probabilité est forte qu’il s’agisse d’une commerçante. Devant le kêkê-non : un gros panier contenant manifestement des marchandises. A t-il une bonne visibilité sur la route? J’en doute fort. Derrière le kêkê-non, un enfant; probablement celui de la dame ou son aide de maison, avec un morceau de nuit encore sur le visage. Passager principal, la dame elle-même, avec un gros panier de pains sur la tête. Le panier dispute un peu l’espace aérien à un autre enfant, plus jeune, que porte notre passagère au dos. Et tout derrière, l’invitée de longue date, témoin silencieux mais très encombrant d’un désamour avec Madame “vidange” : une épaisse fumée noire. Pauvre enfant, que dis-je, pauvres enfants! Peut-être devrais-je tout simplement dire pauvre dame! Obligée de faire un tel trajet de cette manière avec ses enfants. Combien paiera-t-elle? Est t-elle vraiment contrainte de procéder ainsi? Comment tient-t-on à quatre sur une moto? ça donne à peu près ceci: 

vendeuse-de-pain-sur-zem2Copyright Hector Sonon Artiste Illustrateur

Je revois encore cette autre image qui m’a laissée bouche bée lorsque je débarquais tout fraîchement de ma Côte d’Ivoire natale : un déménagement à moto ! Table, lit, réfrigérateur, télévision, etc. Tout y est passé avec succès !

Le temps que j’ajuste mon cache-nez, mon coéquipier entame une causette. Coéquipier, oui, nous faisons équipe pour la vie ou la mort. Il peut arriver que voyant le danger, l’un abandonne l’équipage en sautant brusquement, ce qui a pour effet immédiat de précipiter son second sous un camion ou de lui imposer un salto avant de se retrouver  en étreinte serrée avec le macadam. Il peut aussi arriver que la destination initiale atteinte, on décide de rallonger le chemin, rien que pour continuer de parler. Bref, nous nous sommes suffisamment éloignés et la causette avec mon zem ne fait que commencer.

A une autre fois alors!

 

* Agaletô : prostituée

* Yêyinon : idiot

* Capitaine Haddock : l’un des plus fidèles amis du héros de bande dessinée tintin

* Kêkê-non : conducteur de taxi moto, autre appellation de zémidjan

13 Comments

  1. Mary
    21/03/2014 at 9:24 am
    Reply

    Ce récit me donne envie de débarquer à Cotonou 😉

    • OYATI1013
      21/03/2014 at 9:53 pm

      Merci Mary! les portes de Cotonou sont grandement ouvertes!:-)

  2. Myna
    21/03/2014 at 11:19 am
    Reply

    J’aimeuhhhhhhhhhhhh!

    • OYATI1013
      21/03/2014 at 9:55 pm

      Merci Mina 😉

  3. Abiba
    21/03/2014 at 4:45 pm
    Reply

    Ha ha… A chez nous pays !
    Lol. Je vois de quoi il s’agit quand tu parles de l’injure faisant allusion à l’anatomie de Maman Cherie. Lol.
    Ah, nos gens :-)!

    • OYATI1013
      21/03/2014 at 9:57 pm

      Vraiment Abiba, nos gens comme tu dis, pas une once de retenue!

  4. BADOURINO
    21/03/2014 at 5:28 pm
    Reply

    Les zems chez nous sont indisciplines et certains meme ignorent le code de la route. Il faut continuer a organiser ce milieu.je le dis car je suis actuellement a ouagadougou mais qu”est ce que ce systeme de transport rapide et pratique me manque. Ici tu peux attendre des heures un taxi et ne pas pouvoir te faire deposer devant ta maison ou ton lieu de travail.

    • OYATI1013
      27/03/2014 at 8:57 am

      Rapides et pratiques, nos zems, n’est-ce pas Badourino? Merci de ta contribution.
      En parlant d’organiser le milieu, l’immatriculation des deux roues et tricycles va entrer dans sa phase active dans quelques mois. Cela permettra entre autres, d’extirper de leurs rangs les divorcés sociaux.

  5. Eve Keidi
    21/03/2014 at 8:36 pm
    Reply

    Excellent article! Tres belle plume! Partagee entre la curiosite de tester un zem et l angoisse des dangers, hum!
    Hate de lire la suite de l aventure!

    • OYATI1013
      27/03/2014 at 8:56 am

      Merci beaucoup Eve 🙂 Comme je te comprends! Mais avec le casque, aller à moto vaut l’essai. je ne peux que t’y encourager, moi qui aime les sensations fortes.

  6. Abiba
    22/03/2014 at 9:14 am
    Reply

    C’est bon à savoir!
    Faudrait aussi qu’il y ait plus de contrôles sur l’aspect permis de conduire, que le port du casque soit imposé autant pour les conducteurs de zem que pr les passagers…ok,il fait chaud et ce ne sera certainement pas pratique pour les dames qui veulent pouvoir charger des affaires sur la tête…mais on parle de sécurité et de la vie des gens…on s’adaptera, il faut que les choses changent sur ces points…,

    • OYATI1013
      27/03/2014 at 9:07 am

      Bonjour Abiba. Il y a eu un essai en ce qui concerne le port de casque obligatoire. ça n’a pas été concluant. Tout le monde ne respecte pas et la mesure n’a pas connu de phase répressive. Tu as tout à fait raison, il faut que les choses changent. Que les gens comprennent qu’ils mettent leur propre vie en danger en ne portant pas le casque réglementaire.

  7. rej
    23/03/2014 at 11:17 am
    Reply

    Hum ces fameux kêkênon de petits vicieux avec leur freinage brusque qd il tranporte une femme…juste pour s’offrir de petite sensation de plaisir lorsqu’ils recoivent la poitrine de leur cliente dans le dos. Ils sont tt de même très sympatique et sans eux difficile de se déplacer. Chapeau à eux pour cette débrouillardise.

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