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Nations nègres et cultures religieuses

Nations nègres et cultures religieuses

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Une polémique en cache une autre

La polémique ne vous aura pas échappé. Encore et toujours la chanteuse Beyoncé, qui cette fois a livré une prestation avec des références appuyées à une divinité du panthéon Yoruba: Oshun.

Oshun par l'artiste Julia Rodrigues
Oshun par l’artiste Julia Rodrigues

Quel est le souci ? Il semblerait que certains noirs soient partagés entre la valorisation de leur culture, folklore ancestrale et leurs nouvelles croyances chrétiennes, musulmanes et autres.
Voici une représentation ultra médiatisée qui mélange tout ce qui fait le noir : de l’Afrique mère, en passant par les Caraïbes, et les syncrétismes chrétiens. Mais le malaise est là : comment parler de ça sans renier sa foi, ne risque-t-on de valoriser des croyances qu’on rejette parce que démoniaques ?

Rien qu’en répétant la profession de foi chrétienne, parler d’une Beyoncé en Oshun en des termes élogieux peut être un exercice délicat.
D’ailleurs, nos amis Kemites sont toujours prêts à parler de pharaons et autres ascendants Ethiopiens. Pourtant, c’est Beyoncé qui frappe fort en montrant une divinité de noirs sur CBS, Twitter. On vient informer le monde de notre “science” et notre culture mystique… Et on ne sait plus sur quel pied danser !

Sur quel pied danser ?

Chez nous, aussi catholiques que nous sommes, nous avons une vrai observance des évènements culturels et cérémoniaux de nos ethnies. Mais les rites traditionnels sont difficiles à observer sans leur portée spirituelle. Les libations: verser de l’alcool au sol en invoquant les ancêtres à l’occasion d’une cérémonie traditionnels, le bain dans un fleuve et le rasage des cheveux au moment du veuvage d’une femme, les différents rites de fêtes de génération avec leur passage dans le bois sacrés du village sont autant de chausses trappes pour le monothéiste africain.
Les curés s’impliquent de plus en plus dans ces cérémonies pour porter la bonne parole et ainsi contrer les pratiques mystiques contraires à la foi, mais il y a de quoi rester perplexe.

La chasse aux sorcières

Alors voir la star afro-américaine incarner cette déesse qu’on peut rapprocher (à confirmer) de Mami Wata, fait sourire.
Pourquoi ? Chez nous, si vous voulez vous attirer les pires problèmes ou un bad buzz, associez votre business avec des croyances traditionnelles. S’appeler Mami Wata pour un site internet ou un restaurant est certainement un bon moyen de s’attirer des commentaires courroucés d’africains bons teints, chrétiens, musulmans ou animistes : Pour les premiers c’est célébrer et invoquer une entité maléfique qu’ils ont abjurée. Pour les seconds c’est potentiellement provoquer une divinité qui pourrait nous punir en retour : “on ne parle pas de ces choses à haute voix” (C’est en effet ce qui se dit !). Pour d’autres encore, ceux qui parlent de ces choses sont forcément adeptes : « ne célèbre pas, ou ne présente pas le dieu “Sakpata” qui le veut, mais plutôt qui en a l’autorisation ».

Ces croyances traditionnelles sont souvent visibles dans leurs manifestations les moins “classes”. Des offrandes à des carrefours, des rites barbares, sacrifices, sang… rien de très glamour. Le spectacle offert par Beyonce est lui plus reluisant: une ode à cette divinité en tenue sexy, dorée devant le monde entier.

On pourrait être agacé par la tendance des noirs américains à glamouriser tout ce qui est africain. Il faut pourtant avouer que cette fois, les visuels sont beaux et captivants. Du coup, l’image de la sorcellerie (car c’est bien comme ça qu’on l’appelle chez nous) prend  une allure bien plus sexy que d’habitude. Oups!!

oshun-yoruba-beyonce

Religions vs cultures

Une divinité africaine est-elle une plus grande menace pour les croyances monothéistes que le Père Noel et ses lutins (la magie noire du blanc, glamourisée), ou encore les dieux antiques du panthéon grec ?
On peut objecter que les dieux de la Grèce ancienne ne sont plus adorés aujourd’hui, au contraire de Oshun. Mais qui croit sérieusement que Beyoncé est adoratrice d’Oshun. N’est-ce pas juste une volonté d’un retour aux sources, de valoriser un patrimoine africain face aux « dieux des blancs » ? La même chantait « When Jesus says yes », il y a quelques mois et ses détracteurs n’étaient pas pour autant prêts à lui donner le bon Dieu sans confession. Là on comprend que le christianisme aux Etats-Unis est largement une question de culture plus que de foi intime et rigoureuse.

Est-il permis de souligner que comme par hasard les chrétiens occidentaux (ça marche aussi pour les musulmans orientaux) semblent se voir (comme par hasard) du bon côté de la culture, du côté de la culture qui ressemble le plus à « Dieu ». En tout cas ils ont souvent montré leur mépris pour les autres cultures, et sous prétexte de prêcher la bonne nouvelle sont venus effacer l’identité des africains, alors qu’eux-mêmes ont noyé leur foi dans leur propre culture et leur propre identité. Voyez : ce n’est pas un hasard si les esclaves cubains ont pu facilement assimiler Oshun et ses avatars à une Notre Dame du panthéon catholique, ou Shango à Saint Jean Baptiste…

Pourquoi toujours dépeindre les rites africains comme mauvais, négatifs et diaboliques, en oubliant toutes les influences païennes qui teintent le christianisme d’aujourd’hui, assez largement éloigné de ce qu’on peut lire dans le Nouveau Testament (en tout cas dans les pratiques du plus grand nombre).

Dans le christianisme actuel, ou même l’Islam, les croyants semblent agir au final comme les animistes et autres religionnaires des traditions ancestrales : Nzambe (Dieu) semble tellement loin que la plupart préfèrent avoir à faire avec des intermédiaires (saints, prophètes pour les monothéismes et esprits de la nature, ou ancêtres) qui au final prennent plus de place, mais ont la particularité d’être comme les hommes : avec leur humeur, leur défaut, leur méchanceté et souvent un standard de morale pas si élevé… Et c’est à ces entités qu’est donné le plus de pouvoir, avec les résultats souvent néfastes qu’on peut apprécier en pratique.
Peut-être que la clé serait de bien dissocié foi et religion. Beaucoup de par chez nous ne savent pas comment le faire et ont tendance à adapter les méthodes traditionnelles aux religions monothéistes, ou ne pas s’interroger sur l’essence même du message de tout ça, en sacralisant la forme.

Bref, voilà ce qui nous vient à l’esprit quand on lit sur les réseaux sociaux que Beyonce est dans un trip d’Illimunati ou de sorcellerie.
Et vous, qu’en pensez-vous ?

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