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Panama Papers… Même pas peur !

Panama Papers… Même pas peur !

Actualités, Politique et Economie

Nous ne pouvions pas passer à côté de ce qui est peut-être la plus grand enquête mondiale du journalisme !
Les chiffres donnent le tournis : Un an de travail + 380 journalistes, plus d’une centaine de rédactions dans 76 pays + 11,5 millions de documents retraçant 40 années d’historique d’un cabinet panaméen spécialisé dans la finance offshore ! 250 000 sociétés écrans liées à plus de 200 pays… La folie quoi !
Et ce n’est pas du menu fretin que les filets ont ramené de la pêche : on retrouve des personnalités de premier rang : sportifs, stars, mais surtout des dirigeants de grands pays et autres politiques (même le président chinois est inquiété) et de grandes sociétés… La secousse est mondiale !
Si personne n’est étonné de retrouver Balkany et Cahuzac, on est un peu plus déçu de voir un Almodovar figurés au rang des indélicats.

Pays impliqués dans le scandale

Ces fameux « papiers » nous embarquent tous au cœur même du système de la criminalité financière. Oui, il y a de très bonnes raisons “légales” d’avoir recours à des sociétés écrans. Certains mêmes justifient assez adroitement le droit de cacher son argent quand les taux des prélèvements obligatoires sont jugés indécents dans sa patrie. Mais là, on ne peut parler que de criminalité, parce que le Panama est ce qui se rapproche le plus d’une ile de la Tortue pour flibustiers de notre temps.
Le Panama c’est cet état qui dans les années 80 avait à sa tête… le général Noriega ! Qui était aussi accessoirement baron d’un cartel de drogue. La législation mise en place semble l’avoir été avec pour objectif une offre de service présentant l’opacité la plus noire possible, la non coopération avec quiconque (on a rien vu, rien entendu) et le confort des grands bandits.
Il n’y a pas d’accords d’extradition avec qui que ce soit, il n’y a pas de registre des sociétés, avec moins de 200$ vous pouvez créer votre société écran, au calme !

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Jusqu’à peu, évoquer l’argent caché des grands de ce monde, les flux financiers liés, c’était s’attaquer à des phénomènes obscurs, opaques, complexes. Mais depuis quelques années, l’information a fait des progrès considérables surtout en termes de vulgarisation pour le public !
Entendons-nous bien, dans cette histoire de « Panama Papers », les informations ont été recoupées, validées très sérieusement par plusieurs médias, journaux, groupe de presses, coordonnés. Elles sont certes encore partielles mais donnent déjà une bonne idée de ce à quoi on a affaire.
Oui, certains dénoncent une manipulation de la CIA : pas un seul nom de responsables américains n’est cité jusqu’à présent.
A cela on peut rétorquer que Mossack Fonseca est, certes, une grande firme spécialisée dans l’évasion fiscale, via la création des sociétés écrans, à l’échelle mondiale, mais ce n’est pas la seule et surtout pas la plus grosse. Ensuite, si on se rappelle que ce sont les mêmes américains qui ont envahi le pays en fin 1989, pour embarquer Noriega (ex de la CIA d’ailleurs), on peut se dire qu’ils n’ont pas forcément intérêt à laisser leur fric trainer là-bas.
Surtout que, et là c’est le point principal, les yankees ont tout ce qu’il faut à domicile pour créer des sociétés-écrans en mode poupée russe dans l’anonymat le plus profond. Ils sont forts ces ricains : ils font du off-shore… sur le sol même du pays. D’ailleurs, Mossack Fonseca ne s’y est pas trompé et a une filiale au Nevada. Des universitaires ont mené une étude sur la possibilité de créer des “sociétés fictives (shell companies)” dans plus de 180 pays. Verdict : il est plus facile de créer de telles sociétés aux USA que dans le reste du monde ! (Même votre chat peut devenir fondateur !)
Enfin, on assiste peut être à la naissance d’une nouvelle sorte de guerre froide où il est de bon ton de braquer les projecteurs des médias sur son ennemi, lorsqu’on sait que soi-même on est pas dedans.
Bref, tout ça pour dire que même si il y a manipulation, les informations elles sont plutôt sûres et même si aujourd’hui tout le monde n’est pas éclaboussé, les autres ne sont pas plus saints, juste planqués ailleurs.

Donc revenons à nos moutons : avec les premières révélations, ce qui choque c’est moins que certains aillent dissimuler de l’argent dans des paradis fiscaux. Sous nos cieux, faire fortune alors qu’on est au pouvoir est une habitude qu’on ne cherche à rectifier qu’après que l’enrichi n’est plus à son poste.
Ce qui dérange profondément c’est que ceux qui sont sensés défendre la légalité, qui disent souvent lutter contre la corruption (au moins en façade) utilisent non seulement les mêmes outils financiers des autres criminels mondiaux : barons de la drogue et autres terroristes… mais le font au même endroit, avec les mêmes gestionnaires !
Mélanger ses affaires financières avec ces gens-là, passer sous le radar du fisc, des douanes et de la justice dans la même voiture « go-fast » que les pires malandrins mondiaux, ça ne va pas arranger la crise de confiance vis-à-vis des politiques…
Après, on ne fait pas non plus les vierges effarouchées : Panama a été déclassé des paradis fiscaux en 2012 en France, sous la volonté de monsieur Sarkozy… malgré l’avis des instances de place et des experts. Force est de constatée que depuis (curieusement) le pays n’a pas été remis sur liste noire.
La City à Londres, Hong Kong et la Suisse représentent 50% des montages et sociétés opaques recensées dans le scandale qui nous occupe.

Nous ce qui nous intéresse en tant qu’Afropolite c’est l’implication des personnalités africaines dans tout ce mic-mac ! On y retrouve un peu de tout :

Panama Africa Business 1b

Des hommes d’affaires et banquiers :

  •  Jean-Claude N’da Ametchi, banquier proche de l’ancien président ivoirien : Laurent Gbagbo
  • Pape Mamadou Pouye (il faut noter qu’il a été condamné à 5 ans pour complicité d’enrichissement illégal en 2013), homme d’affaire sénégalais et ami d’enfance de Karim Wade, fils de l’ancien président Abdoulaye Wade
  • Pierre Goudiaby Atepa, architecte sénégalais
  • Aliou Sow, entrepreneur sénégalais
  • Sayyu Dantata, neveu du nigérian Aliko Dangote, l’homme le plus riche d’Afrique
  • Feruzi Kalume Nyembwe, homme d’affaire congolais (Kinshasa) ancien conseiller de Laurent Désiré Kabila et proche de Jaynet Kabila
  • Laolu Saraki, homme d’affaire nigérian, fils d’un ancien sénateur d’importance
  • Seydou Kane, homme d’affaire sénégalais, l’homme aux 3 passeports diplomatiques (malien, sénégalais et gabonais), nommé ambassadeur itinerant par Macky Sall et proche d’Ali Bongo Ondimba du Gabon
  • Jean-Philippe Amvame Ndong, homme d’affaire gabonais en lien avec Denis Christel Sassou-Nguesso

Panama Africa Politics 1b

 Des hommes politiques et leurs proches :

  •  John Addo Kufuor, le fils de l’ancien président du Ghana : John Kufuor
  • Clive Khulubuse Zuma, neveu du président sud-africain : Jacob Zuma
  • Mamadie Touré, la plus jeune veuve de l’ancien président guinéen : Lansana Conté
  • Jaynet Désiré Kabila Kyungu, sœur jumelle du président congolais (Kinshasa) Joseph Kabila
  • Denis Christel Sassou-Nguesso, fils du président congolais (Brazzaville) Denis Sassou-Nguesso et accessoirement directeur général adjoint de la Société nationale des pétroles du Congo
  • Le général Emmanuel Ndahiro, ancien chef du renseignement au Rwanda
  • Bruno Jean-Richard Itoua, ministre congolais (Brazzaville) de la Recherche
  • Kojo Annan, fils de l’ancien secrétaire général de l’ONU : Koffi Annan
  • John Bredenkamp, homme d’affaire zimbabwéen, proche du président Mugabe (sa haine proverbiale de l’occident semble avoir des limites) et réputé pour avoir livré des armes en RDC avant de recevoir des mines katangaises de la part de Kabila Père
  • José Maria Botelho de Vasconcelos, ministre angolais du pétrole
  • James Ibori, ancien gouverneur de l’Etat du Delta du Niger, dans le sud du Nigéria. Condamné en 2012 à 13 ans de prison.

Panama Africa Politics 2b

Bref, la liste est longue mine de rien.

On dénonce souvent les contreparties cachées à l’aide internationale que l’Afrique reçoit.
Si beaucoup pointe les contrats et marchés récupérés (de manière souvent opaque) par les entreprises occidentales, l’exploitation éhontée des ressources minières par les compagnies des blancs, etc. On oublie la déperdition de nos richesses à travers ces flux occultes : ces pertes sont plus grandes que l’aide reçue de l’Occident !
Un problème est la fuite des capitaux (RIP nos autoroutes, écoles et hôpitaux morts nés), mais n’oublions pas que l’argent qui ressort de ces paradis fiscaux sort rarement pour faire le bien : l’achat de palace, de voitures de luxe, d’individus pour peupler les meetings politiques sont les applications les moins nocives. La corruption, l’achat d’armes et le terrorisme c’est déjà autre chose.

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