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Ma pilule… mortelle ?

Ma pilule… mortelle ?

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Fin 2012, une alerte presque feutrée a secoué le monde des jeunes et moins jeunes femmes en France. Certaines pilules contraceptives ont provoqué le décès de plusieurs femmes.

Retour sur les faits:

Une jeune femme lourdement handicapée, Marion Larat, accuse la pilule de troisième génération Meliane, fabriquée par le géant pharmaceutique allemand Bayer, d’avoir provoqué son accident vasculaire cérébral”

Elle sera rejointe dans sa plainte par la famille d’une autre jeune fille Theodora Markarian, qui est, elle, décédée. De nombreux témoignages suite à cette plainte ont confirmé les milliers d’AVC* liés à ces contraceptifs.

Il existe plusieurs «générations» de pilules. La première date des années 1960, et contenait de fortes doses d’estrogène. Les pilules de deuxième génération (années 1970 et 1980) contenaient le même type d’hormone de synthèse que celles de la première, mais avec moins d’estrogène, source d’effets secondaires comme les gonflements des seins, les nausées, la rétention d’eau ou des troubles vasculaires. Commercialisées dans les années 1990, les pilules dites de 3e génération ont été créées pour diminuer les effets secondaires bénins indésirables liés à la prise des pilules de 1re et 2e générations, comme par exemple la prise de poids ou l’apparition d’acné.

La pilule de 3ème génération est prise par environ la moitié des femmes prenant la pilule, soit environ deux millions et demi de femmes en France.

L’ANSM* française estime que si les pilules de 3e et 4e génération n’avaient pas été prescrites, il y aurait eu 9 décès par an en moins et 1167 accidents veineux de moins en France.

Entre 2000 et 2011, 1.751 risques thromboemboliques veineux sont «attribuables» aux pilules de 3ème et de 4ème génération. Six décès sont «attribuables» aux COC* de 1ère et de 2ème génération et 14 «attribuables» aux COC* de 3ème et de 4ème génération

Les effets secondaires graves des pilules contraceptives œstroprogestatives sont les suivants :

  • Thrombose veineuse profonde (phlébite)
  • Embolie pulmonaire
  • AVC
  • Infarctus du myocarde (dans une moindre mesure)

Ces risques peuvent être augmentés par des facteurs aggravants : antécédents familiaux, terrain favorable, maladies comme le diabète, l’épilepsie, l’hypertension etc., tabagisme, sédentarité, obésité, âge (au-delà de 45 ans ou 35 ans pour les fumeuses). Ces risques sont persistants tout au long de la prise du médicament mais sont plus importants la première année. Mais il est bon de rappeler que ce sont des risques qui existent aussi lors d’une grossesse, période durant laquelle les taux d’hormones augmentent considérablement chez la femme.

La question du risque de thrombose veineuse se pose peu si vous prenez la pilule depuis plusieurs années. Le “sur-risque” se manifeste “essentiellement dans les premiers mois” de traitement. “Il ne faut pas tomber dans la peur irrationnelle et courir un risque différent et peut-être plus grave : celui d’une grossesse non désirée” en interrompant votre contraception brutalement.

Nombreuses concernées

Je connaissais  de loin une jeune femme morte d’un AVC à 30 ans. Je ne sais pas si sa pilule en est la cause, mais ce “scandale” transforme toutes les questions liées à son départ subite en un regard suspicieux vers sa contraception :  et si c’était le responsable?

J’ai longtemps fait partie du lot des utilisatrices de pilules de 3ème génération. Essentiellement pour mon acné. Car oui la 3 ème génération est surtout utilisée pour son côté “une pierre 2 coups” : contraception + effet belle peau. Elle est très souvent prescrite par les dermatologues. Je n’ai jamais été informée de ces risques. Je n’ai pas souvenir d’avoir été interrogée sur les antécédents familiaux qui auraient pu être une contre-indication à cette prescription.

Avec les chiffres de décès, l’arrêt du remboursement par la sécurité sociale de certaines et l’arrêt de la vente d’autres dont la célèbre Diane 35, de nombreuses femme ont dû changer de pilule.

Le médicament Diane 35 retiré des marchés le 21 mai 2013 suite aux plaintes a été ré autorisé en France depuis la mi-Janvier 2014.

Une amie à moi s’est trouvée dans ce cas. Face à l’arrêt de la vente de sa pilule/médicament l’année dernière, elle a dû en changer: Abandonner la pilule qui lui faisait une belle peau et la protégeait d’une grossesse non désirée et bonjour la pilule qui la fait grossir et lui donne des bouffées de chaleurs. Parce que c’est un des effets du changement de contraception : repartir dans un processus d’essais et d’échecs avec d’autres molécules, d’autres médicaments. Elle va encore changer de pilule pour trouver une qui lui convient mieux, on espère.

Mais les conséquences sont parfois plus sérieuses que quelques kilos ou quelques boutons. Le Royaume Uni a traversé une crise similaire en 1995 : l’effet le plus notable a été le pic d’interruption volontaire de grossesse. Qu’on ne s’y méprenne pas, je suis pro-choice et favorable à ce droit mais c’est une procédure parfois compliquée par un accès inégal  aux centres d’IVG et beaucoup plus invasive physiquement et psychologiquement que la prévention que propose la contraception.

En France, aucune certitude sur un éventuel pic, mais les médecins et le planning familial enregistrent une augmentation de la demande de pilule du lendemain ce qui montre une baisse de la couverture contraceptive.

Ce scandale a un effet “positif”, il fait bouger le modèle contraceptif “tout pilule” qui a cours en France.En effet, la pilule était jusqu’à cette année le mode de contraception majoritaire chez les femmes jusqu’à 44 ans en France (cf illustration). Désormais, les femmes exigent de leur médecins des alternatives et des solutions plus adaptées à leur mode de vie ou leur santé et les interrogent sur les risques en fonction de leur organisme. Une étude rendue publique ce mois de mai 2014, montre que la controverse autour des pilules de 3e et 4e génération a accentué le basculement vers une plus grande diversité de pratiques en France.

D’autres moyens de contraception déjà existants sont de plus en plus envisagés : le stérilet proposé à des femmes nullipares, les patchs, les implants intramusculaires. Nous en reparlerons dans un prochain article.

Si vous souhaitez vérifier de quelle génération est votre pilule, vous pouvez consulter le tableau de l’ANSM ou celui du planning familial .

Si vous souhaitez vous informer sur d’autres moyens de contraception, vous pouvez consulter le site www.choisirsacontraception.fr créé par l’INPES (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé).

Quel contraception utilisez vous ? Là où vous vivez, quel est le modèle contraceptif majoritairement utilisé ?

Avez-vous été impactée par le scandale sanitaire autour de la pilule de 3ème ou 4 ème génération ?  comment avez vous géré cette situation?

COC : contraceptif oral combiné

ANSM : Agence National de Sécurité du Médicament

AVC : accident vasculaire cérébrale

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