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“Vous parlez de culture? Moi je parle de référence !”

“Vous parlez de culture? Moi je parle de référence !”

Opinion

Par So Joy

Tout a commencé autour d’un café, avec une ‘private joke’… En discutant avec des collègues au sujet d’un jeune à la carrière on-ne-peut plus fulgurante, je me suis adressée à eux en disant: “Mais c’est un Thiéni Gbanani ce mec!”.

Grand moment de solitude car évidemment personne n’a compris! Puis petit moment de culture car j’ai pu leur expliquer l’histoire de Thiéni Gbanani. En y réfléchissant un peu plus tard, j’ai fini par me dire qu’il n’y avait pas vraiment de problème car “la Culture se cultive au quotidien”. Mais quelque chose me turlupinait et j’ai fini par mettre le doigt dessus: c’est la RÉFÉRENCE!

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Moi, jeune ivoirienne de 30ans +1+1 (dur dur l’après 30 ans!), vivant en France, mariée à un non-ivoirien, ayant l’ambition d’agrandir ma famille un jour, je m’interroge. Est-ce que mes enfants sauront qui est l’illustre Thiéni Gbanany au point de pouvoir y faire référence? La question peut sembler futile mais quand on y réfléchit bien, elle soulève une problématique un peu plus profonde.

Essayez de vous rappeler comment vous avez connu cette histoire. Et celle de la reine Abla Pokou? Et Mamie Watta qui a hanté mes nuits? Quel conte pourrais-je raconter à mes enfants en dehors de Cendrillon, du Petit Chaperon Rouge et de toutes les autres Blanche (Neige) ? Parce que mon enfance a été bercée en partie par ces légendes racontées par mon arrière-grand-mère, ces noms font partie de mes références.

De même que l’Histoire : pas celle de Charlemagne et de Jeanne-D’arc que j’ai découverte par mes lectures, à la télé, etc. Je parle ici de nos grands héros à nous: Samory Touré, Behanzin, Soundiata Keita, et tous les autres. Ceux-là, nous les avons découverts en cours d’Histoire, à l’école primaire. Bien que le récit de ‘la prise de la Bastille’ soit très passionnant, je me demande comment je devrais “gérer” pour que mes hypothétiques futurs enfants comprennent que l’on taquine les Apolloniens en les traitant de Ghanéens. Ou pourquoi les ivoiriens parlent de leurs ‘frères Burkinabés’. Lorsque les européens disent “De toute façon, vous êtes tous cousins”, il y a un peu de vrai au fond…

Finalement, comment nous, immigrés, pouvons apprendre notre Histoire aux générations suivantes et comment faire pour partager avec elles les mêmes références (ne serait-ce qu’en partie) ? Je ne pense pas que faire des cours d’Histoire Ivoiro-Africaine après les devoirs le soir, ou le samedi entre la Piscine et la Danse soit la façon la plus efficace d’intéresser les enfants… Alors, j’ai pensé aux livres : ceux utilisés pour la petite histoire du soir avant de se coucher, ceux que les enfants trainent avec eux dans la salle d’attente du médecin, à l’église ou en voiture pour s’occuper.

Alors c’est partie pour une quête : celle qui commence au rayon « contes Africains »* mais qui s’arrête net à la recherche de celui intitulé « l’Histoire africaine illustrée pour les enfants ». Si vous voulez tenter l’expérience, allez faire un tour à la Fnac, en bibliothèque ou sur le net et on en reparle ! Des contes, on en trouve de nos jours, ouf ! D’ailleurs si quelqu’un a de belles œuvres à partager… Par contre, arriver à trouver « l’Histoire des grandes conquêtes africaines » dans une version destinée aux tous petits, là, c’est le Graal ! En attendant, on a toujours les aventures de « Hello Kitty » et quelques alternatives !

– « CONTES D’AFRIQUE » de JEAN MUZI et illustré par SEBASTIEN PELON Edition Flammarion-Père Castorbaobonbon

– « Le Baobonbon » de SATOMI ICHIKAWA édition Ecole Des Loisirs contedafrique

– « Samangalé » de MURIEL BLOCH et WILLIAM WILSON ed. Gallimard Jeunessesamangale

 Jeune ivoirienne de 30ans +1+1 (dur dur l’après 30 ans!),  SoJoy vit en France et partage avec nous quelques unes de ses réflexions d’afropolite loin de chez elle.

5 Comments

  1. lu
    10/04/2015 at 11:08 am
    Reply

    Merci pour ce bel article. Questionnements légitimes Chère So Joy.

    je ne suis pas immigrée, mais c’est un article qui m’interpelle aussi, vu, ma multiculturalité. Un mix d’un peu de tout, ça m’irait! Ma fille connait Dora, elle connait Hello Kitty, mais elle connait aussi Béré, Tado, Nékima. Ce sont des personnages référence de son livre de français.

    Je lui parlerai, à l’occasion, de la belle Tella, de Tieni Gbanani, ou de Maloko le dormeur en voulant me référer par exemple à sa tante qui a pour grande passion l’activité du sommeil. elle aura ses références à elle qui seront forcément différentes des miennes.
    Il ya heureusement des auteurs africains qui nous concoctent de beaux contes qu’on pourrait lire aux enfants le soir. Régina Yaou, Michelle Tanon Lora, etc.
    Une chose me vient tout de même à l’esprit : “tant que les lions n’ont pas leurs historiens, les histoires de chasse se termineront toujours à la gloire des chasseurs”. Il faut que nous transmettions de solides références historiques et culturelles à nos enfants, les vraies, pas celles où l’on dépeint Samory Touré comme un sanguinaire par exemple.

  2. Mary
    10/04/2015 at 2:25 pm
    Reply

    Vraiment intéressant cet article !

    C’est un argument de plus pour moi pour me dire que si j’ai des enfants un jour, c’est en Afrique qu’ils grandiront. Chez moi en Côte d’Ivoire, ou dans un autre pays africain, peut importe…!

  3. Sula H.
    12/04/2015 at 5:35 pm
    Reply

    Interessant partage So joy! C’est une vraie question que beaucoup d’immigre(e)s se posent. La complexite devient plus tenue quand on est un couple d’origines differentes. Mais comme tu l’as mentionne, les bouquins restent une solution tres viable vu leur caractere a la fois ludique et instructif.

  4. Moniki
    13/04/2015 at 8:45 pm
    Reply

    Je suis dans la même inquietude que Sojoy. Mais il y a un aspect que j ai constaté assez recemment,c est le nombre d africain de familles aisées qui étudient danskes écoles internationales ou le programme ivoirien (locale) est réduit a la portion congrue.
    De plus en plus ceux qui viendront faire leurs études /d installer en Occident n auront que des notions légères de culture africaines . J ai pas mal de petits cousins dans ce cas. C est assez terrifiant
    Bref l inquiétude n est pas prêté de s attenuer …

  5. So Joy
    01/05/2015 at 11:50 pm
    Reply

    Merci, ça fait du bien de savoir que nous sommes plusieurs à se poser la question. D’ailleurs, tous ces débats autour de l’identité nationale, notamment en France, révèlent peut-être cette crainte de “se perdre”. Mais c’est peut-être le prix à payer pour la mondialisation…
    En tout cas merci pour les anecdotes et les références!

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