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Y a pas monnaie !

Y a pas monnaie !

Actualités, On reste poli, Opinion, Société

Si vous n’êtes pas  ivoirien ou n’avez jamais vécu en Côte d’Ivoire, le titre de ce post va certainement vous intriguer…
J’aurai d’ailleurs pu aussi titrer mon post “Libérez la monnaie à Babi” et vous comprendrez pourquoi en lisant le billet jusqu’au bout.

Babi, c’est le petit nom qu’on donne à Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire, qui est aussi ma ville de naissance.

L’idée de mon article est venue suite à la lecture d’un billet sur le blog d’une jeune canadienne, Sophie Crète, partie travailler en Afrique de l’Ouest avec Ingénieurs sans frontières Canada. Sophie a posé ses valises d’abord à Accra puis à Abidjan. Pour en revenir au billet dont je parle plus haut, elle l’a intitulé “Où sont les jetons”, et c’est juste tordant de rire (à lire ici).

Elle y décrit à sa manière la pénurie de monnaie à Abidjan. Par monnaie, il faut entendre les petites coupures de billet et les pièces.

Extraits

“Donc te voilà dans une impasse. Tu n’as pas la monnaie, le vendeur n’a pas la monnaie. Que fais-tu? Le jeton est une denrée rare, j’ai réalisé, tu veux protéger tes jetons. Au début je donnais mes jetons quand on me demandait la monnaie, pour me rendre dans de nouvelles impasses la fois suivante. Je ne donne donc plus ma monnaie à moins de faire des transactions qui nécessitent la monnaie juste (baguette souvent, wôro-wôro, etc.). Ehhh ben , c’est ça que j’ai réalisé. Tout le monde est comme ça j’ai l’impression. Donner ta monnaie, c’est te soumettre à une bataille future pour obtenir de la monnaie. Donc tout le monde veut garder sa monnaie. Ça s’applique au chauffeur de taxi, à la caissière à l’épicerie et au vendeur de la boutique du coin. Et à moi!! J’ai une théorie: il n’y a pas assez de jetons disponibles pour le vrai peuple.”

“Je suis à Abidjan depuis peu. Combien de fois me suis-je fait proposer des lotus (équivalent “kleenex” en paquet de 15) ou des allumettes au moment de donner mon argent? Souvent!! Et comme pure “naïve” que je suis, je me suis donc retrouvée après une semaine avec 10 paquets de lotus et 4 paquets d’allumettes. J’ai arrêté de recevoir des lotus en échange de ma précieuse monnaie si vous voulez savoir.”

market

En fait, je pense qu’il faut avoir vécu à Abidjan pour comprendre l’ampleur du phénomène.
Ce problème de monnaie agace plus d’un et il a malheureusement fini  par faire partie des habitudes. Et comme toute habitude, même quand elle est mauvaise, on ne fait (presque) rien pour la changer.

Pour ma part, je me souviens de mes premiers jours à Bordeaux après avoir quitté Abidjan pour mes études supérieures. Quand j’avais à réaliser des achats en espèces, j’avais toujours des scrupules à donner de grosses coupures pour de petits achats.
Par exemple, en donnant 50 F pour une course de 7F, je m’attendais à me faire gronder par le commerçant, me reprochant de lui imposer d’avoir à trouver de la monnaie. J’étais limite émerveillée (oui à ce point! ) qu’on puisse me faire de la monnaie sur de grosses coupures si bien que j’ai mis quelques mois à comprendre que la situation à Abidjan avait quelque chose de particulier et d’anormal.

On n’y donne pas un billet de 5 000 F CFA pour une course de 700 F CFA. On ne donne pas non plus 1 000 F CFA pour payer une course de taxi communal à 200 F. Au risque d’entendre le fameux “y a pas monnaie !” et de se voir imposer, soit d’aller en chercher soi-même, soit de prendre d’autres produits pour compléter et avoir le change exact. Parfois, on peut même renoncer à faire une course pour un problème de monnaie ! Ca m’est déjà arrivé en tout cas.

Après avoir lu le billet de Sophie, je l’ai partagé sur Twitter en demandant si dans les autres pays qui utilisent le F CFA, le problème existait (Honte à moi, je n’ai jamais été dans un autre pays africain à part la Côte d’Ivoire… les villes ghanéennes frontalières de l’est de la CIV, je ne les compte pas).
Et donc j’ai eu quelques réponses. Et d’après ces quelques réponses, il n’y a pas de problème de monnaie à Dakar, ni à Lomé, ni à Bamako… et là bas aussi, c’est pourtant  le même F CFA qui est utilisé !
Je ne veux pas croire que la BCEAO accorde à la Côte d’Ivoire moins de petites coupures qu’au Sénégal, au Togo… C’est bel et bien une mauvaise habitude qui a la vie dure en Côte d’Ivoire. D’où est-ce que ça vient ? J’en ai aucune idée. Mais franchement, qu’est-ce que c’est handicapant au quotidien !!!

Bref, “Libérez la monnaie à Babi” !!!

Mary

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