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#YakoBassam

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Dimanche 13 Mars 2016, 16h et quelques minutes, le repas dominical tire à sa fin.

Mon frère allume la télé, et cherche une chaine d’infos en continu car, dit-il, il vient de voir sur Facebook qu’un attentat a lieu à Grand Bassam.
Et effectivement, France 24, iTélé et BFM TV sur lesquelles on zappe tour à tour affichent un bandeau « URGENT » sur lequel il est marqué qu’il y a un attentat en cours à Grand Bassam.

Les mauvaises nouvelles de ce type, sont malheureusement devenues courantes… De ce fait, on y prête attention quelques minutes, puis on reprend une activité normale. Sauf que lorsqu’il s’agit d’une situation dont on se sent proche, c’est autre chose ! Et dans ce cas de figure, c’est clairement le cas pour moi !
Bien que vivant en France, je suis ivoirienne d’origine, et la quasi-totalité de ma famille est installée à Abidjan.
Je passe donc une bonne partie de l’après-midi à m’informer sur ce qui se passe dans ma chère patrie.

Grâce à l’un de mes frères au pays avec qui je chat continuellement sur Facebook, je sais rapidement que ma famille et mes proches n’ont rien. C’est déjà ça de pris. Merci Seigneur !

Puis, c’est via Twitter que je « suis » en direct ce qui se passe. Les informations qui circulent ne sont pas fiables : certains parlent de braquages simultanés, de prise d’otage, d’attaques dans les hôtels… Les bilans de mort diffèrent d’une source à l’autre… Le gouvernement ivoirien publie sur sa page Facebook un communiqué annonçant l’attaque avec une estimation du nombre de morts. Puis quelques 30 minutes plus tard, le supprime. On n’est donc sans nouvelles officielles pendant de longues heures.

Sur Facebook, je vois beaucoup de personnes s’énerver sur le fait que la chaine de télévision nationale ne relaie aucune information sur le sujet. Certains essaient de les défendre en disant qu’ils n’ont pas les mêmes moyens techniques qu’une chaine d’information en continu… Franchement, je n’attendais pas forcément d’eux qu’ils fassent du direct ; mais ils auraient au moins pu, par décence pour les morts et les blessés, arrêter la programmation en cours (un match de foot à ce que j’ai compris), et se contenter d’un bandeau déroulant pour informer la population (tout le monde n’est pas sur Facebook ou Twitter… !)

Et puis, il y a ce phénomène que je ne comprendrai jamais sur les réseaux sociaux : cette indécence à poster des photos de personnes mortes. En plus, quand elles baignent dans une mare de sang 
J’essaie de m’imaginer l’état d’esprit de ces personnes lorsqu’elles prennent ces photos, lorsqu’elles prennent la décision de les poster sur les réseaux sociaux… Puis, les personnes qui les relaient… C’est quoi le but, franchement ! Informer ? Faire sensation ? Si vous, vous comprenez, de grâce expliquez-moi.

L’information étant maintenant digérée, il faut maintenant exprimer sa compassion. Certains reprennent le désormais célèbre « Je suis » avec un #JesuisBassam. Pour d’autres, c’est #PrayForBassam…

bassam-prayforbassam
(c) Tatou Dembele

De mon côté, je préfère 10 000 fois l’utilisation du mot « Yako ». Je trouve qu’il est tellement plus approprié
Pour les non ivoiriens, petite explication, « Yako » est un mot de compassion qu’on retrouve dans plusieurs ethnies du groupe Akan, dont la mienne « l’agni ». Il est tellement chargé de sens ; je ne lui connais aucun équivalent dans des langues occidentales. Une traduction approximative en français serait « Je compatis ».
On dit « yako » à un enfant quand il s’est fait mal en tombant par exemple, et qu’on veut le consoler
On dit « yako » à une amie quand il lui est arrivé un coup dur ou un grand malheur
On dit « yako » à une famille suite à un décès

Bref, yako s’utilise à (presque) toutes les sauces quand on veut exprimer sa compassion à quelqu’un.

En utilisant le « Yako » dans cette situation, non seulement, on emploie un terme local qui traduit bien la situation, et on permet aux autres non-ivoiriens de connaitre ce mot et donc un pan, si infime soit-il, de notre culture.
Je ne sais pas pour les autres ivoiriens, mais à plusieurs reprises, je me suis retrouvée face à des non ivoiriens à qui je voulais dire « yako » suite à un événement difficile qu’ils vivaient. Mais je savais qu’ils ne comprendraient pas… Et en même temps, je me trouvais à ne rien trouver d’autre à dire, vu que la meilleure manière pour moi d’exprimer ma compassion était “yako”.

J’aime aussi cette autre expression « Eléphant écrase Fusil »
L’éléphant est l’emblème de la Côte d’Ivoire. Cette phrase est typique du parler ivoirien : absence d’articles, image expressive teintée d’humour. Une manière de digérer cette terrible tragédie.

Bassam-PrayForCotedIvoire
(c) Ikapi

Terreur ?
Ils n’auront pas notre foi.
Ils n’auront pas notre détermination.
Ils n’auront pas notre courage.
Ils n’auront pas notre unité.
Allons seulement… !

#YakoBassam

Mary

5 Comments

  1. Heidi
    14/03/2016 at 3:37 pm
    Reply

    Yako

  2. Forson
    14/03/2016 at 3:56 pm
    Reply

    Bonjour, comment avoir le contact de la personne qui a écrit ce témoignage svp ? Bien à vous.

    • The Rhe
      14/03/2016 at 4:20 pm

      Bonjour Monsieur/Madame

      Vous pouvez contacter Mary à l’adresse mail suivante: mariellecoco@yahoo.fr

      Merci de votre intérêt

  3. Sula
    14/03/2016 at 3:58 pm
    Reply

    #YakoBassam

  4. Karis
    14/03/2016 at 11:15 pm
    Reply

    Yako , assia comme on dit chez nous. Cette affaire de montrer les corps là on dirait que ça fait plaisir à certains. Je n’arrive même pas à commencer à comprendre comment ça peut passer par la tête des gens ces comportements.

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