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Quand le retour en Afrique devient réalité

Quand le retour en Afrique devient réalité

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Rencontre avec Haoua Mamoudou

Pour faire suite à nos précédents articles sur le retour en Afrique à lire ici et ici, nous proposons aujourd’hui une interview avec une jeune entrepreneure qui a fait le move et qui nous raconte son expérience de “repat”.

Bonjour Haoua, pourriez-vous vous présenter aux afropolites qui nous lisent ?

Je suis Haoua MAMOUDOU, j’ai 31 ans. D’origine franco-nigérienne, je suis diplômée en business international de l’université de Caen et en ingénierie financière à l’université Paris-XII, cursus complété à l’université nationale de Yokohama, au Japon.

J’ai quitté Paris en 2013 pour m’installer à Abidjan où j’ai créé la société Focus Ventures que je dirige. Notre entreprise se spécialise dans l’accompagnement de compagnies souhaitant s’implanter en Afrique de l’Ouest ou y développer leurs activités.

 Quelle a été votre plus grande motivation pour effectuer un retour en Afrique ?

De façon très objective, je dirai tout d’abord l’analyse du marché. Les chiffres concernant la Côte d’Ivoire étaient optimistes et je dois admettre que le fait de me trouver à maintes reprises ces dernières années sur place m’a beaucoup aidée à nuancer ces données et à les interpréter de manière contextuelle, ce qui a affiné ma grille de lecture.

J’avais envie de relever de nouveaux défis. J’ai donc choisi de me jeter à l’eau et je ne le regrette pas.

Présentez-nous votre entreprise et ses activités

Focus Ventures intervient dans le développement d’opérations en Afrique de l’Ouest.

La société est basée à Abidjan. Nous accompagnons les entrepreneurs qui souhaitent s’implanter dans cette région dynamique du monde via des solutions clés en main (conseil, optimisation fiscale, facilitation) jusqu’à l’ouverture effective de leur société.

Nous intervenons également lorsque la société est déjà en opération avec des services qui ont pour but d’optimiser la performance tels que l’externalisation ou encore l’optimisation des processus.

 Quel a été le cheminement suivi pour la création de votre entreprise ?

J’ai eu la chance de découvrir la Cote d’Ivoire en 2009, à l’époque j’y opérais pour une société étrangère pour le compte de laquelle j’ai créé puis dirigé une filiale pendant presque 2 ans.

A l’issue de cette expérience, j’avais acquis une meilleure connaissance de ce qu’était la Côte d’Ivoire et son marché.

 Le financement est souvent le nerf de la guerre quand vient le temps de créer son entreprise, comment avez-vous réussi à financer votre projet ?

Il est vrai que les jeunes entreprises bénéficient rarement d’un financement externe à l’aube de leur activité.

J’ai donc commencé avec ma propre épargne. A l’époque, j’ai décidé de tester mon modèle en tant que consultante ce qui m’a permis de minimiser mes charges de fonctionnement. Les revenus de mes premières missions sont ensuite venus enrichir mon capital disponible et je suis passée du stade d’indépendant à celui d’entrepreneur.

Quel est le plus grand défi auquel vous faites face en tant qu’entrepreneur femme en Afrique ?

Ils sont d’ordres divers mais je dirai que comme toute femme entrepreneur il m’arrive parfois de devoir justifier de mes compétences très en amont. Il semblerait que certaines personnes aient encore un peu de mal à concevoir qu’on puisse être femme et chef d’entreprise. Heureusement, et grâce au nombre grandissant de femmes entrepreneurs c’est un préjugé en voie d’extinction.

 Si c’était à refaire qu’auriez-vous fait différemment ?

J’aurai recruté plus vite et mieux et j’aurais fait plus attention à nos cycles de trésorerie. C’est une problématique que l’on gère mieux aujourd’hui mais que l’on aurait dû appréhender avec plus de fermeté dès le début.

 Quels conseils donneriez-vous à la diaspora qui envisage un retour en Afrique ?

Mon premier conseil est de ne pas voir l’Afrique comme un ensemble homogène. L’Afrique est vaste, les marchés sont différents et les cultures le sont plus encore.

Considérez chaque marché de manière unique et concentrez-vous là-dessus.

Entreprendre au Sénégal et entreprendre au Nigéria sont deux aventures complètement différentes tant la taille du marché et les habitudes de consommation diffèrent d’un pays à l’autre.

Ensuite, ne sous-estimez pas les attentes des consommateurs africains. Ils souhaitent acheter des produits qui leur plaisent et comme tout consommateur, leur jugement sera sans appel si ce que vous avez à vendre ne répond pas à leur besoin.

Faites attention aux modèles copier-coller. Les contextes sont différents. Ne faites pas l’impasse sur la recherche d’informations. A titre d’exemple, il n’y a pas de système d’adressage dans la plupart des villes. Il faudra donc en tenir compte si vous vous lancez dans une activité de vente à distance.

Enfin, l’avènement des nouvelles technologies ouvre un boulevard d’opportunités dans le secteur des TIC* et notamment en matière d’innovation mobile quand on sait que le taux de pénétration du téléphone portable oscille entre 60 et 90% selon les pays.

 Un mot pour terminer.

Beaucoup d’audace et de détermination ne seront pas de trop pour les candidats au départ pour l’Afrique. Je pense que les africains de la diaspora sont un trait d’union entre leurs pays d’adoption et le continent ce qui est, à mon sens, un avantage non négligeable en matière de décodage culturel et donc de performance.

Quant à ceux qui y vivent déjà notamment ces jeunes qui sont plein de créativité et de ressources, je souhaiterais les inviter à s’interroger sur l’engouement que suscite l’Afrique aujourd’hui à travers le monde.

Pendant que beaucoup d’entre eux, y compris certains très diplômés, aspirent à quitter leur continent parfois au péril de leur vie, d’autres s’y ruent avec la ferme intention d’en faire leur nouvel eldorado.

Peut-être y-a-t-il là, quelque chose à méditer.

Merci pour cette interview.

Afropolites, pour en savoir plus sur Haoua et ses activités, vous pouvez consulter le site de Focus Ventures 

*TIC = Technologies de l’Information et de la Communication

1 Comment

  1. BADOURINO
    30/09/2014 at 5:19 pm
    Reply

    Merci pour ce partage. Continuons de croire en nous et ne laissons pas tomber ce continent avec tant d’opportinuites.

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