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Pourquoi je me tiens loin des débats anti CFA

Pourquoi je me tiens loin des débats anti CFA

On reste poli, Opinion

Depuis quelques mois, on assiste à de vastes débats sur le F CFA, la monnaie utilisée par les pays africains affiliés à la BCEAO (Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest) ou à la BEAC (Banque des Etats d’Afrique Centrale).

Je suis loin d’être une experte des sujets d’économie et de monnaie ; mais je suis une utilisatrice du F CFA et forcément la question m’intéresse. Le débat sur le F CFA, je l’ai effleuré il y a maintenant une bonne dizaine d’années suite à une discussion sur un forum avec des amies. Elles étaient justement spécialistes du sujet, l’une de par sa formation en économie, l’autre en finances. Et du souvenir que j’en ai, le sujet est loin d’être évident ; même les spécialistes ne sont pas d’accord.

Quand j’ai vu le débat F CFA s’animer ces derniers temps, j’ai voulu aller à la pêche aux infos en parcourant quelques articles et des pages Facebook spécialisées. Et le constat que je fais, c’est que beaucoup parlent du F CFA mais sans maitriser les tenants et les aboutissants du problème. Je ne parle même pas des raccourcis et fausses informations qui sont véhiculés sur certains sites.

J’ai peut-être raté les sites et/ou informations intéressants mais le débat semble se porter uniquement que sur le plan idéologique. Ce que je reproche à la démarche anti CFA, c’est qu’elle n’aboutit à rien de concret. On bannirait le F CFA pour le remplacer par quoi concrètement ? On en modifierait le fonctionnement actuel de quelle manière ? Quels seraient les impacts de ces changements sur les politiques monétaires et économiques des pays utilisateurs du F CFA ?

J’ai posé la question à un groupe d’amis, et les réponses ont confirmé ce que je soupçonnais: il y a peu de réflexions sur les alternatives au CFA ! Pourtant, on est d’accord qu’on ne peut pas juste décrier la monnaie sans savoir par quoi la remplacer.

Parmi les amis qui m’ont donné leur avis, il y en a un qui reconnait qu’ “il n’y a pas d’alternatives crédibles en pratique, l’alternative serait d’accepter de se casser la gueule pour des lendemains potentiellement plus libres.”

Et même ça, c’est le genre de réponses qui veulent tout dire et rien dire en même temps. Se casser la gueule, ça signifie quoi de manière très concrète ?

Du coup, une autre personne préconisait sur le ton de la boutade, je précise, de créer une monnaie comme le CEDI (monnaie du Ghana). Une autre répondait

« Le Cedi est-il vraiment un exemple? Chute libre (plus de 50% en 2 ans). Ne parlons pas du Naira qui est en train de perdre sa valeur au moment où je parle. Je suis d’accord qu’on doit penser sur le long terme à se défaire des pénalités de rattachement à l’Euro et au trésor Français. Mais il nous faut une politique monétaire qui a du sens et surtout qui tient a plus que “recouvrir sa souveraineté ou se défaire d’une ingérence”.

C’est noble mais ça ne se transforme pas forcément en politiques qui ont du sens. Dans l’absolu, on n’est pas contre le principe. On demande juste que le principe soit mieux pensé et surtout moi j’ajoute que ce soit une politique qui prenne en compte le très long terme. »

En tout cas, je ne suis pas la seule à être agacée par le sujet et la manière dont il est abordé sur la place publique. Mon amie économiste (la même d’il y a 10 ans tiens) dit en l’occurrence ceci.

« Ce n’est pas tout que de crier au néo-colonialisme. Ca va bien 5 minutes, mais après on parle quand même de niveau de vie des populations. Ce serait débile de tout faire pour avoir sa monnaie, et au final, parce qu’on a des politiques budgétaire et économique non appropriées, se retrouver dans la situation du Zimbabwe ou de la RDC en pleine dollarisation, c’est-à-dire où c’est une monnaie étrangère qui devient de facto la monnaie en circulation dans le pays parce que plus personne ne fait confiance à votre propre monnaie. J’ai surtout l’impression que les débats tiennent davantage de l’idéologie politique que de raisons économiques ».

Bref, prendre des avis autour de moi m’a rassurée sur ma compréhension actuelle du sujet qui est que les discussions se bornent simplement à des positions idéologiques sans suite.

A force de chercher un peu plus, j’ai trouvé cet article publié sur le site Cameroon Voice et qui s’intitule Les banques centrales préparent la monnaie unique africaine.

L’article date de Mars 2016. En voici un extrait


Le 4 septembre 2002 l’ABCA (Association des banques centrales africaines) définissait un programme de travail en vue de mettre en place la monnaie unique africaine. Un an plus tard, en aout 2003, l’ABCA avait annoncé qu’en 2021, l’Afrique sera dotée d’une monnaie unique et d’une banque centrale panafricaine.

En août 2015, Lucas Ababa Nchama avait déclaré que ce rêve pourrait devenir réalité d’ici une quinzaine d’année. « Nous sommes en train de travailler. On peut fixer un horizon. Peut-être 2030. Nous avons préféré adopter une approche graduelle. Constituer d’abord des sous-régions. Il y en a six », avait-il précisé.

http://www.cameroonvoice.com/news/article-news-23141.html


Je suis preneuse d’informations plus à jour sur ces réflexions « après F CFA ». S’il n’y en a pas, je vais continuer de me tenir plutôt éloignée des débats anti CFA.

 

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